Willy Brandt, né Herbert Ernst Karl Frahm à Lübeck en 1913 et mort à Unkel en 1992, est un homme politique allemand. Chancelier de la RFA de 1969 à 1974, il reçoit en 1971 le prix Nobel de la paix pour son rapprochement avec l'Est.
Né dans le quartier ouvrier de Saint-Laurent à Lübeck, Herbert Frahm est le fils de Martha Frahm, vendeuse, et de John Möller, enseignant hambourgeois qu'il ne rencontre jamais. Il grandit auprès de son grand-père Ludwig Frahm, camionneur chez Dräger, dans une famille ancrée au SPD. Élève du Johanneum, il écrit dès 1929 dans le Volksbote, dirigé par Julius Leber, qui l'introduit au SPD en 1930. Il rejoint en 1931 le parti socialiste ouvrier SAPD, passe son Abitur en 1932 puis travaille chez un courtier maritime. En avril 1933, il part pour la Norvège et adopte le pseudonyme de Willy Brandt. Après l'invasion de la Norvège en avril 1940, il gagne la Suède, où l'ambassade de Norvège lui accorde la nationalité norvégienne le 1er août 1940. Il y travaille comme correspondant de l'agence Overseas News Agency, tandis que sa compagne Carlota Thorkildsen donne naissance à leur fille Ninja à Oslo.
En 1947, il devient attaché de presse de la mission militaire norvégienne à Berlin et retrouve la nationalité allemande en 1948. Élu au Bundestag en 1949, il dirige Berlin-Ouest comme bourgmestre-gouverneur à partir de 1957, notamment lors de la visite de John Fitzgerald Kennedy en 1963. Battu à la chancellerie par Konrad Adenauer en 1961 puis par Ludwig Erhard en 1965, il préside le SPD dès 1964, devient ministre des Affaires étrangères sous Kurt Georg Kiesinger en 1966, puis chancelier en 1969 avec Walter Scheel comme vice-chancelier. Conseillé par Egon Bahr, il conduit l'Ostpolitik, avec les traités de Moscou et de Varsovie en 1970. Après sa démission en 1974, il reste président du SPD jusqu'en 1987, préside l'Internationale socialiste de 1976 à 1992, siège au Parlement européen de 1979 à 1983 et dirige la commission Nord-Sud, dont le rapport est remis en 1980 au secrétaire général de l'ONU Kurt Waldheim.
Dès 1970, l'Ostpolitik suscite de vives critiques des chrétiens-démocrates, qui voient dans la reconnaissance de la ligne Oder-Neisse un abandon de territoires allemands. Le 28 janvier 1972, Willy Brandt et les chefs de gouvernement des Länder adoptent le décret sur les extrémistes (Radikalenerlass), qui impose une enquête avant toute embauche dans la fonction publique ; jusqu'à 3,5 millions de demandes sont recensées entre 1972 et 1987, et Willy Brandt qualifie ensuite cette décision d'erreur. Le 24 avril 1974, son collaborateur Günter Guillaume et l'épouse de celui-ci sont arrêtés, Günter Guillaume étant identifié comme agent de la Stasi, le service de renseignement est-allemand. Le 6 mai 1974, Willy Brandt informe par écrit le président fédéral Gustav Heinemann qu'il ne reste pas à la tête du gouvernement, et Helmut Schmidt lui succède le 16 mai.
1913 : naissance à Lübeck sous le nom de Herbert Ernst Karl Frahm, le 18 décembre
1933 : départ pour la Norvège et adoption du pseudonyme Willy Brandt
1940 : exil en Suède après l'invasion de la Norvège, nationalité norvégienne le 1er août
1948 : retrouve la nationalité allemande et épouse Rut Hansen
1957 : bourgmestre-gouverneur de Berlin-Ouest, fonction exercée jusqu'en 1966
1964 : président du SPD, poste conservé jusqu'en 1987
1966 : ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier de la grande coalition
1969 : élu chancelier de la RFA le 21 octobre
1970 : signature du traité de Moscou le 12 août, puis agenouillement devant le monument du ghetto de Varsovie le 7 décembre
1971 : prix Nobel de la paix
1974 : démission de la chancellerie le 6 mai
1976 : président de l'Internationale socialiste, fonction exercée jusqu'en 1992
1980 : remise du rapport de la commission Nord-Sud au secrétaire général de l'ONU le 12 février, divorce d'avec Rut Brandt en décembre
1989 : discours du 10 novembre devant l'hôtel de ville de Schöneberg, au lendemain de l'ouverture du Mur
1992 : mort à Unkel le 8 octobre
Sa mère, Martha Frahm, épouse en 1927 le maçon contremaître Emil Kuhlmann, mais Herbert Frahm reste chez son grand-père Ludwig Frahm. Il fréquente la Lorenz-Schule, la Realschule von Großheim puis le Johanneum. Il épouse en mai 1941 à Stockholm la Norvégienne Carlota Thorkildsen, mère de sa fille Ninja Frahm, née le 30 octobre 1940, puis divorce en 1948. La même année, il épouse Rut Hansen, veuve d'Ole Bergaust. Le couple a trois fils : Peter Brandt, né en 1948, Lars Brandt, né en 1951, et l'acteur Matthias Brandt, né en 1961. Rut et Willy Brandt divorcent en décembre 1980 après trente-deux ans de mariage.
Julius Leber, rédacteur en chef du Volksbote, est son mentor. Egon Bahr, chef du service de presse de Berlin en 1961, devient l'un de ses plus proches collaborateurs. Couple depuis 1978, Willy Brandt et Brigitte Seebacher, rédactrice en chef du journal Berliner Stimme, s'installent à Unkel en avril 1979 et se marient le 9 décembre 1983 à l'état civil de la ville. Elle l'aide pour ses Erinnerungen, parues en 1989. Il fonde en 1986 la Stiftung Entwicklung und Frieden et préside la commission Nord-Sud, où siègent Edward Heath, Olof Palme et Katharine Graham.
Willy Brandt meurt le 8 octobre 1992 à son domicile d'Unkel, des suites d'un cancer du côlon, à l'âge de 78 ans. À l'annonce du décès, la présidente du Bundestag Rita Süssmuth lit un éloge devant les députés. Une cérémonie d'État a lieu au Reichstag, à Berlin, le 17 octobre 1992 : le président fédéral Richard von Weizsäcker s'exprime, et Felipe González, alors chef du gouvernement espagnol, prononce un adieu. Rut Brandt n'assiste ni à cette cérémonie ni à l'inhumation. Le Premier ministre australien Paul Keating adresse un message de condoléances au gouvernement allemand. L'Internationale socialiste, qu'il présidait depuis novembre 1976, publie un communiqué de deuil le 9 octobre.
Willy Brandt est inhumé au cimetière forestier de Zehlendorf, à Berlin, dans une tombe d'honneur dont la pierre porte uniquement son nom. Rut Brandt y repose aussi. Un forum à Unkel, où il vécut de 1979 à 1992, présente son bureau et sa bibliothèque. Le Willy-Brandt-Haus à Berlin abrite le siège du SPD, et l'aéroport de Berlin Brandebourg porte son nom.
1 - En 1946, Willy Brandt refuse le poste de maire de Lübeck, sa ville natale. Deux ans plus tard, en 1948, le SPD le charge d'assurer à Berlin la liaison avec les Alliés.
2 - De septembre à décembre 1936, Willy Brandt séjourne clandestinement en Allemagne, notamment à Berlin, sous l'identité de Gunnar Gaasland, un étudiant norvégien, trois ans après son départ pour Oslo en 1933.
3 - Dans un entretien accordé à Bild am Sonntag le 1er octobre 1989, Willy Brandt déclare qu'il suffirait que sa tombe porte l'inscription "On s'est donné du mal". La pierre de Zehlendorf ne porte pourtant que son nom.
4 - À Unkel, aux côtés de Brigitte Seebacher, Willy Brandt plante chez lui des légumes, de la salade et des herbes aromatiques, et met parfois un tablier pour aider aux fourneaux.
5 - Le 7 décembre 1970, le geste de Varsovie n'est annoncé à personne : Egon Bahr affirme en 2007 que nul n'en avait connaissance avant que Willy Brandt ne s'agenouille devant le monument du ghetto.
- Métier(s) : homme politique, chancelier de la RFA (1969-1974), journaliste
- Résidence principale : Unkel, de 1979 à 1992
- Relations de couple : Carlota Thorkildsen (1941-1948), Rut Hansen (1948-1980), Brigitte Seebacher (1983-1992)
- Enfants : Ninja Frahm (1940), Peter Brandt (1948), Lars Brandt (1951), Matthias Brandt (1961)
- Distinctions : prix Nobel de la paix (1971), citoyen d'honneur de Berlin (1970), homme de l'année du magazine Time (1970)
25 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
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« Nous voulons oser plus de démocratie. »
— Déclaration gouvernementale devant le Bundestag, 28 octobre 1969 (traduit de l'allemand)
« Maintenant, ce qui va ensemble grandit ensemble. »
— Discours devant l'hôtel de ville de Schöneberg, Berlin, 10 novembre 1989 (traduit de l'allemand)
« Il suffirait que mon épitaphe dise "On s'est donné du mal". »
— Interview Bild am Sonntag, 1er octobre 1989 (traduit de l'allemand)
« Sur le chemin de Varsovie, il y avait le souvenir de six millions de morts. »
— Mémoires, 1989 (traduit de l'allemand)