Benjamin Constant

1767–1830 · † à 63 ans
Naissance
25 oct. 1767
Décès
8 déc. 1830
Nationalité
Astrologie
20 personnalités prénommées Benjamin
Taille 168 cm

Biographie

Benjamin Constant, romancier, philosophe et homme politique franco-suisse né le 25 octobre 1767 à Lausanne et mort à Paris le 8 décembre 1830, est l'auteur du roman psychologique Adolphe (1816) et l'un des théoriciens fondateurs du libéralisme politique en Europe.


Parcours

Né à Lausanne dans une famille de huguenots d'origine française réfugiés dans le canton de Vaud, Henri-Benjamin Constant de Rebecque est le fils de Louis-Arnold-Juste de Constant de Rebecque (1726-1812), colonel dans un régiment suisse au service des Provinces-Unies, et d'Henriette-Pauline de Chandieu-Villars (1742-1767), qui décède seize jours après sa naissance. Élevé sans mère et ballotté de garnison en garnison par son père, il reçoit une formation cosmopolite : séjours en Angleterre (1780), études à l'université d'Erlangen en Bavière (1782), avant d'être expédié en Écosse à la suite d'un duel, où il achève sa formation à l'université d'Édimbourg (1783-1785). En 1787, il rencontre à Paris la romancière Isabelle de Charrière, avec laquelle il entame une liaison et une longue correspondance intellectuelle. Son père l'attache en 1788 comme chambellan à la cour du duc de Brunswick, où il rencontre la société aristocratique germanique et épouse en 1789 Wilhelmine von Cramm.

Arrivé à Paris en 1795 avec Germaine de Staël, Constant s'engage dans la vie politique républicaine et soutient initialement le coup d'État du 18 Brumaire. Nommé au Tribunat en 1799, il s'y impose comme chef de l'opposition libérale avant d'en être exclu en 1802 sur ordre de Napoléon Bonaparte. Durant l'exil forcé, il rencontre à Weimar Friedrich von Schiller et Johann Wolfgang von Goethe (1803). Après son mariage secret avec Charlotte de Hardenberg en 1808, il publie De l'esprit de conquête et d'usurpation (1814) et rédige, durant les Cent-Jours, l'Acte additionnel aux constitutions de l'Empire. Il publie Adolphe en 1816. Élu député de la Sarthe en 1819, chef de file des libéraux surnommés les « Indépendants », il devient l'un des orateurs les plus en vue de la Chambre des députés et soutient en 1830 l'avènement de Louis-Philippe.


Controverse

Le 19 mars 1815, alors que Napoléon revenu de l'île d'Elbe approche de Paris, Constant publie dans le Journal des Débats un article hostile dans lequel il déclare refuser tout ralliement à l'Empereur, affirmant ne pas vouloir se traîner d'un pouvoir à l'autre pour couvrir l'infamie par le sophisme. Moins d'un mois plus tard, convoqué par Napoléon le 14 avril 1815, il accepte de rédiger l'Acte additionnel aux constitutions de l'Empire, aussitôt surnommé par dérision « la Benjamine ». Ce volte-face, documenté par le Journal des Débats et plusieurs publications contemporaines, lui vaut une réputation d'opportunisme qui persistera sous la Restauration. Constant se justifie dans ses Mémoires sur les Cent-Jours (1819-1820), avançant la cohérence de ses principes libéraux au-delà des régimes successifs.


Repères chronologiques

1767 : naissance le 25 octobre à Lausanne ; mort de sa mère seize jours plus tard
1779 : rédaction d'un roman de chevalerie, Les Chevaliers, premier texte conservé
1782 : études à l'université d'Erlangen en Bavière ; duel, départ pour l'Écosse
1785 : fin des études à l'université d'Édimbourg
1788 : poste de chambellan à la cour du duc de Brunswick
1789 : premier mariage avec Wilhelmine von Cramm à Brunswick
1795 : arrivée à Paris avec Germaine de Staël ; débuts politiques
1800 : chef de l'opposition libérale au Tribunat sous le Consulat
1808 : mariage secret avec Charlotte de Hardenberg à Besançon (5 juin)
1814 : publication de De l'esprit de conquête et d'usurpation
1815 : rédaction de l'Acte additionnel aux constitutions de l'Empire (Cent-Jours)
1816 : publication d'Adolphe à Londres et à Paris
1819 : élection comme député de la Sarthe ; conférence fondatrice sur la liberté des Anciens et des Modernes
1830 : soutien à l'avènement de Louis-Philippe ; mort le 8 décembre à Paris


Vie personnelle et engagements

Issue d'une lignée de huguenots d'origine française réfugiés dans le canton de Vaud, la famille Constant perd la mère, Henriette-Pauline de Chandieu-Villars, seize jours après la naissance de Benjamin. Élevé seul par son père militaire Louis-Arnold-Juste de Constant de Rebecque, il épouse en 1789 Wilhelmine von Cramm, dame d'honneur à la cour de Brunswick, dont il se sépare en 1795. Le 5 juin 1808, il se marie secrètement à Besançon avec Charlotte de Hardenberg (1769-1845), nièce du chancelier prussien Karl August von Hardenberg, qui restera son épouse jusqu'à sa mort. La paternité d'Albertine de Staël, fille de Germaine de Staël, lui est attribuée par plusieurs biographes.

Constant entretient une relation intellectuelle et sentimentale de seize ans avec Germaine de Staël, dont l'influence oriente une partie de ses engagements politiques. Parmi ses amitiés durables figurent Juliette Récamier, destinataire d'une correspondance importante, et Gilbert de La Fayette, collègue libéral à la Chambre des Indépendants. Défenseur de la liberté de la presse et de l'abolition de l'esclavage, il conduit entre 1817 et 1818 une campagne journalistique pour obtenir la commutation de la peine de mort de Wilfrid Regnault, dont la condamnation lui semble entachée d'irrégularités, dans une démarche comparée par ses contemporains à celle de Voltaire dans l'affaire Calas.


Contexte du décès

Benjamin Constant meurt le 8 décembre 1830 à Paris. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille. Des funérailles nationales lui sont accordées le 12 décembre 1830 ; une foule considérable accompagne le cercueil jusqu'au cimetière du Père-Lachaise. Des étudiants demandent son inhumation au Panthéon : la proposition est soumise au vote de la Chambre des députés mais n'obtient pas la majorité. Auguste Blanqui, dans un appel aux étudiants en médecine et en droit daté du 11 décembre, salue en lui un grand citoyen et un ferme soutien de la liberté. Victor Hugo, dans son discours de réception à l'Académie française de 1841, le cite parmi les rares esprits qui n'ont pas plié devant Napoléon. À l'annonce simultanée des morts de Constant, de Goethe et du pape Pie VIII, Charles Nodier déclare : « Trois papes de morts. »


Lieux de mémoire

Benjamin Constant est inhumé dans la 29e division du cimetière du Père-Lachaise à Paris, à la suite de funérailles nationales célébrées le 12 décembre 1830. À Lausanne, une avenue et une place portent son nom depuis 1909. L'université de Lausanne abrite l'Institut Benjamin Constant, centre de recherche international consacré à son oeuvre et à sa pensée.


Anecdotes

1 - Sa mère, Henriette-Pauline de Chandieu-Villars, décède le 10 novembre 1767, seize jours après la naissance de Benjamin. Né orphelin de mère, il est confié à une succession de précepteurs de qualité inégale, puis suit son père de garnison en garnison.
2 - À 12 ans, Constant rédige un roman de chevalerie intitulé Les Chevaliers (1779), dont le manuscrit est conservé à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne. Ce texte juvénile, jamais publié de son vivant, est le plus ancien vestige littéraire connu de l'auteur.
3 - Le 11 février 1804, son journal intime contient la première occurrence connue de la formule « l'art pour l'art ». Cette conception d'une création sans finalité utilitaire sera reprise par Théophile Gautier, puis par les poètes du Parnasse comme Leconte de Lisle.
4 - À l'université d'Édimbourg, Constant contracte de lourdes dettes de jeu et doit promettre leur remboursement avant d'obtenir l'autorisation de quitter la ville. Son père Louis-Arnold-Juste de Constant de Rebecque règle ses créanciers à plusieurs reprises au cours de sa jeunesse.
5 - Marié secrètement à Charlotte de Hardenberg en juin 1808, Constant dissimule l'événement à Germaine de Staël pendant près d'un an. La découverte intervient en mai 1809 lorsque Charlotte signe par inadvertance une lettre de son nouveau nom « Charlotte Constant de Hardenberg ».


Points clés

- Métier(s) : Romancier, homme politique, philosophe
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : Wilhelmine von Cramm (1789-v. 1795), Charlotte de Hardenberg (1808-1830)
- Enfants : aucun enfant reconnu officiellement
- Distinctions : Ordre de l'Étoile polaire (Suède)


Postérité

20 voies portent son nom en France.

Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.

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Citations

« L'art pour l'art, et sans but ; tout but dénature l'art. Mais l'art atteint au but qu'il n'a pas. »

— Journal intime, 11 février 1804

« Toutes les barrières civiles, politiques, judiciaires deviennent illusoires sans liberté de la presse. »

— Principes de politique, Livre VII, chapitre III, 1815

« Je n'irai pas, misérable transfuge, me traîner d'un pouvoir à l'autre, couvrir l'infamie par le sophisme et balbutier des mots profanés pour racheter une vie honteuse. »

— Journal des Débats, 19 mars 1815

« J'ai défendu quarante ans le même principe, liberté en tout, en religion, en philosophie, en littérature, en industrie, en politique : et par liberté, j'entends le triomphe de l'individualité, tant sur l'autorité qui voudrait gouverner par le despotisme, que sur les masses qui réclament le droit d'asservir la minorité à la majorité. »

— Mélanges de littérature et de politique, Paris, 1829, préface

Le coeur seul peut plaider sa cause.
Il faut se décider, agir et se taire.
La reconnaissance a la mémoire courte.
Je suis trop sceptique pour être incrédule.
Le ridicule attaque tout, et ne détruit rien.
Tendre mère ! Vous ne m'abandonnez pas, même en rêve.
L'arbitraire est au moral ce que la peste est au physique.
Nous parlions d'amour de peur de nous parler d'autre chose.
Les sentiments que nous feignons, nous finissons par les éprouver.
Les peuples qui n'ont plus de voix n'en ont pas moins de la mémoire.
Un des crimes de la tyrannie, c'est de forcer le talent à se dégrader.
L'unique garantie des citoyens contre l'arbitraire, c'est la publicité.
Confiez au passé sa propre défense, à l'avenir son propre accomplissement.
J'éprouve un charme inexprimable à marcher en aveugle au-devant de ce que je crains.
J'ai besoin de l'air que tu respires comme de la seule atmosphère où je puisse vivre.
Combien il vaut mieux souffrir de l'oppression de ses ennemis que rougir des excès de ses alliés.
La mort, mystère inexplicable, dont une expérience journalière paraît n'avoir pas encore convaincu les hommes.
Aussitôt qu'un homme a le nécessaire, il ne lui faut que de l'élévation dans l'âme pour se passer du superflu.
Nous sommes des créatures tellement mobiles que les sentiments que nous feignons, nous finissons par les éprouver.
Prions l'autorité de rester dans ses limites ; qu'elle se borne à être juste. Nous nous chargerons d'être heureux.
Énigme du monde, j'ai peur qu'elle n'ait que deux mots : propagation pour les espèces et douleur pour les individus.
Les précautions qu'il prit pour que ce pressentiment ne se réalisât point furent précisément ce qui le fit se réaliser.
La guerre et le commerce ne sont que deux moyens différents d'arriver au même but : celui de posséder ce que l'on désire.
C'est un grand avantage dans les affaires de la vie que de savoir prendre l'offensive : l'homme attaqué transige toujours.
Ne soyez ni obstinés dans le maintien de ce qui s'écroule, ni trop pressés dans l'établissement de ce qui semble s'annoncer.
Malheur à l'homme qui, dans les premiers moments d'une liaison d'amour, ne croit pas que cette liaison doit être éternelle !
La variété, c'est de l'organisation ; l'uniformité, c'est du mécanisme. La variété, c'est la vie ; l'uniformité, c'est la mort.
La plupart des hommes, en politique comme en tout, concluent des résultats de leurs imprudences à la fermeté de leurs principes.
C'est un affreux malheur de n'être pas aimé quand on aime ; mais c'en est un bien grand d'être aimé avec passion quand on n'aime plus.
Le droit à l'insurrection n'appartient à personne, ou il appartient à tous. Aucune classe ne peut faire de l'insurrection un monopole.
La multiplicité des lois flatte dans les législateurs deux penchants naturels, le besoin d'agir et le plaisir de se croire nécessaires.
L'excès des impôts conduit à la subversion de la justice, à la détérioration de la morale, à la destruction de la liberté individuelle.
Il faut remercier les hommes le moins possible parce que la reconnaissance qu'on leur témoigne les persuade aisément qu'ils en font trop !
Presque tous les vieux gouvernements sont doux parce qu'ils sont vieux et tous les nouveaux gouvernements durs, parce qu'ils sont nouveaux.
Si je me montrais aux autres comme je suis, ils me croiraient fou. Mais s'ils se montraient à moi ce qu'ils sont, peut-être les croirais-je fous aussi ?
Ainsi, le peuple n'est pas misérable seulement parce qu'il paie au-delà de ses moyens, mais il est misérable encore par l'usage que l'on fait de ce qu'il paie.
Le gouvernement est stationnaire, l'espèce humaine est progressive. Il faut que la puissance du gouvernement contrarie le moins possible la marche de l'espèce humaine.
Dès qu'il existe un secret entre deux coeurs qui s'aiment, dès que l'un d'eux a pu se résoudre à cacher à l'autre une seule idée, le charme est rompu, le bonheur est détruit.

Questions autour de Benjamin Constant

Quel est le vrai nom de Benjamin Constant ?
Son nom complet est Henri-Benjamin Constant de Rebecque. Il est désigné par le nom de Benjamin Constant, qui est le prénom et le premier élément de son nom de famille.
Quelle est l'oeuvre romanesque la plus connue de Benjamin Constant ?
Adolphe (1816) est son unique roman achevé publié de son vivant, considéré comme un précurseur du roman psychologique moderne en raison de son analyse introspective d'un amour qui se défait.
Pourquoi Benjamin Constant est-il une figure fondatrice du libéralisme ?
Sa distinction entre la liberté des Anciens (participation directe à la vie civique) et la liberté des Modernes (protection des droits individuels face à l'État), exposée en 1819, a posé les bases théoriques du libéralisme parlementaire européen.
Quelle était la relation entre Benjamin Constant et Germaine de Staël ?
Ils ont entretenu une liaison intellectuelle et sentimentale de 1794 à 1810, formant l'un des couples intellectuels les plus en vue de leur époque au sein du Groupe de Coppet.
Benjamin Constant a-t-il eu des enfants ?
Il n'a pas eu d'enfants reconnus officiellement. La paternité d'Albertine de Staël, fille de Germaine de Staël, lui est attribuée par plusieurs biographes.
Qui est né le même jour que Benjamin Constant ?
Elena Lenina, Karl Polanyi, Georges Bizet, Klaus Barbie et Laurie Cholewa sont nés le 25 octobre comme Benjamin Constant.
À quel âge est mort Benjamin Constant ?
Benjamin Constant est mort à 63 ans, le 8 décembre 1830.
Qui est mort le même jour que Benjamin Constant ?
René Auberjonois, Ladislas de Hoyos, Antônio Carlos Jobim, Golda Meir et Ryan O'Neal sont morts le 8 décembre comme Benjamin Constant.
Quels écrivains français sont du signe Scorpion comme Benjamin Constant ?
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