Cette année marque le 70ᵉ anniversaire de sa disparition.
Curnonsky, de son vrai nom Maurice Edmond Sailland, est un journaliste, écrivain et critique gastronomique français né à Angers en 1872. Élu « prince des gastronomes » en 1927, il parcourt la France avec Marcel Rouff pour la série La France gastronomique, fonde l'Académie des gastronomes en 1930 et défend une cuisine régionale fidèle au goût des produits.
Maurice Edmond Sailland naît à Angers le 12 octobre 1872. Sa mère meurt moins d'un mois après sa naissance, selon les archives d'Angers. Son père, qui dirige une distillerie avec un associé, quitte l'affaire vers 1883 et abandonne son fils. Sa grand-mère Alphonsine Mazeran l'élève et lui lit La Comédie humaine de Balzac. Il fait ses classes à l'externat Saint-Maurille, à Angers.
À dix-huit ans, il s'installe à Paris et commence des études de lettres, avant de se tourner vers le journalisme humoristique. Alphonse Allais lui conseille de prendre un pseudonyme : il choisit Curnonsky, du latin cur non (« pourquoi pas ») prolongé par le suffixe russe -sky, alors à la mode. Les archives d'Angers rapportent qu'il a ensuite qualifié ce nom d'« idiot ». En 1895, il rejoint les « ateliers Willy » du premier mari de Colette, pour qui il écrit comme nègre littéraire. Colette le cite parmi les deux principaux contributeurs de l'atelier, d'après la même source. Avec Paul-Jean Toulet, il signe sous le pseudonyme de Perdiccas des romans comme Le Bréviaire des courtisanes et Le Métier d'amant. En 1899, il publie seul Demi-Veuve. Il écrit aussi pour les frères André et Édouard Michelin : on lui attribue le nom de Bibendum, la silhouette de la marque, et la chronique hebdomadaire « Lundi de Michelin ». Pendant la guerre de 1914-1918, il travaille à l'administration des Parcs et Abattoirs, selon les archives d'Angers.
À partir de 1921, Curnonsky parcourt la France avec Marcel Rouff pour la série La France gastronomique, guide des auberges et de la cuisine des provinces. Un fascicule de 1925 est consacré à Lyon et au Lyonnais, dont il écrit qu'il est la capitale gastronomique du monde. Un livre de 1935 reprend le titre de Lyon, capitale mondiale de la gastronomie. En 1927, à l'issue d'un référendum organisé par un magazine, il est élu « prince des gastronomes ». Il devient chevalier de la Légion d'honneur à la fin des années 1920, puis officier en 1938. Il publie aussi Le Café du Commerce en 1932 et À l'infortune du pot en 1946.
L'idée de l'Académie des gastronomes naît lors d'un dîner, le 22 juin 1927, au restaurant Viel, avec André Robine, Marcel Rouff et le baron d'Aguy. L'Académie est créée officiellement le 25 mars 1930 et Curnonsky la préside de 1930 à 1948. En 1933, il fonde l'Académie des vins de France avec le baron Pierre Le Roy de Boiseaumarié. En 1947, il fonde la revue Cuisine et Vins de France avec Madeleine Decure et la dirige jusqu'en 1953, année où paraît chez Larousse un recueil de recettes du même nom. En 1950, il est l'un des cinq fondateurs de la Confrérie de la Chaîne des Rôtisseurs, à Paris.
Curnonsky est le fils unique d'une famille d'Anjou. Il garde pour sa région un attachement qu'il résume, selon les archives d'Angers, en l'appelant « l'âme de la vieille France ». Il préfère la vie parisienne à celle de la province. À Paris, il fréquente Maxim's et se retrouve chaque soir avec ses amis Pierre Louÿs, Maurice Bertrand et Arnold de Contades dans une salle qu'ils surnomment « L'Omnibus », d'après la même source.
Il défend une cuisine simple, régionale et provinciale, dont il fait le sujet de ses livres et de sa revue. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il quitte Paris pour Riec-sur-Belon, en Bretagne, chez la cuisinière Mélanie Rouat, dont il contribue à faire connaître la table. Pour ses 80 ans, le 12 octobre 1952, 80 restaurateurs affichent son nom et lui offrent des invitations à vie dans leurs établissements.
Curnonsky meurt à Paris le 22 juillet 1956, à 83 ans, après une chute de la fenêtre de son appartement. Les archives d'Angers évoquent un malaise survenu avant la chute. La place Saint-Martin, à Angers, prend son nom la même année.
Angers est sa ville de naissance et celle de son enfance. Paris est la ville de sa carrière de journaliste, des institutions qu'il fonde et de sa mort : une plaque lui est consacrée place Henri-Bergson, dans le 8e arrondissement. Riec-sur-Belon, en Bretagne, l'accueille pendant la guerre chez Mélanie Rouat. Lyon fait l'objet d'un fascicule de La France gastronomique en 1925. À Angers, la place Saint-Martin, rebaptisée en son honneur en 1956, est réaménagée et inaugurée en septembre 2006. La bibliothèque de l'Arsenal, rattachée à la Bibliothèque nationale de France, a reçu en 2016 un don de documents, archives, correspondances et manuscrits de Curnonsky.
La cuisine, c'est quand les choses ont le goût de ce qu'elles sont.
— Curnonsky, propos rapportés par Gault&Millau, « Les 10 commandements de la Nouvelle Cuisine », article mis en ligne le 21 juillet 2025, à propos du repas offert pour ses 81 ans
c'est entre ces fidèles de la gastronomie que cette revue voudrait créer une familiarité.
— Curnonsky, éditorial de Cuisine et Vins de France, juillet 1947, cité par Sidonie Naulin, Sociologie et sociétés, vol. 46, n° 2, 2014, p. 112
Lyon, nous n'hésitons pas à le dire, à l'écrire, à le proclamer, est la capitale gastronomique du monde.
— Fascicule consacré à Lyon et au Lyonnais, tour de France gastronomique de Curnonsky et Marcel Rouff, 1925, cité par Lyon Capitale, 1er novembre 2022