Albertine Sarrazin est une femme de lettres française, née en 1937 à Alger et morte en 1967 à Montpellier. Ancienne détenue devenue romancière à succès, elle est la première femme à raconter en littérature son expérience de la prison féminine, notamment dans L'Astragale.
Née le 17 septembre 1937 à Alger, Albertine Sarrazin est abandonnée à l'Assistance publique et adoptée en 1939 par un couple installé à Alger, avant de rejoindre Aix-en-Provence en 1947. Victime à dix ans d'un viol commis par un oncle, elle bascule dans l'indiscipline et, à quinze ans, son père la fait placer d'autorité au Bon Pasteur, prison-école de Marseille, où elle est rebaptisée Annick. Évadée le jour des épreuves du baccalauréat en 1953, elle rejoint Paris et survit de larcins et de prostitution avant qu'un hold-up raté ne la conduise, en novembre 1955, devant la cour d'assises des mineurs de la Seine, qui la condamne à sept ans de prison. Transférée en 1956 à la Citadelle de Doullens, elle s'en évade en avril 1957 en sautant d'un bastion et se brise l'astragale. Recueillie sur le bord de la route par Julien Sarrazin, elle traverse ensuite une période de solitude et de prostitution parisienne, sous la protection du mécanicien Maurice Bouvier, dit l'Oncle.
Après plusieurs incarcérations communes, Albertine Sarrazin épouse Julien Sarrazin le 7 février 1959, puis s'installe en 1964 à Alès comme pigiste au Méridional. Emprisonnée quatre mois pour le vol d'une bouteille de whisky, elle y rédige le manuscrit qui deviendra L'Astragale. Le journaliste René Bastide le transmet aux éditions Jean-Jacques Pauvert, dont le directeur littéraire Jean-Pierre Castelnau accepte, le 27 avril 1964, de publier simultanément L'Astragale et La Cavale. Sa protectrice, la doctoresse Christianne Gogois-Myquel, avait entre-temps fait lire ses cahiers à Simone de Beauvoir, qui la recommande aux éditions Gallimard. Libérée le 9 août 1964, Albertine s'installe avec Julien dans les Cévennes. La publication de ses deux romans, en 1965, est un succès immédiat ; elle reçoit en 1966 le prix des Quatre Jurys et achève La Traversière. Elle entame alors, avec le réalisateur Norbert Carbonnaux puis avec Guy Casaril, l'adaptation cinématographique de L'Astragale, un projet que sa mort interrompt avant son achèvement.
17 septembre 1937 : naissance à Alger, abandon à l'Assistance publique et baptême sous le nom d'Albertine Damien.
1947 : installation de la famille adoptive à Aix-en-Provence après le départ d'Algérie.
1952 : placée au Bon Pasteur de Marseille sur décision judiciaire, renommée Annick.
1953 : obtient la première partie du baccalauréat et s'enfuit à Paris.
22 novembre 1955 : condamnée à sept ans de prison par la cour d'assises des mineurs de la Seine.
1956 : transférée à la Citadelle de Doullens, dans la Somme.
Avril 1957 : s'évade de Doullens, se brise l'astragale et rencontre Julien Sarrazin.
7 février 1959 : épouse Julien Sarrazin à la mairie du Xe arrondissement de Paris.
6 juin 1963 : sort de la maison d'arrêt de Pontoise.
27 avril 1964 : Jean-Pierre Castelnau accepte de publier ses deux premiers romans chez Jean-Jacques Pauvert.
9 août 1964 : libération définitive et installation avec Julien dans les Cévennes.
1965 : parution de L'Astragale et de La Cavale, succès immédiat.
1966 : reçoit le prix des Quatre Jurys et publie La Traversière.
10 juillet 1967 : décède à Montpellier des suites d'une opération du rein mal préparée.
Fille adoptive d'un couple installé à Alger puis à Aix-en-Provence, Albertine Sarrazin grandit auprès d'un père médecin militaire, âgé de 58 ans lors de l'adoption, et d'une mère sans profession, Thérèse, infirmière bénévole pendant la guerre. Scolarisée au collège Sainte-Catherine-de-Sienne d'Aix-en-Provence, elle y obtient plusieurs prix d'excellence malgré une adolescence marquée par l'indiscipline. Le 7 février 1959, alors détenue, elle épouse Julien Sarrazin, rencontré deux ans plus tôt sur le bord d'une route après son évasion de prison. Aucun enfant n'est connu du couple, dont l'union se poursuit jusqu'au décès d'Albertine en 1967.
Après sa libération définitive en 1964, Albertine Sarrazin doit une partie de son installation dans les Cévennes à Maurice Bouvier, un ancien client devenu propriétaire de leur maison de la Tanière, qu'il met à leur disposition par attachement platonique. Sa relation avec la doctoresse Christianne Gogois-Myquel, qu'elle surnomme son seizième de mère, reste déterminante pour son entrée en littérature. Fragilisée par l'alcool, le tabac et de multiples opérations de l'astragale, elle continue néanmoins d'écrire jusqu'à ses derniers mois, installée avec Julien près de Montpellier, dans une ancienne ferme qu'elle baptise elle-même l'Oratoire.
Albertine Sarrazin meurt le 10 juillet 1967, à 29 ans, à la clinique Saint-Roch de Montpellier, des suites d'une opération chirurgicale du rein mal préparée. L'anesthésiste, non diplômé, ne l'avait jamais examinée avant l'intervention et ignorait son groupe sanguin et son poids ; elle ne fut pas surveillée en salle de réveil et les réserves de sang manquaient. La presse titre alors : « Albertine Sarrazin termine son étrange destin. » Après un classement sans suite par le parquet, Julien Sarrazin porte plainte et obtient la condamnation du chirurgien, le docteur Schilliro, et de l'anesthésiste, le docteur Pietrera, pour homicide involontaire.
Albertine Sarrazin est inhumée une première fois au cimetière des Matelles, près de Montpellier, avant que sa dépouille ne soit transférée, à la demande de Julien Sarrazin, sur leur propriété du mas de l'Oratoire, à douze kilomètres de Montpellier. Julien Sarrazin, mort en 1991, repose depuis à ses côtés dans ce lieu qu'Albertine avait elle-même nommé en référence à une statue de la Vierge.
1 - En 2025, l'historienne Margot Lepage et l'archéologue Gilles Prilaux exploitent les registres d'écrou de la Citadelle de Doullens pour documenter les conditions de détention d'Albertine Sarrazin, dans un ouvrage consacré à ses codétenues de la Turne 9.
2 - Conservé par l'Institut national de l'audiovisuel, un portrait filmé pour l'émission Dim Dam Dom, diffusé en janvier 1966, montre Albertine Sarrazin évoquer ses années de détention sans se comparer à Simone de Beauvoir malgré son succès littéraire naissant.
3 - Dès l'âge de douze ans, en 1949, Albertine Sarrazin remplit des carnets à spirale d'un premier récit intitulé Les Aventures de trois guides indisciplinées, bien avant les romans carcéraux qui la rendront célèbre.
4 - Dans une lettre à sa marraine datée de février 1966, Albertine Sarrazin raconte avoir refusé le prix des Enfants Terribles ainsi que plusieurs séances de dédicaces, qu'elle compare à autant de nouvelles prisons plus subtiles.
5 - L'Astragale a connu deux adaptations cinématographiques, par Guy Casaril en 1968 avec Marlène Jobert et Horst Buchholz, puis par Brigitte Sy en 2015 ; La Cavale fut portée à l'écran par Michel Mitrani dès 1971.
6 - Devenu prospecteur géologue après une jeunesse de malfrat condamné aux travaux forcés, Julien Sarrazin n'achèvera jamais ses études ; son second livre, Chausse-trappes, écrit en 1981, ne paraîtra qu'en 2015, vingt-quatre ans après sa propre mort.
- Métier(s) : Femme de lettres (romancière, poétesse, épistolière)
- Résidence principale : Montpellier (Les Matelles, Hérault)
- Relations de couple : mariée à Julien Sarrazin (1959-1967)
- Enfants : aucun enfant connu
- Distinctions : prix des Quatre Jurys (1966)
Je lis et j'écris à mes moments de loisir.
— Biftons de prison, Éditions Sarrazin puis Éditions du Chemin de fer, 1976
C'est en me mariant que j'ai su enfin que j'avais un nom.
— Citée par J. Graven, Revue internationale de criminologie et de police technique, vol. XXI, n°3, 1967
Je n'ai aucun remords. Quand j'en aurai, je vous préviendrai.
— Déposition à la cour d'assises des mineurs de la Seine, novembre 1955
J'ai refusé le prix des Enfants Terribles, je n'en suis plus.
— Lettre à Mme Bourgeois, 12 février 1966, in Lettres de la vie littéraire, Éditions Pauvert, 1974