Abel Gance est un réalisateur, scénariste et producteur français (Paris, 1889-1981), auteur de Napoléon (1927), l'un des derniers grands succès du cinéma muet français. Pionnier du montage accéléré et inventeur de la polyvision, procédé à triple écran précurseur du Cinérama, il a durablement transformé le langage cinématographique mondial.
Abel Eugène Alexandre Perthon naît le 25 octobre 1889 dans le 18e arrondissement de Paris. Fils illégitime du docteur Abel Flamant, médecin aisé qui ne le reconnaît pas à la naissance, et de Françoise Perthon, d'origine bourbonnaise, il passe ses premières années chez ses grands-parents maternels à Commentry, dans l'Allier. Sa mère se remarie avec Adolphe Gance, chauffeur-mécanicien parisien, dont Abel adopte le patronyme. Après des études au lycée Chaptal à Paris, il abandonne le droit pour le théâtre et la poésie. En 1908, il obtient un engagement au Théâtre royal du Parc de Bruxelles, où il rédige ses premiers scénarios, qu'il vend au réalisateur Léonce Perret. En 1911, il fonde la société Le Film français et tourne son premier film, La Digue. Le 9 mars 1912, il publie dans Ciné-Journal le premier article théorique connu sur le cinéma : Qu'est-ce que le cinématographe ? Un sixième art ! Il réalise de 1911 à 1918 plus d'une quinzaine de films pour diverses sociétés, dont Mater Dolorosa (1917) et La Dixième Symphonie (1918) pour Film d'Art.
C'est avec J'accuse (1919), film pacifiste tourné en partie sur les champs de bataille, que Gance s'impose sur la scène internationale. La Roue (1923), dont le montage accéléré retient l'admiration de Jean Cocteau et d'Akira Kurosawa, constitue un jalon du cinéma impressionniste français. En 1925, il met au point avec l'ingénieur André Debrie la polyvision, procédé à triple écran offrant une image trois fois plus large que le format standard. Ce procédé est au coeur de Napoléon (1927), présenté triomphalement à l'Opéra de Paris. Avec Debrie, il dépose en 1929 le brevet de la perspective sonore, précurseur de la stéréophonie. L'échec financier de La Fin du monde (1931) brise son indépendance créative. Il tourne néanmoins Un grand amour de Beethoven (1936) avec Harry Baur, puis Paradis perdu (1940), qui révèle Micheline Presle et retient l'admiration de François Truffaut. Austerlitz (1960), soutenu par André Malraux, et Bonaparte et la Révolution (1971), produit par Claude Lelouch, achèvent sa filmographie. En 2024, la Cinémathèque française présente, sous la direction de Georges Mourier, une restauration de Napoléon dépassant sept heures, aboutissement de quinze ans de travaux.
Sous l'Occupation, les autorités de Vichy inscrivent Abel Gance sur la liste des réalisateurs non aryens interdits d'exercer, son père biologique, le docteur Abel Flamant, étant d'origine juive. Pour tenter de débloquer sa situation professionnelle, Gance dédicace son film Vénus aveugle (1941) au maréchal Philippe Pétain ; la dédicace est portée au générique. En septembre 1941, une avant-première est organisée à Vichy, précédée d'un discours de Gance en hommage au maréchal. La démarche reste sans effet : ses films continuent d'être distribués sans mention de son nom dans le matériel publicitaire. Ciblé par des campagnes de presse antisémites d'extrême droite, il quitte la France pour l'Espagne franquiste à l'été 1943. Ses projets cinématographiques y échouent ; désargenté, il rentre en France le 25 octobre 1945. Son rapport ambigu au régime de Vichy, entre contrainte professionnelle et tentatives de compromis, est documenté dans ses archives personnelles conservées à la Bibliothèque nationale de France et à la Cinémathèque française.
1889 : naissance à Paris, le 25 octobre, dans le 18e arrondissement
1908 : engagement au Théâtre royal du Parc de Bruxelles ; premiers scénarios vendus à Léonce Perret
1911 : fondation de la société Le Film français ; premier film réalisé, La Digue
1912 : publication du premier article théorique sur le cinéma dans Ciné-Journal (9 mars)
1919 : sortie de J'accuse, film pacifiste à retentissement international
1923 : sortie de La Roue, salué par Jean Cocteau et Akira Kurosawa
1925 : invention de la polyvision avec André Debrie, procédé à triple écran
1927 : première de Napoléon à l'Opéra de Paris
1929 : dépôt du brevet de la perspective sonore avec André Debrie
1931 : échec financier de La Fin du monde ; perte de son indépendance créative
1941 : dédicace de Vénus aveugle au maréchal Philippe Pétain ; avant-première à Vichy
1943 : exil en Espagne franquiste ; retour en France le 25 octobre 1945
1960 : sortie d'Austerlitz, dernier grand projet abouti, soutenu par André Malraux
1974 : Grand prix national du cinéma
1981 : César d'honneur partagé avec Alain Resnais ; décès le 10 novembre à Paris
Abel Gance grandit sans connaître son père biologique, le docteur Abel Flamant, qui ne l'a jamais reconnu. Sa mère, Françoise Perthon, se remarie avec Adolphe Gance, chauffeur parisien, dont Abel prend le nom. Il passe ses premières années à Commentry, dans l'Allier, avant de rejoindre sa mère à Paris, où il fréquente le lycée Chaptal. Dans sa jeunesse, il contracte la tuberculose, ce qui l'exempte du service militaire actif. Il épouse en premières noces Mathilde Angèle Thizeau (vers 1912, divorce), puis Marguerite Danis en 1922 (divorce). Sa troisième union, en 1933, avec l'actrice Sylvie Grenade, née Marie Odette Vérité (1902-1978), lui donne une fille, Clarisse.
Proche de l'écrivain Blaise Cendrars, avec lequel il collabore pour La Roue (1923), Gance est une figure admirée par Akira Kurosawa et Francis Ford Coppola, qui n'ont jamais dissimulé leur dette envers son oeuvre. En 1954, lors d'une réception en hommage à Georges Méliès, il rencontre Nelly Kaplan, qui devient son assistante et sa protégée avant de s'imposer comme réalisatrice à son tour. Commandeur de la Légion d'honneur, Gance est aussi l'auteur d'un recueil de poèmes, Un doigt sur le clavier, et d'un essai, Prisme (1930). Il s'est défini comme le Victor Hugo du cinéma.
Abel Gance décède le 10 novembre 1981 à son domicile parisien du 16e arrondissement, d'une embolie pulmonaire, après neuf jours de soins dans un hôpital de Boulogne-Billancourt. En janvier 1981, lors de la cérémonie des Césars, il avait reçu un César d'honneur aux côtés d'Alain Resnais et, à titre posthume, de Marcel Pagnol. Kevin Brownlow, historien du cinéma britannique qui avait consacré cinq décennies à restaurer Napoléon, avait rendu hommage à un cinéaste ayant selon lui fait "un usage du médium plus complet que tout autre avant ou après lui". En 1989, le centenaire de sa naissance donne lieu à de nombreuses manifestations culturelles en France, coïncidant avec le bicentenaire de la Révolution française.
Abel Gance est inhumé au cimetière d'Auteuil, dans le 16e arrondissement de Paris. Une rue Abel-Gance a été créée en 1993 dans le 13e arrondissement, et la ville de Nantes dispose d'une avenue à son nom. L'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD), au fort d'Ivry, a nommé son auditorium en son honneur.
1 - En 1915, les producteurs de Film d'Art refusent de distribuer La Folie du docteur Tube, tourné avec des miroirs déformants qui altèrent les formes des personnages. Ce film expérimental, inédit pendant plusieurs décennies, est reconnu comme l'un des premiers essais d'avant-garde de l'histoire du cinéma.
2 - Le 4 mars 1939, Gance signe un contrat avec le gouvernement franquiste pour tourner un film sur Christophe Colomb en Espagne et en Italie. Cinq mois plus tard, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale anéantit ce projet longuement préparé, qu'il ne pourra jamais réaliser.
3 - Après son exil en Espagne franquiste, Gance rentre en France le 25 octobre 1945, jour précis de son 56e anniversaire. Il retrouve sa maison de Châteauneuf-de-Grasse, en Provence, après plus de deux ans d'absence.
4 - Enfant, Kevin Brownlow achète deux bobines de Napoléon (format 9,5 mm) chez un brocanteur londonien. Cette rencontre fortuite le conduit à consacrer cinq décennies à la restauration du film, aboutissant à la première londonienne de 1980, la plus complète depuis 1927.
5 - À partir de 1937, Gance développe avec l'opticien Pierre Angénieux le "pictographe", appareil permettant de remplacer les décors réels par de simples maquettes ou des photographies. Breveté en 1938, ce procédé est à l'origine des techniques modernes d'incrustation vidéo.
- Métier(s) : réalisateur, scénariste, producteur
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : Mathilde Angèle Thizeau (vers 1912, divorce), Marguerite Danis (1922, divorce), Sylvie Grenade dite Sylvie Gance (1933-1978)
- Enfants : Clarisse (avec Sylvie Gance)
- Distinctions : Grand prix national du cinéma (1974), César d'honneur (1981), Commandeur de la Légion d'honneur
44 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
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C'est à la France de demain que je voudrais dédier ce film, mais puisqu'elle est incarnée en vous, Monsieur le Maréchal, permettez que très humblement je vous le dédie.
— Dédicace inscrite au générique de Vénus aveugle (1941)
Rongeant mon frein, j'ai dû laisser pendant des années ma locomotive au garage et il me faudrait des rails robustes pour y lancer la polyvision, cette locomotive surcompressée du cinéma futur.
— Abel Gance, cité dans Grande Encyclopédie Larousse, article "Gance (Abel)", édition 1971-1976
Shakespeare, Rembrandt, Beethoven feront du cinéma, car leurs royaumes seront à la fois mêmes et plus vastes. Renversement fou et tumultueux des valeurs artistiques, floraison subite et magnifique de rêves plus grands que tous ceux qui furent.
— Abel Gance, texte de 1927, cité notamment par Walter Benjamin dans "L'oeuvre d'art à l'ère de sa reproductibilité technique" (1935-1936, traduit de l'allemand)