Michel de Ré s'impose comme une figure singulière du théâtre et de la télévision française du vingtième siècle. Artiste complet, il concilie une carrière d'acteur de caractère avec une activité de metteur en scène audacieux, marquant durablement les débuts de la création dramatique télévisuelle.
Né le 25 février 1925 à Paris, Michel Gallieni, de son vrai nom, est le petit-fils du maréchal Gallieni. Il s'oriente précocement vers les planches et fonde dès 1951 sa propre compagnie théâtrale. Sa trajectoire est marquée par une volonté de faire découvrir des auteurs contemporains et d'avant-garde, mettant en scène des œuvres de Jean Genet ou de Boris Vian. Sa direction d'acteurs, précise et inventive, lui permet de s'installer comme une référence du théâtre de recherche parisien.
Sa notoriété s'élargit considérablement grâce à la télévision naissante, où il devient l'un des visages incontournables des grandes productions de l'ORTF. Il marque les esprits dans la saga Lagardère en 1967 ou dans les multiples pièces filmées pour Au théâtre ce soir. Au cinéma, il collabore avec des réalisateurs de renom tels que Jean-Pierre Melville ou René Clément, interprétant souvent des seconds rôles de notables ou de personnages ambigus, servis par une voix profonde et une présence physique imposante.
Issu d'une lignée militaire prestigieuse, il choisit le pseudonyme de Michel de Ré pour marquer son indépendance artistique tout en conservant une certaine distinction. Après un premier mariage avec Heddy Einstein, il forme durant de nombreuses années un duo artistique et personnel avec l'actrice Martine Sarcey. Compagne de longue date et partenaire de scène privilégiée, elle partage avec lui de nombreux succès théâtraux. Cette union ancre sa vie privée au cœur du milieu intellectuel et artistique parisien des années 1960.
En dehors des plateaux, il se passionne pour la littérature, un intérêt qui nourrit ses choix de mises en scène souvent exigeants. Bien qu'issu d'un milieu conservateur, il défend une vision de la culture ouverte sur la modernité. Il participe activement à la démocratisation du théâtre en portant des textes denses sur le petit écran, contribuant à faire de la télévision un outil pédagogique et culturel de premier plan. Sa résilience face aux évolutions du métier lui permet de rester une figure respectée jusqu'à ses derniers jours.
Michel de Ré décède le 15 mars 1979 à l'âge de 54 ans, à Paris. Il succombe prématurément à une crise cardiaque alors qu'il est encore en pleine activité professionnelle. Sa disparition brutale marque la fin d'une époque pour le théâtre de création télévisuelle. Il est inhumé au cimetière d'Oulins, en Eure-et-Loir, village où il possédait des attaches privées et où il trouvait le calme nécessaire à son travail de mise en scène entre deux tournages parisiens.
Paris demeure le centre névralgique de sa carrière, notamment les théâtres de la Rive Gauche où sa compagnie a longtemps résidé. Le village d'Oulins, en Eure-et-Loir, constitue son dernier lieu de repos et symbolise son attachement à la province française. Son nom reste indissociable des archives de l'INA, qui conservent le témoignage de ses performances dans les grandes fictions historiques et les pièces de boulevard filmées qui ont fait les beaux jours de la télévision française.
D'un naturel pudique, il s'amusait de son héritage familial prestigieux. On raconte qu'il ne faisait jamais étalage de son lien avec le maréchal Gallieni, préférant construire sa propre identité à travers le pseudonyme "de Ré", choisi par amour pour l'île du même nom.
Il était réputé pour son trac immense avant chaque entrée en scène, un trait de caractère qui contrastait avec l'assurance et l'autorité naturelle qu'il dégageait une fois sous les projecteurs, particulièrement dans les rôles d'antagonistes qu'il affectionnait.
Michel de Ré était un fervent défenseur du théâtre populaire. Sa participation régulière à Au théâtre ce soir témoignait de son envie de toucher un large public, sans jamais sacrifier la justesse de son jeu ou la qualité de son interprétation.