Cette année marque le 5ᵉ anniversaire de sa disparition.
Homme d'État tanzanien né le 29 octobre 1959 à Chato, John Magufuli fut le cinquième président de la Tanzanie de 2015 à sa mort en 2021. Chimiste de formation surnommé le « Bulldozer », il marqua son mandat par une lutte anti-corruption radicale et son déni du Covid-19.
Né le 29 octobre 1959 dans le village de Chato, sur les rives du lac Victoria dans le nord-ouest de la Tanzanie, John Pombe Joseph Magufuli est issu d'une famille paysanne. Son père, John Joseph Magufuli, était agriculteur. Il effectue sa scolarité primaire à la Chato Primary School (1967-1974) puis au Mkwawa High School d'Iringa (diplôme obtenu en 1981), avant de décrocher un diplôme en sciences de l'éducation au Mkwawa College of Education en 1982. Après son service militaire national (1983-1984) et un passage comme enseignant à la Sengerema Secondary School, il rejoint l'Université de Dar es Salaam, où il obtient une licence en sciences de l'éducation, spécialité chimie et mathématiques, en 1988. Membre du Chama Cha Mapinduzi (CCM), le parti fondé par Julius Nyerere, il travaille comme chimiste industriel à la Nyaza Cooperative de 1989 à 1995, menant en parallèle un master en chimie obtenu en 1994 (Université de Dar es Salaam / Université de Salford). Son doctorat en chimie date de 2009.
Élu député de Chato en novembre 1995, John Pombe Joseph Magufuli est nommé sous-secrétaire d'État aux Travaux publics par le président Benjamin William Mkapa, qui le promouvra au rang de ministre des Travaux, Transport et Communications de 2000 à 2005. Ces fonctions lui valent le surnom de « Bulldozer » pour ses chantiers routiers ambitieux dans le nord-ouest du pays. Sous la présidence de Jakaya Mrisho Kikwete, il occupe successivement les postes de ministre des Terres (2006-2008), de l'Élevage et de la Pêche (2008-2010), puis retrouve le portefeuille des Travaux publics (2010-2015). Le 25 octobre 2015, il remporte l'élection présidentielle face à Edward Lowassa avec 58 % des voix et prend ses fonctions le 5 novembre 2015, avec Samia Suluhu Hassan comme vice-présidente — première femme à occuper ce poste dans l'histoire du pays — et Kassim Majaliwa comme Premier ministre. Réélu le 28 octobre 2020 avec 84,39 % des suffrages dans un scrutin contesté, il avait également présidé la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) de 2019 à 2020.
Au cours de ses deux mandats, John Magufuli a fait l'objet de critiques documentées sur plusieurs fronts. En matière de libertés publiques, Reporters sans frontières a enregistré une chute de la Tanzanie de la 75e à la 124e place au classement mondial de la liberté de la presse entre 2015 et 2020. Des journalistes et opposants politiques ont été arrêtés ; les rassemblements de l'opposition ont été interdits en 2016 et la diffusion en direct des sessions parlementaires suspendue. Seif Magango, directeur d'Amnesty International pour l'Afrique de l'Est, a déclaré en 2020 n'avoir « jamais vu une telle répression depuis l'indépendance de la Tanzanie en 1961 ». Sa réélection d'octobre 2020 avec 84,39 % des suffrages a été dénoncée par l'opposition comme entachée de fraudes massives. Sur le plan sanitaire, à partir d'avril 2020, les autorités tanzaniennes ont cessé de publier les données épidémiologiques ; en juin 2020, Magufuli a déclaré le pays « libéré » du virus grâce aux prières et qualifié les vaccins de « dangereux » en janvier 2021.
1959 : naissance le 29 octobre à Chato, dans le nord-ouest de la Tanzanie
1967-1981 : scolarité primaire (Chato) puis secondaire (Mkwawa High School, Iringa)
1982 : diplôme en sciences de l'éducation au Mkwawa College of Education
1983-1984 : service militaire national en Tanzanie
1988 : licence en chimie et mathématiques à l'Université de Dar es Salaam
1994 : master en chimie (Université de Dar es Salaam / Université de Salford)
1995 : élu député de Chato ; nommé sous-secrétaire d'État aux Travaux par le président Benjamin Mkapa
2000 : nommé ministre des Travaux, Transport et Communications
2009 : doctorat en chimie à l'Université de Dar es Salaam
2015 : candidat désigné du CCM (juillet) ; élu président le 25 octobre ; intronisé le 5 novembre
2016 : gratuité de l'enseignement dans les écoles publiques ; interdiction des rassemblements de l'opposition
2017 : conflit avec Acacia Mining (filiale de Barrick Gold) ; accord prévoyant 300 millions de dollars et 16 % dans trois mines
2019 : présidence de la SADC ; doctorat honoris causa de l'Université de Dodoma
2020 : réélection contestée le 28 octobre avec 84,39 % des voix
2021 : mort le 17 mars à l'hôpital Emilio Mzena de Dar es Salaam
John Pombe Joseph Magufuli a grandi dans la pauvreté à Chato, dans une petite maison à toit de chaume, gardant le bétail et vendant du lait et du poisson pour aider sa famille. Son père, John Joseph Magufuli, était cultivateur. Fervent catholique, il épouse Janeth Magufuli, institutrice, avec qui il a sept enfants dont les prénoms documentés sont Suzan, Edna, Joseph, Jesca, Ruth, Jurgen et Jeremiah. Une huitième enfant, Juliana, est décédée avant son père. La famille réside au Palais présidentiel (Ikulu) de Dar es Salaam pendant sa présidence. Le prédicateur nigérian T.B. Joshua figurait parmi les invités officiels de son investiture le 5 novembre 2015.
Sur le plan des engagements publics, Magufuli adopte une image d'austérité dès sa prise de fonctions : il annule les célébrations de la Fête nationale tanzanienne du 9 décembre 2015 pour organiser une journée de nettoyage des rues et réduit son propre salaire présidentiel de 15 000 à 4 000 dollars par mois. Ses visites surprises dans les ministères pour contrôler la présence des fonctionnaires sont largement médiatisées. Sa coopération avec le président rwandais Paul Kagame se concrétise en avril 2016 par l'inauguration d'un pont frontalier commun entre les deux pays. Sa foi catholique est présentée comme le fondement de son engagement public.
John Magufuli meurt le 17 mars 2021 à l'hôpital Emilio Mzena de Dar es Salaam, à 61 ans. La vice-présidente Samia Suluhu Hassan annonce le décès à la télévision nationale, précisant qu'il souffrait de problèmes cardiaques depuis dix ans ; la cause officielle retenue est la fibrillation auriculaire. Absent de la scène publique depuis le 27 février 2021, plusieurs observateurs, dont le chef de l'opposition en exil Tundu Lissu, ont avancé l'hypothèse d'une forme grave de Covid-19, que les autorités tanzaniennes ont démentie. Les funérailles nationales se tiennent au stade Jamhuri de Dodoma le 22 mars 2021, en présence de Félix Tshisekedi, alors président de l'Union africaine, et d'Uhuru Kenyatta, président du Kenya.
Son corps est exposé successivement au stade Uhuru de Dar es Salaam, au stade Jamhuri de Dodoma, à Zanzibar, à Mwanza et à Geita. John Magufuli est inhumé le 26 mars 2021 dans sa ville natale de Chato, région de Geita, à l'issue d'un service funèbre à l'église catholique de Chato, en présence de sa famille proche. Une salve de 21 coups de canon est tirée lors de l'inhumation.
1 - Le second prénom de John Magufuli, Pombe, a été expliqué lors de ses funérailles à Dodoma : ce terme swahili désignant une boisson fermentée traditionnelle lui aurait été attribué parce qu'une célébration de brassage se tenait chez sa grand-mère le jour de sa naissance.
2 - John Magufuli soutient son doctorat en chimie à l'Université de Dar es Salaam en 2009, alors qu'il assume simultanément des responsabilités ministérielles depuis 2006, menant de front recherche académique et gestion des affaires gouvernementales.
3 - Deux mois après son investiture, John Magufuli ramène le gouvernement tanzanien de 30 à 19 ministères, supprimant ainsi 11 portefeuilles, et interdit à ses ministres de voyager en classe affaires à l'étranger, mesures présentées comme emblématiques de sa politique d'austérité budgétaire.
4 - En juin 2020, pour contester la fiabilité des tests de dépistage, John Magufuli annonce que des échantillons prélevés sur une papaye, une caille et une chèvre, soumis au laboratoire national sous des noms fictifs, avaient tous été déclarés positifs au Covid-19.
5 - En mars 2017, les autorités tanzaniennes saisissent 277 containers de concentrés miniers au port de Dar es Salaam, alléguant une déclaration d'or sous-évaluée par Acacia Mining d'un facteur de dix, ce qui aboutit à un redressement fiscal de 190 milliards de dollars contre la société.
- Métier(s) : chimiste, homme d'État, président de la Tanzanie (2015-2021)
- Résidence principale : Dar es Salaam (Palais présidentiel Ikulu)
- Relations de couple : époux de Janeth Magufuli (institutrice)
- Enfants : sept (Suzan, Edna, Joseph, Jesca, Ruth, Jurgen, Jeremiah)
- Distinctions : doctorat honoris causa de l'Université de Dodoma (2019) ; présidence de la SADC (2019-2020)
Nous devons atteindre un point où nous pouvons vivre sans corruption en Tanzanie.
— The East African, 25 août 2017 (traduit de l'anglais)
Trop c'est trop... nous avons besoin d'investisseurs, mais pas de cette forme d'exploitation.
— Mail & Guardian, octobre 2019 (traduit de l'anglais)
Vous ne m'avez pas élu pour que je rejoigne le club des corrompus. C'est notre pays. Nous y sommes nés. Nous y mourrons.
— The Citizen (Tanzanie), 2016 (traduit de l'anglais)
Je préviens les fonctionnaires paresseux et négligents qu'ils doivent se préparer : on les a tolérés trop longtemps. C'en est terminé.
— Discours inaugural au Parlement tanzanien, novembre 2015 (CNN, janvier 2016, traduit de l'anglais)