Jean Ziegler (né Hans Ziegler le 19 avril 1934 à Thoune, Suisse, mort le 10 juin 2026 à Genève) était un sociologue, homme politique et essayiste suisse, rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation de 2000 à 2008, auteur d'une oeuvre centrale dans la critique du capitalisme et des inégalités mondiales.
Fils de Hans Ziegler, président du tribunal de district de Thoune et colonel d'artillerie de réserve, et d'Elisabeth Walther, Jean Ziegler grandit dans une famille protestante bourgeoise. Après une maturité en Suisse, il part étudier le droit aux universités de Berne et de Genève, puis la sociologie à Paris, où il intègre la section Clarté du Parti communiste français. La rencontre avec Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir oriente définitivement son parcours intellectuel : c'est Simone de Beauvoir qui, en 1963, corrigeant son article publié dans la revue Les Temps modernes, remplace sa signature « Hans » par « Jean ». Il obtient un doctorat en droit en 1958, puis une habilitation en sociologie à Berne en 1967. En 1959, séjournant à l'université Columbia de New York, il loge chez Elie Wiesel, futur Prix Nobel de la paix 1986. Au début des années 1960, il est assistant du chargé de mission spécial de l'ONU au Congo, au moment de la sécession du Katanga. Premier président de la communauté Emmaüs de Genève, il avait rencontré l'abbé Pierre à Paris en 1952. La rencontre décisive survient en 1964 : Che Guevara, de passage à Genève pour une conférence internationale, lui déconseille de rejoindre la lutte armée et l'exhorte à combattre « au coeur du monstre » capitaliste.
Nommé professeur de sociologie à l'université de Genève en 1972, poste qu'il occupera jusqu'en 2002, Jean Ziegler enseigne également à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Parallèlement, il mène une carrière politique au sein du Parti socialiste suisse : conseiller municipal de Genève de 1963 à 1967, puis conseiller national de 1967 à 1983 et de 1987 à 1999. En 1975, il dépose une initiative parlementaire pour abaisser l'âge du droit de vote de 21 à 18 ans, adoptée définitivement en 1991. En 1976, la publication d'Une Suisse au-dessus de tout soupçon provoque une polémique nationale, menaçant sa nomination à Genève et valant à son auteur l'accusation d'être un « Nestbeschmutzer » (souilleur de nid). En 2000, il est nommé premier rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, mandat qu'il exercera jusqu'en 2008, date à laquelle lui succède Olivier De Schutter. Depuis 2009, il siégeait au comité consultatif du Conseil des droits de l'homme des Nations unies, réélu à ce poste en 2013 puis en 2016, malgré l'opposition de l'ONG UN Watch et du Comité des Juifs américains. Membre du comité de parrainage du tribunal Russell sur la Palestine, il a également été membre honoraire du conseil d'administration de la Fondation France Libertés et du conseil scientifique de l'Institut La Boétie dans les années 2020.
En avril 1996, lors de l'affaire Roger Garaudy, Jean Ziegler signe une lettre de soutien à cet auteur poursuivi pour négationnisme, au nom de la liberté d'expression. L'avocat Jacques Vergès verse la lettre au dossier de la défense et la rend publique en même temps que celle de l'abbé Pierre. Jean Ziegler se désolidarise par la suite dans des interviews au Journal du dimanche et au Monde, déclarant condamner « avec la plus grande fermeté toutes les entreprises et propos négationnistes » et accusant Roger Garaudy d'avoir détourné sa lettre, ce qu'il réitère dans un article pour Charlie Hebdo. La réception du prix Mouammar Kadhafi des droits de l'homme en 2002, lors d'une cérémonie à Tripoli, alimente une controverse durable. Jean Ziegler, qui déclare avoir été présent pour d'autres missions de l'ONU, affirme avoir refusé puis renvoyé le prix. En 2013, l'ONG UN Watch exige sa démission du comité consultatif de l'ONU en produisant une vidéo documentant la remise du prix, exigence que Jean Ziegler récuse en dénonçant une tentative de décrédibiliser le Conseil des droits de l'homme. Par ailleurs, ses procédures judiciaires liées à La Suisse lave plus blanc (1990) lui valent des poursuites dans cinq pays de la part de sept banquiers et financiers, réclamant plus de 24 millions de francs français de dommages et intérêts, et la levée de son immunité parlementaire en juin 1991 par le Conseil national.
1934 : naissance le 19 avril à Thoune (canton de Berne), sous le nom de Hans Ziegler
1952 : rencontre de l'abbé Pierre à Paris ; devient le premier président de la communauté Emmaüs de Genève
1958 : doctorat en droit à l'université de Berne
1959 : séjour à l'université Columbia de New York, logé chez Elie Wiesel
1961 : mission au Congo pour l'ONU pendant la sécession du Katanga
1963 : publication de l'article L'arme blanche en Afrique dans Les Temps modernes ; Simone de Beauvoir remplace la signature « Hans » par « Jean »
1964 : rencontre avec Che Guevara lors de la conférence internationale sur le sucre à Genève
1965 : mariage avec Wedad Seinier
1967 : habilitation en sociologie à Berne ; entrée au Conseil national suisse
1972 : nomination comme professeur ordinaire de sociologie à l'université de Genève
1976 : publication d'Une Suisse au-dessus de tout soupçon aux éditions du Seuil
1994 : chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres (France)
1997 : publication de La Suisse, l'or et les morts aux éditions du Seuil
2000 : nomination comme rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation
2005 : publication de L'Empire de la honte
2008 : fin du mandat onusien ; publication de La Haine de l'Occident
2009 : élection au comité consultatif du Conseil des droits de l'homme de l'ONU ; doctorat honoris causa de l'université Paris VIII (17 janvier) et de l'université de Savoie (4 décembre)
1999 : mariage avec Erica Deuber
2011 : publication de Destruction massive. Géopolitique de la faim
2018 : publication de Le Capitalisme expliqué à ma petite-fille aux éditions du Seuil
2026 : mort le 10 juin à Genève des suites de la maladie de Parkinson, à 92 ans
Jean Ziegler est le fils de Hans Ziegler, président du tribunal de district de Thoune et colonel d'artillerie, et d'Elisabeth Walther. Il a une soeur, Barbara König-Ziegler, de deux ans sa cadette, qui fut la première femme élue présidente du conseil communal de Thoune en 1980 pour le Parti libéral. Il épouse en 1965 Wedad Seinier, d'origine égyptienne, avec laquelle il a un fils, Dominique Ziegler, dramaturge et metteur en scène de théâtre. Il se remarie en 1999 avec Erica Deuber Ziegler, historienne de l'art et ancienne députée de l'Alliance de gauche au Grand Conseil genevois. Issu d'un milieu protestant conservateur, Jean Ziegler se convertit au catholicisme dans les années 1960, sa rencontre avec la théologie de la libération lui permettant de concilier marxisme et foi. Il résidait à Russin, dans le canton de Genève.
Les engagements de Jean Ziegler dépassent le cadre académique et politique. Proche de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir dans sa jeunesse parisienne, il noue des amitiés durables avec des personnalités du Sud global, notamment Che Guevara lors de leur rencontre genevoise de 1964. Il soutient la cause palestinienne dans le cadre du tribunal Russell et se montre un défenseur constant des mouvements de libération nationale. En Suisse, le cinéaste Nicolas Wadimoff lui consacre en 2016 le documentaire Jean Ziegler, l'optimisme de la volonté. Son biographe Jürg Wegelin publie en 2012 La vie d'un rebelle. Ses derniers mois le voient très affaibli par la maladie de Parkinson ; son épouse Erica Deuber Ziegler lui lisait les journaux quotidiennement.
Jean Ziegler meurt dans la nuit du mardi 9 au mercredi 10 juin 2026 à Genève, des suites de la maladie de Parkinson, à l'âge de 92 ans. Son décès est annoncé par son fils Dominique Ziegler, qui avait passé la nuit à son chevet, avant d'être confirmé par sa veuve Erica Deuber Ziegler auprès de l'agence Keystone-ATS, puis par la RTS. La cérémonie d'adieu est célébrée le 18 juin 2026 à la cathédrale Saint-Pierre de Genève. Parmi les personnalités ayant rendu hommage, l'ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss souligne son influence sur des générations d'étudiants, l'ex-ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey évoque la portée internationale de sa voix, et le conseiller aux États Carlo Sommaruga salue sa constance dans l'engagement. L'avocat Marc Bonnant rend également hommage à cet « intellectuel hors du commun
1 - En 1959, arrivé à New York pour étudier la sociologie à l'université Columbia, Jean Ziegler loge chez Elie Wiesel, alors écrivain peu connu. Ce dernier obtient le Prix Nobel de la paix en 1986, vingt-sept ans après ce séjour commun.
2 - C'est Simone de Beauvoir qui donne à Jean Ziegler son prénom public. Voyant la signature « Hans » au bas de son article pour Les Temps modernes en 1963, elle déclare que ce n'est pas un prénom et le rebaptise « Jean » de sa propre initiative.
3 - En 1964, Jean Ziegler sert de chauffeur à Che Guevara lors de son séjour genevois pour la conférence sur le sucre. Il lui demande de pouvoir le rejoindre en Amérique latine pour la lutte armée ; le révolutionnaire lui conseille de rester en Suisse, « au coeur du monstre ».
4 - Originaire d'une famille protestante et conservatrice, dont le grand-père fut l'un des fondateurs de ce qui deviendra l'UDC, Jean Ziegler se convertit au catholicisme dans les années 1960, se réclamant par la suite d'un « marxisme croyant ».
5 - Lors de sa candidature au Conseil national, l'abbé Pierre effectue spécialement le voyage de Paris à Genève pour le soutenir lors d'un meeting à l'université, ce soutien étant considéré par Jean Ziegler lui-même comme un appui décisif dans sa victoire.
6 - Son cours d'introduction à la sociologie à l'université de Genève s'ouvrait invariablement par la phrase : « Bonjour, je m'appelle Jean Ziegler, je suis marxiste et je le resterai jusqu'à ma mort. »
- Métier(s) : sociologue, essayiste, homme politique, professeur d'université
- Résidence principale : Russin (canton de Genève, Suisse)
- Relations de couple : Wedad Seinier (mariage 1965, divorce), Erica Deuber Ziegler (mariage 1999)
- Enfants : Dominique Ziegler (dramaturge et metteur en scène), né de Wedad Seinier
- Distinctions : chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres (France, 1994), Médaille de la présidence de la République italienne, Ordre national d'Amílcar Cabral du Cap-Vert, docteur honoris causa des universités de Mons, Paris VIII et Savoie
« Un enfant qui meurt de faim est assassiné. »
— L'Empire de la honte, éditions Fayard, 2005, p. 13
« Je m'appelle Jean Ziegler, je suis marxiste et je le resterai jusqu'à ma mort. »
— Formule d'ouverture du cours de sociologie à l'université de Genève, rapportée par Le Courrier, 10 juin 2026
« C'est ici, au coeur du système, que tu dois te battre, car c'est là que se trouve le cerveau du monstre. »
— Che Guevara à Jean Ziegler, Genève, 1964 — rapporté par Jean Ziegler dans de multiples interviews, dont RTS, 2026 (traduit de l'espagnol)
« Le capitalisme a un paradoxe : celui qui a vaincu le manque matériel en étant théoriquement capable d'assurer une existence digne aux 7 milliards d'êtres humains de la planète, et d'avoir en même temps créé un ordre cannibale du monde qui accapare les richesses au profit d'une infime minorité. »
— Lausanne Cités, entretien « Je sens se lever le souffle de l'histoire », 15 août 2018, p. 3
« Et c'est de Simone de Beauvoir que j'ai reçu mon prénom. Lorsqu'elle a vu mon prénom au-dessus du premier texte que j'ai écrit pour la revue Les Temps modernes, elle m'a demandé : 'Qu'est-ce que c'est que ça ? Hans ?' Elle m'a dit que ce n'était pas un prénom. Elle l'a barré et m'a appelé 'Jean'. »
— SWI swissinfo.ch, interview « Jean Ziegler : Le cerveau du monstre est en Suisse », janvier 2024
« Un enfant qui meurt de faim est assassiné. »
— L'Empire de la honte, éditions Fayard, 2005, p. 13
« Je m'appelle Jean Ziegler, je suis marxiste et je le resterai jusqu'à ma mort. »
— Formule d'ouverture du cours de sociologie à l'université de Genève, rapportée par Le Courrier, 10 juin 2026
« C'est ici, au coeur du système, que tu dois te battre, car c'est là que se trouve le cerveau du monstre. »
— Che Guevara à Jean Ziegler, Genève, 1964 — rapporté par Jean Ziegler dans de multiples interviews, dont RTS, 2026 (traduit de l'espagnol)
« Le capitalisme a un paradoxe : celui qui a vaincu le manque matériel en étant théoriquement capable d'assurer une existence digne aux 7 milliards d'êtres humains de la planète, et d'avoir en même temps créé un ordre cannibale du monde qui accapare les richesses au profit d'une infime minorité. »
— Lausanne Cités, entretien « Je sens se lever le souffle de l'histoire », 15 août 2018, p. 3
« Et c'est de Simone de Beauvoir que j'ai reçu mon prénom. Lorsqu'elle a vu mon prénom au-dessus du premier texte que j'ai écrit pour la revue Les Temps modernes, elle m'a demandé : 'Qu'est-ce que c'est que ça ? Hans ?' Elle m'a dit que ce n'était pas un prénom. Elle l'a barré et m'a appelé 'Jean'. »
— SWI swissinfo.ch, interview « Jean Ziegler : Le cerveau du monstre est en Suisse », janvier 2024