Écrivain japonais, romancier, dramaturge et essayiste, Yukio Mishima s’impose comme une figure marquante de la littérature d’après-guerre, auteur de Confession d’un masque, du Pavillon d’or et de la tétralogie La Mer de la fertilité, étroitement liée à sa trajectoire personnelle et à ses engagements politiques.
Né en 1925 à Tokyo sous le nom de Kimitake Hiraoka, Yukio Mishima est scolarisé à l’école aristocratique de Gakushūin, où il commence très jeune à publier des textes dans les revues de son établissement. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il échappe au front mais continue à écrire, soutenu par sa mère. Après des études de droit à l’université de Tokyo, il entre au ministère des Finances avant de démissionner pour se consacrer entièrement à la littérature à la fin des années 1940. Son premier roman Voleurs paraît en 1948, suivi en 1949 par Confession d’un masque, qui lui apporte une reconnaissance nationale. Les années 1950 et 1960 voient se succéder romans, pièces de théâtre, scénarios et essais, jusqu’à la rédaction de la tétralogie La Mer de la fertilité, achevée en 1970.
1941 : Publication de la nouvelle « La Forêt en fleurs » dans une revue littéraire, remarqué par ses professeurs.
1947 : Diplôme de droit à l’université de Tokyo et entrée au ministère des Finances à Tokyo.
1948 : Parution du premier roman Voleurs (Tōzoku), qui le fait entrer dans la « deuxième génération » des écrivains d’après-guerre.
1949 : Succès de Confession d’un masque, qui impose Mishima sur la scène littéraire japonaise et internationale.
1950 : Publication du roman Une soif d’amour, ancré dans le Japon d’après-guerre.
1954 : Roman Le Tumulte des flots, qui lui vaut le prix Shincho et confirme son insertion dans le paysage littéraire.
1956 : Parution du Pavillon d’or, inspiré de l’incendie du temple Kinkaku-ji, couronné par le prix Yomiuri pour le meilleur roman.
1963 : Publication de Le Marin rejeté par la mer, roman rapidement traduit en plusieurs langues.
1964 : Roman Soie et intégrité (Silk and Insight), qui reçoit le prix d’art Mainichi.
1965 : Succès théâtral de Madame de Sade, distinguée par un prix du festival d’art du ministère de l’Éducation.
1966 : Réalisation et interprétation du film Yūkoku ou Rites d’amour et de mort, tiré de sa propre nouvelle Patriotisme.
1968 : Fondation de la milice privée Tatenokai (« Société du bouclier ») et poursuite d’une intense activité littéraire et médiatique.
1965–1970 : Rédaction de la tétralogie La Mer de la fertilité (Neige de printemps, Chevaux échappés, Le Temple de l’aube, L’Ange en décomposition).
1970 : Envoi à son éditeur du manuscrit achevé de L’Ange en décomposition, quelques heures avant sa mort.
Issu d’une famille de hauts fonctionnaires, Yukio Mishima grandit principalement sous l’influence de sa grand-mère, dans un univers marqué par la culture classique japonaise. Après la guerre, il développe une vie mondaine tout en construisant une image publique contrôlée. En 1958, il épouse Yoko Sugiyama, fille d’un peintre reconnu, après avoir envisagé d’autres alliances matrimoniales stratégiques. Le couple s’installe dans une maison de style occidental en banlieue de Tokyo, où vivent également ses parents dans une maison attenante. Ils ont deux enfants, Noriko (née en 1959) et Iichiro (né en 1962). Parallèlement, Mishima s’engage dans un entraînement physique intensif (musculation, kendo), qu’il théorise dans l’essai Le Soleil et l’acier. À la fin des années 1960, ses positions nationalistes et son attachement au rôle symbolique de l’empereur le conduisent à créer la Tatenokai et à multiplier les interventions publiques et les débats politiques.
1 – À seize ans, sa nouvelle « La Forêt en fleurs » est publiée et recommandée par ses professeurs à une revue prestigieuse, ce qui lui ouvre les milieux littéraires professionnels.
2 – Il adopte le pseudonyme « Yukio Mishima » pour dissocier sa carrière d’auteur de son nom civil et contourner l’hostilité de son père à sa vocation littéraire.
3 – Avant son mariage, il envisage une union avec Michiko Shōda, qui deviendra plus tard l’impératrice Michiko, épouse de l’empereur Akihito.
4 – À partir du milieu des années 1950, il se consacre au culturisme et au kendo, posant régulièrement torse nu pour des reportages et intégrant cette discipline du corps à sa réflexion esthétique.
5 – En 1967–1968, il fonde la Tatenokai, milice composée surtout d’étudiants, autorisée à s’entraîner avec les Forces d’autodéfense japonaises dans des camps militaires.
6 – Son essai Le Soleil et l’acier décrit la façon dont l’entraînement physique et la proximité de la violence transforment sa vision de la littérature et de la mort.
7 – Les archives du prix Nobel attestent de sa nomination officielle au prix Nobel de littérature en 1965, après plusieurs années où il figure parmi les candidats sérieux sans jamais être lauréat.
Né à Shinjuku, à Tokyo, Yukio Mishima est associé à la capitale japonaise, où il étudie, travaille et réside l’essentiel de sa vie. À partir de 1959, il vit dans une maison de style occidental en banlieue de Tokyo, attenante à la demeure de ses parents. Son dernier acte se déroule dans la tour du ministère de la Défense, au camp d’Ichigaya, dans le quartier de Shinjuku, lieu devenu un point de référence pour comprendre sa mort. Sa sépulture se trouve au cimetière de Tama, à Tokyo, où sa tombe reste un lieu de recueillement pour lecteurs, chercheurs et curieux.
Le 25 novembre 1970, Yukio Mishima se rend au quartier général des Forces d’autodéfense à Ichigaya, à Tokyo, accompagné de quatre membres de la Tatenokai. Sous un prétexte officiel, ils gagnent le bureau du commandant de la base et le prennent en otage. Mishima sort ensuite sur un balcon surplombant la cour, où il prononce un discours appelant les soldats à se soulever pour restaurer un rôle politique plein de l’empereur et modifier la Constitution pacifiste. La foule de militaires réagit par l’hostilité et les huées, rendant son discours quasiment inaudible. Constatant l’échec de sa tentative de coup de force, il regagne le bureau et accomplit un seppuku selon un rituel préparé, assisté par son disciple Masakatsu Morita, puis par Hiroyasu Koga qui achève la décapitation. Il meurt à 45 ans. Son corps est inhumé au cimetière de Tama, où des hommages officiels et privés se succèdent dans les années suivantes.
• Métier(s) : romancier, nouvelliste, dramaturge, essayiste, réalisateur, acteur, militant politique
• Résidence principale : Tokyo, Japon
• Relations : mariage avec Yoko Sugiyama (à partir de 1958, jusqu’à son décès en 1970)
• Enfants : Noriko (née en 1959), Iichiro (né en 1962)
• Distinctions : prix Shincho pour Le Tumulte des flots (années 1950), prix Kishida pour le théâtre, prix Yomiuri pour le roman Le Pavillon d’or, prix Yomiuri pour le théâtre, prix d’art Mainichi pour Soie et intégrité, prix du festival d’art du ministère de l’Éducation pour Madame de Sade, nominations et candidature officielle au prix Nobel de littérature dans les années 1960
Elle rayonnait avec la sérénité de la lune après la pluie.
Mon père voulait se griser de l'incertitude irisée de l'existence.
En fait la poésie était le symbole de la stabilité immuable du monde.
Dans ce monde, le masque le plus efficace est de feindre la confiance.
Le penchant de mon coeur vers la Mort, la Nuit, le Sang était indéniable.
Un enfant peut épidermiquement percevoir, sans se tromper, le malheur et le bonheur des adultes.
Quelque aspect que revête notre connaissance, et si déprimante soit-elle, se tapit toujours au fond l'ivresse de connaître.
Depuis ce jour, je suis devenu incapable de lui fausser compagnie. Le soleil fut désormais mon compagnon sur la grande route de ma vie.
Je me sentis jaloux. Une intolérable jalousie, comparable à celle que doit éprouver une perle de culture à l'endroit d'une perle véritable.
Ce qui caractérise l'enfer, c'est qu'on y distingue tout, jusqu'à la moindre chose, avec la dernière netteté, et ce, au milieu d'une nuit d'encre.
Ce malaise d'exister, est-ce qu'il ne vient pas avant tout de ce qu'on se paie le luxe d'être insatisfait, de trouver qu'on ne vit pas à suffisance?
Les femmes : bulles de savon ; l'argent : bulles de savon ; la renommée : bulles de savon. Les reflets sur les bulles de savon sont le monde dans lequel nous vivons.
La plupart des écrivains ont une cervelle parfaitement normale tout en se comportant en sauvages ; moi, j'ai une conduite normale, mais c'est à l'intérieur que ça ne va pas.
Elle rayonnait avec la sérénité de la lune après la pluie.
Mon père voulait se griser de l'incertitude irisée de l'existence.
En fait la poésie était le symbole de la stabilité immuable du monde.
Dans ce monde, le masque le plus efficace est de feindre la confiance.
Le penchant de mon coeur vers la Mort, la Nuit, le Sang était indéniable.
Un enfant peut épidermiquement percevoir, sans se tromper, le malheur et le bonheur des adultes.
Quelque aspect que revête notre connaissance, et si déprimante soit-elle, se tapit toujours au fond l'ivresse de connaître.
Depuis ce jour, je suis devenu incapable de lui fausser compagnie. Le soleil fut désormais mon compagnon sur la grande route de ma vie.
Je me sentis jaloux. Une intolérable jalousie, comparable à celle que doit éprouver une perle de culture à l'endroit d'une perle véritable.
Ce qui caractérise l'enfer, c'est qu'on y distingue tout, jusqu'à la moindre chose, avec la dernière netteté, et ce, au milieu d'une nuit d'encre.
Ce malaise d'exister, est-ce qu'il ne vient pas avant tout de ce qu'on se paie le luxe d'être insatisfait, de trouver qu'on ne vit pas à suffisance?
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La plupart des écrivains ont une cervelle parfaitement normale tout en se comportant en sauvages ; moi, j'ai une conduite normale, mais c'est à l'intérieur que ça ne va pas.