Réalisateur et scénariste majeur du cinéma populaire français, Édouard Molinaro s’est imposé par ses comédies raffinées, de ses polars noirs des années 1950 à l’impact mondial de La Cage aux folles, qui a durablement marqué la représentation des couples gays à l’écran.
Formé très jeune par les concours de courts métrages amateurs en Gironde, Édouard Molinaro débute comme assistant d’André Berthomieu, Maurice de Canonge ou Robert Vernay avant de réaliser son premier long métrage, le polar Le Dos au mur, en 1958. Il enchaîne avec Un témoin dans la ville, confirmant un réel sens du suspense et de la mise en scène urbaine. Au tournant des années 1960, il se fait remarquer comme artisan fiable d’un cinéma de genre efficace, capable d’adapter Simenon ou des romans policiers contemporains, tout en apprenant à diriger des distributions de premier plan dans un cadre de production très encadré par les grands studios français.
Dans la seconde moitié des années 1960, Molinaro s’oriente vers la comédie et rencontre un large public avec Oscar et Hibernatus, portés par Louis de Funès, puis avec Mon oncle Benjamin et L’Emmerdeur, où il dirige Jacques Brel. En 1978, il signe son film le plus célèbre, La Cage aux folles, adaptation d’une pièce de Jean Poiret, immense succès international et source de nominations aux Oscars. Parallèlement, il développe une activité soutenue à la télévision, adaptant Stefan Zweig, Arthur Schnitzler, Henry James ou Émile Zola, avant de revenir au cinéma avec Le Souper puis Beaumarchais, l’insolent. Son œuvre, couronnée par le prix René-Clair de l’Académie française, se caractérise par un mélange de rigueur de découpage et de direction d’acteurs très précise.
Si La Cage aux folles est saluée pour avoir popularisé un couple homosexuel attachant dans une grande comédie française, son accueil est plus contrasté dans une partie du public et de la critique gays, certains reprochant au film ses personnages très efféminés et ses stéréotypes, quand d’autres y voient une étape importante vers une représentation plus bienveillante des couples de même sexe à l’écran.
1946 : Réalise ses premiers courts métrages amateurs, dont Évasion, après une jeunesse passée entre Bordeaux et La Réole.
1958 : Premier long métrage au cinéma avec le polar Le Dos au mur, d’après un scénario de Frédéric Dard.
1959 : Confirme son talent pour le film noir avec Un témoin dans la ville, porté par Lino Ventura.
1967 : Succès populaire de la comédie Oscar, adaptation de la pièce de Claude Magnier avec Louis de Funès.
1969 : Double réussite comique avec Hibernatus et Mon oncle Benjamin, qui installent son nom auprès du grand public.
1973 : Sortie de L’Emmerdeur, comédie noire devenue culte avec Jacques Brel et Lino Ventura.
1978 : Triomphe international de La Cage aux folles, futur record de fréquentation pour un film de langue étrangère aux États-Unis.
1980 : Nominations aux Oscars du meilleur réalisateur et du meilleur scénario adapté pour La Cage aux folles.
1992 : Succès de Le Souper, adaptation de la pièce de Jean-Claude Brisville avec Claude Brasseur et Claude Rich.
1996 : Reçoit le prix René-Clair de l’Académie française et réalise Beaumarchais, l’insolent avec Fabrice Luchini.
2011 : Met en scène la pièce Fume cette cigarette au Théâtre des Mathurins à Paris.
2013 : Disparition à Paris, suivie d’hommages appuyés de la profession et de nombreuses rétrospectives.
Né à Bordeaux dans une famille de dentistes, Édouard Molinaro grandit entre la capitale girondine et La Réole, où ses parents s’installent avant de rejoindre Clairac, dans le Lot-et-Garonne. Son père, Georges, est prothésiste dentaire, sa mère, Renée née Almayrac, chirurgien-dentiste. En 1957, il épouse Pierrette Carvallo, avec qui il a une fille, Graziella. Sa première épouse trouve tragiquement la mort à 36 ans dans un accident d’avion de tourisme, après un crash près de Bailleau-sous-Gallardon et son transfert à l’hôpital de Chartres.
En 1972, Molinaro se remarie avec la comédienne Marie-Hélène Breillat, union qui se termine par un divorce en 1981. L’année suivante, il épouse Catherine Laporte, assistante réalisatrice et ex-épouse de l’animateur Patrice Laffont, avec qui il aura deux fils, Benjamin et Mathieu. Très attaché à ses origines girondines, il parraine en 2010 le cinéma Rex à La Réole et participe régulièrement à des festivals, du jury cannois de 1961 au festival du film européen de Bruxelles, témoignant d’un engagement constant en faveur de la diffusion du cinéma populaire et de patrimoine.
Bordeaux et la région de La Réole–Clairac constituent les premiers ancrages d’Édouard Molinaro, où se forgent ses passions de cinéaste amateur. Paris devient ensuite le centre de sa carrière, entre tournages, avant-premières et collaborations avec les grandes sociétés de production. Le cinéma Rex de La Réole, qu’il parraine, et les cinémathèques ou festivals qui programment régulièrement ses films, à Paris comme en province, restent des lieux privilégiés pour mesurer la trace durable laissée par son œuvre.
À 85 ans, Édouard Molinaro est hospitalisé à l’hôpital Tenon, dans le 20e arrondissement de Paris, pour une insuffisance respiratoire dont il ne se remet pas. Sa disparition suscite de nombreux hommages dans la presse française et internationale, qui saluent un artisan essentiel du cinéma populaire. Critiques, institutions et chaînes de télévision rappellent alors la diversité de sa filmographie, de ses premiers polars noirs à l’onde de choc mondiale de La Cage aux folles. Son corps est ensuite incinéré au crématorium du cimetière du Père-Lachaise, renforçant le lien entre son nom et l’histoire culturelle parisienne.
Le principal lieu de mémoire associé à Édouard Molinaro est le crématorium du cimetière du Père-Lachaise, à Paris, où il a été incinéré. Les admirateurs peuvent également se recueillir symboliquement en Gironde, à Bordeaux et à La Réole, terres de son enfance, ainsi que dans les salles et cinémathèques qui continuent de programmer ses films, prolongeant ainsi la présence de son œuvre auprès du public.
1 - Cinéaste précoce, Molinaro tourne dès l’adolescence des courts métrages amateurs en Gironde, qu’il présente à des concours régionaux. Cette pratique intensive de la caméra et du montage forge sa maîtrise technique avant même son entrée comme assistant dans l’industrie professionnelle.
2 - Sur les tournages de Oscar et Hibernatus, la collaboration avec Louis de Funès est réputée tendue : l’acteur souhaite tout contrôler, quand Molinaro défend sa vision de mise en scène. Le réalisateur racontera plus tard ces rapports houleux, tout en reconnaissant l’efficacité comique exceptionnelle de son interprète.
3 - Avec La Cage aux folles, Molinaro signe en 1978 une comédie dont le succès dépasse largement la France : le film devient, pendant près de deux décennies, le long métrage de langue étrangère le plus vu aux États-Unis, ouvrant la voie à un remake hollywoodien, The Birdcage, réalisé par Mike Nichols.
4 - Au-delà du cinéma, Molinaro reste très présent dans le paysage culturel : il siège au jury du festival de Cannes en 1961, est mis à l’honneur dans des rétrospectives de cinémathèques, et continue à mettre en scène pour le théâtre, comme avec la pièce Fume cette cigarette aux Mathurins, quelques années avant sa mort.
- Métier(s) : Réalisateur, scénariste
- Relations : Pierrette Carvallo, Marie-Hélène Breillat, Catherine Laporte
- Enfants : Graziella, Benjamin, Mathieu
- Distinctions : Nominations aux Oscars 1980 pour La Cage aux folles, prix René-Clair 1996 de l’Académie française