Jean Galmot, né le 2 juin 1879 à Monpazier en Dordogne, est un aventurier, homme d'affaires, écrivain et homme politique français. Parti en Guyane en 1906, il y bâtit un empire commercial tout en défendant les droits du petit peuple guyanais, avant de mourir dans des circonstances troublées le 6 août 1928 à Cayenne.
Fils d'un instituteur communal de Monpazier, Jean-Baptiste Édouard Galmot, et d'Anne Barge, Jean Galmot grandit dans une fratrie de sept enfants, augmentée de quatre cousins orphelins recueillis par ses parents. Élève sérieux à l'école libre des Récollets de Monpazier, il intègre à onze ans l'École apostolique destinée à former des missionnaires. À vingt ans, il parle couramment l'anglais, l'allemand, l'espagnol et l'italien. Après un passage comme précepteur dans les Vosges puis en Italie, il devient journaliste au Petit Niçois à Nice. C'est là qu'il acquiert une première notoriété en publiant, le 13 mars 1904, un article prouvant qu'Alfred Dreyfus n'avait jamais entretenu de contacts avec les services de renseignements allemands, contribuant à la réhabilitation du capitaine. Dans les salons mondains de la Côte d'Azur, il rencontre Marianne Antoinette Heydecker, fille d'un diplomate américain, William Alexander Heydecker, ancien consul des États-Unis en Russie. Ils se marient à Nice le 24 octobre 1905.
En 1906, le beau-père de Jean Galmot l'envoie en Guyane française pour une mission d'études sur le commerce de la colonie, commanditée par le ministre des Colonies Raphaël Milliès-Lacroix. Sur place, il explore les fleuves Mana et Maroni, visite les Guyanes britannique et néerlandaise, et présente son expérience lors de conférences à Paris en 1907, ce qui lui vaut d'être admis à la Société de Géographie. En 1917, il décide de s'installer à son propre compte en Guyane. Il y pratique l'extraction d'or, l'exploitation forestière, la distillation de rhum et l'armement maritime, constituant une flotte d'une quarantaine de navires. Contrairement aux autres exploitants, il garantit aux petits producteurs guyanais des prix d'achat proches des cours mondiaux pour l'or, le bois de rose et le balata, applique la législation du travail en matière d'accidents et crée des bourses d'études pour les jeunes les plus pauvres. Le peuple le surnomme affectueusement "Papa Galmot". En dix ans, il acquiert notamment le château de Montfort à Vitrac, en Dordogne. Élu député de la Guyane en novembre 1919 face au candidat sortant Albert Grodet, il siège aux commissions de la marine marchande et des colonies, sans appartenir à aucun groupe politique. Il est à l'initiative d'une proposition de loi pour la création de la loterie nationale.
En 1921, dans ce qui sera appelé "l'Affaire des rhums", Jean Galmot est accusé de s'être approprié des stocks de rhum réquisitionnés par l'armée durant la Première Guerre mondiale. Son immunité parlementaire est levée avec son accord quatre jours après le déclenchement de l'affaire. Emprisonné à la prison de la Santé pendant neuf mois, il est finalement condamné en 1923 à un an de prison avec sursis et 10 000 francs d'amende, en l'absence de preuves sur des bénéfices illégaux, après le retrait des plaintes par les parties civiles. Ruiné, il s'associe dans des circonstances controversées avec l'escroc Alexandre Stavisky, qu'il dénoncera lui-même à la police, ainsi qu'avec le journaliste Georges Anquetil, réputé pour ses pratiques de maître-chanteur. Lors des élections de 1924 en Guyane, Galmot est battu par la fraude électorale au profit du candidat du gouvernement Eugène Lautier, fraude reconnue par la suite comme incontestable. À son retour en Guyane en 1928 pour se représenter, la proclamation des résultats donne à nouveau la victoire à Eugène Lautier malgré un soutien populaire massif pour Galmot.
1879 : naissance le 2 juin à Monpazier, Dordogne
1900 : précepteur dans les Vosges, puis en Italie
1903 : journaliste au Petit Niçois à Nice
1904 : publication de l'article dreyfusard dans Le Petit Niçois du 13 mars, admission à la Société de Géographie
1905 : mariage avec Marianne Antoinette Heydecker à Nice le 24 octobre
1906 : premier voyage en Guyane, mission d'études pour le ministère des Colonies
1917 : installation définitive en Guyane à son propre compte
1918 : publication du roman Quelle étrange histoire !
1919 : élection comme député de la Guyane
1921 : inculpé dans "l'Affaire des rhums", emprisonné à la Santé pendant neuf mois
1922 : publication du roman Un mort vivait parmi nous
1923 : condamné à un an de prison avec sursis, après le retrait des plaintes
1924 : battu par la fraude électorale, signature du serment à la Guyane rédigé de son sang
1928 : mort le 6 août à Cayenne dans des circonstances troublées, émeutes à Cayenne
1931 : procès des émeutiers de la Guyane à Nantes, acquittement des quatorze accusés grâce à la plaidoirie de Gaston Monnerville
Jean Galmot est l'avant-dernier d'une fratrie de sept enfants de Jean-Baptiste Édouard Galmot, instituteur communal à Monpazier et à Capdrot, et d'Anne Barge. Ses parents recueillirent également quatre cousins orphelins à la suite du décès d'un oncle. En 1905, il épouse à Nice Marianne Antoinette Heydecker, née le 28 septembre 1887 à Paris, fille du diplomate américain William Alexander Heydecker. De cette union naît un fils, Robert, dont les sources mentionnent qu'il souffrait d'une maladie mentale. Jean Galmot conserva tout au long de sa vie des liens étroits avec Monpazier et le château de Montfort à Vitrac, en Dordogne, où il participait au développement local, notamment en dotant le village de l'eau courante.
En Guyane, l'engagement social de Jean Galmot dépassa le cadre de ses seules activités économiques. Il appliqua la loi de 1898 sur les accidents du travail, une pratique inédite dans la colonie, et finança de sa propre fortune des bourses d'études pour les enfants des familles les plus modestes. Opposé au système colonial tel qu'il fonctionnait, il entretint des relations privilégiées avec les populations noires, créoles et amérindiennes. Il est par ailleurs l'une des premières personnes à organiser des liaisons aériennes en Guyane, avec la fondation en 1919 de la Société des Transports aériens guyanais, et fut à l'origine de la première ligne de chemin de fer guyanaise.
Jean Galmot meurt le 6 août 1928 à l'hôpital Saint-Paul de Cayenne, à l'âge de 49 ans. Les docteurs Caro et Rivierez, appelés à son chevet le 5 août, observent un tableau clinique évocateur d'intoxication aiguë à l'arsenic, confirmé par l'analyse des vomissements. Ils refusent de délivrer le permis d'inhumer et demandent une autopsie. Celle-ci, pratiquée par le médecin lieutenant-colonel Alfred Carmouze, conclut à un empoisonnement. Galmot lui-même aurait déclaré au docteur Rivierez avoir été empoisonné par sa bonne, Adrienne, nièce d'un adversaire politique notoire. À l'annonce de sa mort, des émeutes éclatent immédiatement à Cayenne. Le procès des quatorze émeutiers inculpés, délocalisé à Nantes pour raisons de sécurité, se tient du 9 au 21 mars 1931. L'avocat Gaston Monnerville plaide pour les accusés, transformant le procès en mise en cause du système colonial. Les quatorze accusés sont acquittés. Son coeur fut prélevé pour autopsie complémentaire à Nantes, et ne fut jamais retrouvé.
Jean Galmot repose au cimetière de Cayenne, en Guyane, où sa tombe est entretenue depuis 1928. Depuis le 30 avril 2004, une statue de bronze le représentant, oeuvre du sculpteur Jacques Raybaud, est érigée à Cayenne sur le rond-point qui porte son nom. À Monpazier, sa ville natale, une exposition permanente lui est consacrée à l'Atelier des Bastides, dans les anciennes écoles communales.
1 - Galmot aurait été l'un des premiers à organiser des liaisons en hydravion entre la côte guyanaise et l'intérieur de la forêt amazonienne, cofondant en 1919 la Société des Transports aériens guyanais à une époque où l'aviation commerciale était encore balbutiante en métropole.
2 - À son retour de Guyane en France, Jean Galmot était admis à la Société de Géographie pour ses conférences sur les Guyanes, illustrées de ses propres photographies de chercheurs d'or des fleuves Maroni et Mana, prises lors de son premier séjour en 1906.
3 - Blaise Cendrars, pour écrire sa biographie romancée Rhum (1930), séjourna à Monpazier afin de s'imprégner de l'atmosphère du village natal de Galmot. Il avait rencontré ce dernier dans son bureau, le décrivant comme "un personnage mince, félin, un peu voûté, sobre de parole et d'allure".
4 - Louis Chadourne, qui fut le secrétaire de Jean Galmot, s'inspira de lui pour deux romans : Terre de Chanaan (1921) et Le Pot au noir (1922), avant de mourir à 35 ans la même année que parut ce second livre.
5 - Jean Galmot signa de son propre sang, le 15 mars 1924, un serment politique adressé au peuple guyanais, par lequel il jurait de "rendre la liberté à la Guyane" et d'abolir les fraudes électorales et l'arbitraire colonial. Ce document insolite est conservé dans les archives.
- Métier(s) : aventurier, homme d'affaires, écrivain, journaliste, homme politique (député de la Guyane)
- Résidence principale : Cayenne (Guyane), château de Montfort à Vitrac (Dordogne)
- Relations de couple : Marianne Antoinette Heydecker (épouse, mariée le 24 octobre 1905 à Nice)
- Enfants : Robert Galmot
- Distinctions : admis à la Société de Géographie (1907), admis à la Société des ingénieurs coloniaux (1907)
« Je ne suis ni un spéculateur, ni un mercanti. Je suis un colon des Antilles qui vient en France tous les ans, défendre contre les voleurs le produit de sa récolte. »
— Lettre de Jean Galmot à M. Georges Maurevert, citée dans Blaise Cendrars, Rhum. L'aventure de Jean Galmot, éd. Grasset, 1930, p. 18-19 (via Wikiquote)
« J'ai été ouvrier : j'ai soigné les caoutchoucs, et j'ai été mineur sur les placers. De la boue jusqu'au ventre et l'ombre puante de la Forêt qui donne la fièvre dix jours par mois. Puis j'ai été contremaître et planteur. Pendant treize ans, j'ai soutenu contre la nature une lutte où les meilleurs succombent. »
— Lettre de Jean Galmot à M. Georges Maurevert, citée dans Blaise Cendrars, Rhum. L'aventure de Jean Galmot, éd. Grasset, 1930, p. 61 (via Wikiquote)
« Je jure de rendre la liberté à la Guyane. Je jure d'abolir la toute puissance d'une administration qui organise les fraudes électorales. Je jure de mettre fin au régime économique qui transforme la Guyane en une terre de désolation, de souffrance et de misère. Je demande à Dieu de mourir en combattant pour le salut de ma patrie, la Guyane immortelle. J'ai signé ce serment avec mon sang. »
— Serment de Jean Galmot, député de la Guyane, 15 mars 1924 (cité dans de nombreuses sources dont FranceInfo Outre-mer et Presses universitaires de Rennes)
« Je ne suis ni un spéculateur, ni un mercanti. Je suis un colon des Antilles qui vient en France tous les ans, défendre contre les voleurs le produit de sa récolte. »
— Lettre de Jean Galmot à M. Georges Maurevert, citée dans Blaise Cendrars, Rhum. L'aventure de Jean Galmot, éd. Grasset, 1930, p. 18-19 (via Wikiquote)
« J'ai été ouvrier : j'ai soigné les caoutchoucs, et j'ai été mineur sur les placers. De la boue jusqu'au ventre et l'ombre puante de la Forêt qui donne la fièvre dix jours par mois. Puis j'ai été contremaître et planteur. Pendant treize ans, j'ai soutenu contre la nature une lutte où les meilleurs succombent. »
— Lettre de Jean Galmot à M. Georges Maurevert, citée dans Blaise Cendrars, Rhum. L'aventure de Jean Galmot, éd. Grasset, 1930, p. 61 (via Wikiquote)
« Je jure de rendre la liberté à la Guyane. Je jure d'abolir la toute puissance d'une administration qui organise les fraudes électorales. Je jure de mettre fin au régime économique qui transforme la Guyane en une terre de désolation, de souffrance et de misère. Je demande à Dieu de mourir en combattant pour le salut de ma patrie, la Guyane immortelle. J'ai signé ce serment avec mon sang. »
— Serment de Jean Galmot, député de la Guyane, 15 mars 1924 (cité dans de nombreuses sources dont FranceInfo Outre-mer et Presses universitaires de Rennes)