Louis Feuillade, né en 1873 et mort en 1925, est l'un des pères fondateurs du cinéma français. Directeur artistique historique de la Gaumont, ce bourreau de travail a inventé le thriller moderne avec ses feuilletons criminels culte Fantômas et Les Vampires, influençant durablement les surréalistes et le cinéma mondial.
Originaire de Lunel dans l'Hérault, Louis Feuillade monte à Paris pour devenir journaliste avant de se tourner vers le cinéma naissant. Il entre à la Gaumont en 1905 comme scénariste. Son talent prolifique lui permet de succéder rapidement à Alice Guy au poste de directeur artistique en 1907. Durant près de vingt ans, il supervise la production de la firme à la marguerite, réalisant lui-même plus de 700 ou 800 films (les estimations varient). Il touche à tous les genres : comédies, drames historiques, scènes bibliques (La Vie de Jésus), mais c'est dans le « ciné-roman » ou serial qu'il impose sa marque indélébile.
Entre 1913 et 1914, il adapte Fantômas, créant un phénomène de société. Son style, mêlant un réalisme documentaire (tournage dans les rues de Paris) à une intrigue onirique et criminelle, fascine le public. Il récidive avec Les Vampires (1915-1916), mettant en scène l'irrésistible Irma Vep, puis avec Judex (1916), premier justicier masqué de l'histoire du cinéma. Malgré une santé fragile, il travaille sans relâche jusqu'à son décès prématuré, laissant une œuvre gigantesque qui servira de modèle aux films d'espionnage et d'aventure du XXe siècle.
1873 : Naissance à Lunel (Hérault).
1905 : Entre chez Gaumont comme scénariste.
1907 : Nommé directeur artistique de Gaumont.
1913 : Sortie du premier épisode de Fantômas.
1915 : Lancement de la série Les Vampires.
1916 : Création de Judex.
1919 : Sortie de Tih Minh.
1925 : Décès à Nice des suites d'une péritonite.
Louis Feuillade est issu d'une famille de courtiers en vin du Languedoc, profondément catholique et conservatrice. Cet arrière-plan traditionnel contraste avec la subversion anarchique de ses films. Il épouse en 1895 Jeanne-Marie-Léontine Jaujou. Le couple a une fille, Colette Feuillade (née en 1901), qui jouera dans plusieurs de ses films sous le nom de « La petite Colette ». Très attaché à ses racines, Feuillade a transformé le cinéma en une affaire de famille : son gendre, Maurice Champreux, deviendra son collaborateur proche et réalisateur, et son petit-fils, Jacques Champreux, sera acteur et scénariste, perpétuant la mémoire de l'œuvre grand-paternelle, notamment en collaborant avec Georges Franju sur le remake de Judex.
Homme de devoir, il a toujours défendu une vision artisanale et populaire du cinéma, s'opposant aux prétentions intellectuelles du « Film d'Art » de l'époque. Il considérait le cinéma comme un divertissement destiné aux foules, ce qui lui valut le mépris de la critique bourgeoise de son temps, mais l'admiration inconditionnelle des poètes surréalistes comme André Breton et Louis Aragon, qui voyaient en lui un génie de l'inconscient et de la poésie urbaine.
Louis Feuillade décède brutalement le 26 février 1925 à l'âge de 52 ans, à Nice. Alors qu'il se trouve sur la Côte d'Azur pour des tournages, il est victime d'une péritonite aiguë (consécutive à une crise d'appendicite mal soignée). Il s'éteint quelques jours après l'opération à l'hôpital Saint-Roch. Son corps est rapatrié dans sa ville natale de Lunel, où il est inhumé au cimetière Saint-Gérard, dans le caveau familial.
Louis Feuillade est né et enterré à Lunel (Hérault), ville qui lui consacre aujourd'hui un lycée et une rue. Sa vie professionnelle s'est déroulée à Paris, principalement aux studios Gaumont des Buttes-Chaumont (19e arrondissement), où il régnait en maître absolu, transformant le quartier en décor permanent pour ses aventures.
Lors du tournage des Vampires, le préfet de police de Paris, excédé par les scènes de crimes réalistes tournées en pleine rue sans autorisation, a convoqué Feuillade. Le réalisateur a dû promettre que ses bandits ne ridiculiseraient plus la police pour pouvoir continuer à filmer dans la capitale.
Il écrivait ses scénarios à une vitesse prodigieuse, parfois quelques minutes avant de tourner la scène. La légende raconte qu'il notait souvent des idées de dialogues ou de péripéties sur ses manchettes de chemise (les poignets amidonnés) directement sur le plateau.
Il a découvert et lancé Musidora, la première "vamp" du cinéma français. C'est elle qui a conçu son célèbre costume moulant en soie noire pour le rôle d'Irma Vep, une tenue jugée scandaleuse pour l'époque mais qui est devenue l'icône visuelle du cinéma muet.
Il était un grand amateur de corridas, passion héritée de ses origines languedociennes. Il a intégré des scènes de tauromachie réelle dans plusieurs de ses films, n'hésitant pas à filmer dans les arènes de Nîmes ou de Lunel pour ancrer ses fictions dans le réel.