Johann Strauss II, né le 25 octobre 1825 à Vienne, est un compositeur autrichien de valses et d'opérettes, auteur de plus de 500 œuvres dont Le Beau Danube bleu. Mort le 3 juin 1899, il reste associé au surnom de « roi de la valse ».
Fils aîné du compositeur Johann Strauss I et de Maria Anna Streim, Johann Strauss II naît à Saint-Ulrich (Vienne) le 25 octobre 1825. Son père le destine à une carrière bancaire et lui interdit la musique. Le jeune Johann étudie en secret le violon avec Franz Amon, premier violon de l'orchestre paternel, le contrepoint avec Joachim Hoffmann et la composition avec Joseph Drechsler ; il fréquente le Schottengymnasium de Vienne de 1837 à 1841. Le départ du père du domicile familial en 1842 pour rejoindre sa maîtresse Émilie Trampusch permet au fils de se consacrer ouvertement à la musique. En octobre 1844, avec vingt-quatre musiciens recrutés à la taverne Zur Stadt Belgrad, il fait ses débuts au casino Dommayer de Hietzing, interprétant six de ses propres compositions. La presse accueille favorablement la prestation. Son père, irrité, refuse de se produire désormais dans cette même salle. Strauss II obtient en 1863 le titre de k.k. Hofballmusikdirektor, directeur des bals de la Cour impériale de Vienne.
Après la mort de Johann Strauss I, emporté par la scarlatine en 1849, Strauss II fusionne les deux orchestres et intensifie les tournées. De 1855 à 1865, il se produit chaque été au pavillon Vauxhall de Pavlovsk, près de Saint-Pétersbourg. En 1872, à l'invitation du chef de fanfare Patrick Gilmore, il dirige au World's Peace Jubilee de Boston un effectif de plus de mille musiciens. Sous l'impulsion de sa première épouse Henriette Treffz, il aborde l'opérette : La Chauve-Souris, créée le 5 avril 1874 au Theater an der Wien, lui assure un succès durable dans ce genre, confirmé par Le Baron tzigane (1885). Ses valses majeures -- Le Beau Danube bleu (1867), Histoires de la forêt viennoise (1868) et La Valse de l'Empereur (1889) -- forment le cœur du Concert du Nouvel An de l'Orchestre philharmonique de Vienne depuis 1929, grâce à l'initiative de Clemens Krauss. Johannes Brahms et Richard Wagner comptent parmi ses admirateurs les mieux documentés.
En 1848, lors des insurrections qui secouèrent Vienne, Johann Strauss II prit le parti des révolutionnaires et joua publiquement La Marseillaise, ce qui lui valut une arrestation par les autorités viennoises. Il fut acquitté, mais cet épisode retarda sa nomination au poste de k.k. Hofballmusikdirektor, auquel il se vit refuser l'accès à deux reprises avant de l'obtenir en 1863. Après sa mort, ses origines partiellement juives -- son arrière-grand-père paternel était juif hongrois -- firent l'objet d'une opération de dissimulation sous le régime national-socialiste. En 1941, le Reichskulturkammer fit falsifier un acte d'état civil pour effacer toute trace d'hérédité juive dans la lignée Strauss, et un certificat d'aryanité fut délivré à titre posthume. Cette falsification est attestée par le Wiener Institut für Strauss-Forschung et documentée dans les travaux de Christine Mondon.
1825 : naissance le 25 octobre à Saint-Ulrich (Vienne)
1844 : débuts au casino Dommayer de Hietzing (octobre)
1848 : arrestation pour avoir joué La Marseillaise en public ; acquitté
1849 : mort de Johann Strauss I ; fusion des deux orchestres
1862 : mariage avec Henriette Treffz à la Stephansdom de Vienne (27 août)
1863 : nommé k.k. Hofballmusikdirektor
1867 : création du Beau Danube bleu, op. 314 (15 février, Dianabad de Vienne)
1872 : tournée aux États-Unis ; concert au World's Peace Jubilee de Boston
1874 : création de La Chauve-Souris au Theater an der Wien (5 avril)
1878 : mort de Henriette Treffz (8 avril) ; second mariage avec Angelika Dittrich (28 mai)
1882 : divorce d'avec Angelika Dittrich (9 décembre)
1885 : création du Baron tzigane
1887 : conversion au protestantisme ; mariage avec Adele Deutsch à Cobourg (août)
1889 : création de la Valse de l'Empereur, op. 437
1899 : décès le 3 juin à Vienne d'une pleuropneumonie
Aîné de six enfants de Johann Strauss I et de Maria Anna Streim, Johann Strauss II a deux frères eux aussi compositeurs : Josef Strauss (1827-1870) et Eduard Strauss (1835-1916). Il se marie trois fois : en 1862 avec la mezzo-soprano Henriette Treffz, dite « Jetty », à la Stephansdom de Vienne ; en 1878 avec l'actrice Angelika Dittrich (1850-1919), de trente ans sa cadette, dont il divorce en décembre 1882 ; et en 1887 avec Adele Deutsch (1856-1930), veuve du banquier Anton Strauß. Il n'a pas eu d'enfants biologiques.
Adele Deutsch soutient les dernières années créatives du compositeur et, après sa mort, obtient une extension législative des droits sur ses œuvres, connue sous le nom de « Lex Johann Strauss ». Parmi ses amis proches se trouvent le compositeur Johannes Brahms, à qui Strauss dédie sa valse Seid umschlungen, Millionen ! (op. 443), l'acteur Adolf von Sonnenthal et le compositeur Karl Goldmark. Strauss réside principalement à Vienne -- dans la Praterstrasse dans les années 1860, puis à la Igelgasse -- et séjourne régulièrement à Bad Ischl. Il parle le yiddish et entretient des liens étroits avec plusieurs personnalités de la communauté juive viennoise.
En mai 1899, Johann Strauss II contracte une infection respiratoire qui évolue en pleuropneumonie. Il décède le 3 juin 1899 à son domicile de la Igelgasse 4 à Vienne (aujourd'hui Johann-Strauss-Gasse 4-6), à l'âge de 73 ans. Au moment de sa mort, il travaillait encore à son ballet Aschenbrödel, dont l'achèvement fut confié à Josef Bayer. Il est inhumé au Zentralfriedhof (cimetière central de Vienne). Son frère Eduard Strauss, dernier survivant parmi les trois frères, dissout l'orchestre familial le 13 février 1901 après des concerts dans 840 villes. Les noms des personnalités ayant rendu un hommage officiel lors des obsèques ne sont pas individuellement documentés dans les sources consultées.
Johann Strauss II est inhumé au Zentralfriedhof (cimetière central) de Vienne, dans la section des musiciens d'honneur. Une statue en bronze doré le représentant avec son violon, œuvre du sculpteur Edmund Hellmer, est inaugurée en 1921 au Stadtpark de Vienne. Sa résidence de la Praterstrasse abrite aujourd'hui une section du Wien Museum consacrée à sa vie.
1 - Lors de sa tournée américaine de 1872, les admiratrices réclamaient des mèches de cheveux en souvenir. Son valet, pour répondre à la demande, tondait secrètement son chien de Terre-Neuve noir. La demande était si forte qu'on craignit que l'animal finisse entièrement ras.
2 - Johannes Brahms, à qui la femme de Strauss demanda un autographe sur son éventail, inscrivit quelques mesures du Beau Danube bleu, puis nota : « Malheureusement, pas par Johannes Brahms. » Cette formule est attestée par le biographe Heinrich Eduard Jacob (1940).
3 - Pour diriger les plus de mille musiciens et vingt mille choristes réunis au World's Peace Jubilee de Boston en 1872, Strauss utilisa une baguette lumineuse de grande taille et s'appuya sur vingt chefs d'orchestre adjoints pour coordonner l'ensemble.
4 - L'Église catholique refusant l'annulation de son second mariage, Strauss abandonne sa religion catholique et sa nationalité autrichienne en janvier 1887. Il devient protestant et citoyen du duché de Saxe-Cobourg-et-Gotha, dont le duc Ernst II peut alors prononcer la dissolution du mariage.
5 - La première du Beau Danube bleu le 15 février 1867 au Dianabad de Vienne fut mitigée : les paroles de Josef Weyl, raillant la défaite militaire autrichienne face à la Prusse, déplurent au public. C'est la version orchestrale jouée à l'Exposition universelle de Paris en mai 1867 qui imposa l'œuvre.
6 - En 1907, Eduard Strauss brûla une grande partie des archives musicales originales de la famille dans une usine de Vienne pour éviter que des œuvres soient revendiquées par des tiers. Ce geste s'inscrivait dans un pacte conclu avec son frère Josef.
- Métier(s) : compositeur, chef d'orchestre, violoniste
- Résidence principale : Vienne
- Relations de couple : Henriette Treffz (1862-1878), Angelika Dittrich (1878-1882), Adele Deutsch (1887-1899)
- Enfants : aucun enfant biologique
- Distinctions : k.k. Hofballmusikdirektor (1863) ; astéroïde (4559) Strauss nommé en son honneur (1989)
« Malheureusement, pas par Johannes Brahms. »
— Johannes Brahms, inscription sur l'éventail d'Adele Deutsch Strauss, citée in Heinrich Eduard Jacob, Johann Strauss, Father and Son, Greystone Press, 1940, p. 227 (traduit de l'allemand)
« Strauss a le cerveau le plus musical qui fût jamais. »
— Richard Wagner, cité in Heinrich Eduard Jacob, Johann Strauss, Father and Son, Greystone Press, 1940, p. 226 (traduit de l'allemand)
« Je considère Strauss comme mon collègue le plus doué. »
— Giuseppe Verdi, cité in Christine Mondon, Johann Strauss 1825-1899 - La musique et l'esprit viennois, Bernard Giovanangeli éditeur
« Je ne sais plus à quelle religion j'appartiens, bien que je sois dans mon cœur plus juif que protestant, tandis qu'Adèle parvient à réconcilier les deux. »
— Lettre de Johann Strauss II à son beau-frère Josef Simon, date non établie, citée in Christine Mondon, Johann Strauss 1825-1899 - La musique et l'esprit viennois, Bernard Giovanangeli éditeur
« J'ai donné le signal, mes vingt chefs d'orchestre adjoints ont suivi aussi vite et aussi bien qu'ils le pouvaient, et il s'est produit un vacarme impie que je n'oublierai jamais. »
— Johann Strauss II, évocation du concert de Boston (1872), in Harold C. Schonberg, The Lives of the Great Composers, p. 354-355 (traduit de l'anglais), repris in World History Encyclopedia