Henri Emmanuelli, né le 31 mai 1945 à Eaux-Bonnes et mort le 21 mars 2017 à Bayonne, est un homme politique français du Parti socialiste, président de l'Assemblée nationale de 1992 à 1993, premier secrétaire du PS de 1994 à 1995 et président du conseil général des Landes pendant plus de trente ans.
Fils d'un ouvrier électricien d'origine corse et d'une femme de ménage béarnaise, Henri Emmanuelli intègre comme boursier le lycée Louis-Barthou à Pau, puis l'Institut d'études politiques de Paris dont il sort diplômé en 1967, section Service public. Sur recommandation, il rejoint en 1969 la Compagnie financière Edmond de Rothschild que vient de créer Edmond de Rothschild, avant de passer par la Banque de l'Union parisienne puis la Compagnie française de crédit et de banque. Il occupe à la banque Rothschild un poste de direction jusqu'à son élection à l'Assemblée nationale en 1978. Parallèlement, il adhère au Parti socialiste en 1971 et accepte, à la demande de François Mitterrand, d'être candidat en 1973 dans la deuxième circonscription de Lot-et-Garonne, sans succès. Il fait basculer en 1978 la troisième circonscription des Landes, qu'il conservera de manière quasi continue jusqu'à son décès.
Élu en 1982 président du conseil général des Landes, il est nommé secrétaire d'État chargé des Départements et territoires d'outre-mer dans les gouvernements de Pierre Mauroy, puis secrétaire d'État au Budget auprès de Jacques Delors et de Pierre Bérégovoy sous Laurent Fabius. Après la démission de Laurent Fabius, il est élu en janvier 1992 à la présidence de l'Assemblée nationale, l'emportant au second tour face à Jacques Chaban-Delmas. En juin 1994, il succède à Michel Rocard comme premier secrétaire du Parti socialiste, fonction qu'il occupe jusqu'à la prise de relais par Lionel Jospin en octobre 1995, après avoir été battu par ce dernier à la primaire socialiste de 1995. Mitterrandien revendiqué, il incarne durablement l'aile gauche du PS.
Inculpé en septembre 1992 dans l'affaire Urba en sa qualité d'ancien trésorier du Parti socialiste, Henri Emmanuelli est condamné en première instance pour complicité de trafic d'influences à dix-huit mois de prison avec sursis et à deux ans de privation de ses droits civiques, peine confirmée en appel. Il démissionne de son mandat de député à la suite de cette condamnation, avant d'être réélu lors d'une législative partielle. Mis en examen en 1998 dans l'affaire Destrade relative au financement du PS, il bénéficie d'un non-lieu en 2004. Le 7 juin 2011, lors d'une séance de questions au gouvernement, il adresse un geste interprété comme un doigt d'honneur en direction du Premier ministre François Fillon, geste dont il a contesté la portée.
1945 : naissance le 31 mai à Eaux-Bonnes, Basses-Pyrénées
1967 : diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris
1969 : entrée à la Compagnie financière Edmond de Rothschild
1971 : adhésion au Parti socialiste
1978 : première élection comme député de la 3e circonscription des Landes
1981 : secrétaire d'État chargé des DOM-TOM dans le premier gouvernement Mauroy
1982 : élection à la présidence du conseil général des Landes
1983 : secrétaire d'État chargé du Budget auprès de Jacques Delors
1992 : élu président de l'Assemblée nationale le 22 janvier
1994 : élu premier secrétaire du Parti socialiste en juin, au congrès de Liévin
1995 : battu par Lionel Jospin à la primaire socialiste
1997 : condamnation définitive dans l'affaire Urba et démission
2000 : retour à la présidence du conseil général des Landes
2012 : nommé à la commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations
2017 : décès le 21 mars à Bayonne
Henri Joseph Emmanuelli grandit à Gourette puis à Pau, dans une famille modeste. Son père, Louis-Ange Emmanuelli, ouvrier électricien d'origine corse devenu artisan, militant de la CGT, meurt électrocuté sur un clocher en 1958. Sa mère, Julie Chourré, femme de ménage béarnaise, succombe en 1969 à une tumeur au cerveau. Henri Emmanuelli épouse en 1967 Antonia Gonzalez, fille d'un pilote républicain espagnol et professeure d'éducation physique et sportive à Mugron, avec qui il a deux enfants, Antoine et Laetitia. Établi à Laurède dans les Landes à partir de 1978, il fait du département son ancrage politique et personnel pour quatre décennies.
Compagnon politique de François Mitterrand qu'il a soutenu dès les années 1970, Henri Emmanuelli a noué des relations durables au sein du PS avec Pierre Mauroy, Jean Poperen, Marc Dolez ou Gérard Filoche, et travaillé étroitement avec Benoît Hamon dans le courant Nouveau Parti socialiste. Adhérent un temps de la franc-maçonnerie, dont il s'est retiré au bout de cinq ans, il a signé en 2012 l'appel à la légalisation du cannabis intitulé Le laxisme, c'est de ne rien changer. Au congrès du Mans en 2005, il s'est associé au courant NPS porté par Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Benoît Hamon.
Atteint depuis plusieurs années d'une neuropathie dégénérative, Henri Emmanuelli meurt le 21 mars 2017 à l'hôpital de Bayonne, où il avait été admis trois jours plus tôt pour une double bronchite infectieuse. Une cérémonie d'obsèques se tient le 25 mars 2017 en l'église de la Madeleine de Mont-de-Marsan, suivie d'un hommage républicain en présence du président François Hollande, qui salue un homme droit. Jean-Christophe Cambadélis, alors premier secrétaire du PS, exprime sa stupeur, tandis que Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou rendent hommage à un homme fidèle à ses convictions. Le 16 mai 2017, une plaque en son honneur est inaugurée dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale.
Henri Emmanuelli est inhumé dans la plus stricte intimité au cimetière de Laurède, dans les Landes, village où il avait élu domicile en 1978. Le 9 septembre 2018, une statue réalisée par le sculpteur Jacques Raoult est inaugurée à Laurède en son hommage, accompagnée d'un mémorial. La salle polyvalente de Mugron porte son nom depuis le 7 décembre 2017.
1 - Né à Eaux-Bonnes, Henri Emmanuelli avait un doigt manquant de naissance, particularité mentionnée par ses biographes et plusieurs portraits de presse, dont un texte de Luc Le Vaillant paru dans Libération en 2005.
2 - À l'automne 1998, il a lancé un quotidien conçu comme un Figaro de gauche, Le Quotidien de la République, qui n'a vécu que onze numéros avant de cesser de paraître fin novembre 1998.
3 - Membre un temps de la franc-maçonnerie, il a quitté l'obédience après cinq années, conservant un parcours initiatique rarement évoqué en public.
4 - En 1973, à 27 ans, c'est François Mitterrand qui lui demande personnellement de se présenter aux législatives dans la deuxième circonscription de Lot-et-Garonne, candidature sans succès qui amorce son entrée en politique active.
5 - Le village landais Alzheimer de Dax, inauguré en 2020 et présenté comme structure unique en France, est un projet qu'il avait personnellement initié à la présidence du conseil général des Landes.
6 - Il est l'auteur d'un roman intitulé Citadelles interdites, publié chez Ramsay en 2000, parallèlement à son ouvrage politique Plaidoyer pour l'Europe paru chez Flammarion.
- Métier(s) : homme politique, ancien cadre bancaire
- Résidence principale : Laurède, Landes
- Relations de couple : marié à Antonia Gonzalez depuis 1967
- Enfants : Antoine et Laetitia
- Distinctions : président de l'Assemblée nationale (1992-1993), premier secrétaire du Parti socialiste (1994-1995)