Dramaturge et romancier français du siècle des Lumières, Marivaux a immortalisé l'analyse des sentiments amoureux à travers son théâtre psychologique raffiné. Né le 4 février 1688, son œuvre explore avec finesse les jeux du langage et les masques sociaux.
Issu d'une famille de petite noblesse de robe, Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux suit des études de droit à Paris sans grande conviction, préférant fréquenter les salons littéraires et les cercles d'intellectuels. Il commence sa carrière par des romans parodiques avant de trouver sa véritable voie dans l'écriture théâtrale pour la Comédie-Italienne. Son style unique, fondé sur la subtilité des dialogues et l'observation des mouvements de l'âme, donne naissance au terme marivaudage, souvent mal compris par ses contemporains. En 1723, il rencontre un premier succès majeur avec La Double Inconstance , pièce qui interroge les barrières sociales et la sincérité des cœurs. Ses comédies, bien que légères en apparence, cachent une réflexion profonde sur la condition humaine et les rapports de pouvoir entre maîtres et valets. Cette période est marquée par une production prolifique où il collabore étroitement avec les comédiens italiens pour exploiter leur jeu naturel et vif sur scène.
Le chef-d'œuvre Le Jeu de l'amour et du hasard , créé en 1730, consacre son génie pour la mise en scène du trouble amoureux et du quiproquo identitaire. Parallèlement, il se distingue comme journaliste avec Le Spectateur français , où il observe les mœurs de son temps avec une ironie mordante. Malgré les critiques acerbes de Voltaire qui juge son style trop précieux, il accède à l'Académie française en 1742, témoignant de sa reconnaissance officielle par ses pairs. Ses dernières années sont assombries par des revers financiers suite à la faillite du système de Law, le contraignant à une certaine précarité matérielle. Son influence sur le théâtre français demeure immense, ouvrant la voie à une approche moderne de la psychologie des personnages. Redécouvert au dix-neuvième siècle, son répertoire est aujourd'hui l'un des plus joués au monde après celui de Molière . Il meurt à Paris en 1763, laissant une œuvre monumentale.
1688 : Naissance le 4 février à Paris.
1710 : Inscription à la faculté de droit de Paris.
1717 : Mariage avec Colombe Bologne.
1720 : Ruine financière suite au krach du système de Law.
1721 : Succès d'Arlequin poli par l'amour .
1722 : Création du journal Le Spectateur français .
1723 : Première représentation de La Double Inconstance .
1730 : Création de Le Jeu de l'amour et du hasard .
1731 : Publication du roman La Vie de Marianne .
1737 : Échec relatif de Les Fausses Confidences .
1742 : Élection à l'Académie française au fauteuil 24.
1763 : Décès le 12 février à son domicile parisien.
Fils de Nicolas Carlet, fonctionnaire à la Monnaie, et de Marie-Catherine de Laussine, il passe une partie de son enfance à Riom en Auvergne avant de revenir s'installer dans la capitale. En 1717, il épouse Colombe Bologne, fille d'un riche marchand lyonnais, dont la dot lui assure temporairement une aisance financière. Le couple a une fille unique prénommé Colombe-Prospère, qui choisira plus tard de s'orienter vers la vie religieuse en entrant au couvent. Son mariage est marqué par un deuil précoce avec la mort de son épouse en 1723, un événement qui influence la profondeur mélancolique de ses écrits ultérieurs.
Fréquentant assidûment le salon de Madame de Tencin, il y tisse des liens d'amitié avec des philosophes et des écrivains comme Montesquieu ou Fontenelle. Ses engagements intellectuels se manifestent par ses écrits journalistiques défendant une vision humaniste et éclairée de la société. Passionné par l'étude des mœurs, il passe de longues heures à observer les passants dans les jardins parisiens pour nourrir ses personnages. Ses amitiés professionnelles avec les actrices de la Comédie-Italienne, notamment la célèbre Silvia, lui permettent de façonner ses rôles féminins avec une justesse psychologique inédite pour l'époque. Il reste un observateur attentif de la noblesse parisienne.
Le dramaturge s'éteint à l'âge de soixante-quinze ans à son domicile situé rue de Richelieu, succombant à une pleurésie après un hiver rigoureux. Ses funérailles ont lieu en l'église Saint-Roch de Paris, dans une certaine discrétion proportionnelle à sa modeste situation financière de fin de vie. Denis Diderot a salué la finesse d'esprit de son confrère lors de ses échanges épistolaires publics. La cause précise du décès, bien que documentée comme pathologie pulmonaire, illustre la fragilité sanitaire du dix-huitième siècle. Aucune cérémonie nationale n'est organisée, le rayonnement de son œuvre étant alors à son étiage académique avant sa redécouverte posthume.
Sa sépulture se trouvait initialement dans le caveau de l'église Saint-Roch à Paris. Cependant, les bouleversements de la période révolutionnaire et les travaux d'urbanisme ont entraîné la disparition de sa tombe exacte. Aujourd'hui, une plaque commémorative dans l'édifice religieux rappelle la mémoire de cet illustre académicien aux visiteurs et passionnés de littérature classique.
1 - L'écrivain a perdu la quasi-totalité de sa fortune personnelle lors de la banqueroute du système de Law en 1720. Cette ruine subite l'a contraint à vivre de sa plume, accélérant paradoxalement la production de ses plus grands chefs-d'œuvre théâtraux.
2 - Le terme marivaudage, aujourd'hui synonyme de badinage galant, était initialement utilisé par ses détracteurs comme une critique virulente de son style précieux et compliqué. Il a fallu attendre un siècle pour que ce mot devienne un hommage à sa subtilité.
3 - Malgré son élection à l'Académie française, il n'a jamais cessé de défendre le théâtre italien, jugé moins noble que le français. Cette fidélité aux comédiens étrangers montre son ouverture d'esprit et son goût pour un jeu dramatique spontané et expressif.
- Métier(s) : Dramaturge, romancier, journaliste
- Résidence principale : Paris, France
- Relations de couple : Colombe Bologne (1717-1723)
- Enfants : Colombe-Prospère Carlet
- Distinctions : Académie française (1742)
On n'est pas maître de son coeur.
Le mérite vaut bien la naissance.
Nous marier ? Des gens qui s'aiment !
Bien écouter, c'est presque répondre.
Quand l'amour parle, il est le maître.
Le vice est comme l'amant chéri de l'âme.
L'âme se raffine à mesure qu'elle se gâte.
Femme tentée et femme vaincue, c'est tout un.
On aime tant Dieu, quand on a besoin de lui !
Rien ne rend si aimable que de se croire aimé.
Tout ce qui n'est que suffisant ne suffit jamais.
Il n'y a rien de si trompeur que la mine des gens.
Il n'y a point de plaisir qui ne perde à être connu.
Une femme qui n'est plus coquette n'a plus de raison d'être.
Mon Dieu, que les hommes ont de talents pour ne rien valoir.
Est-il rien de plus naturel que d'aimer ce qui est aimable ?
On ne met rien dans son coeur ; on y prend ce qu'on y trouve.
Dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l'être assez.
Chez certaines gens, un habit neuf, c'est presque un beau visage.
Un mari porte un masque avec le monde et une grimace avec sa femme.
On ne sent point qu'on est menteur quand on a l'habitude de l'être.
Il faut avoir bien du jugement pour sentir que nous n'en avons point.
Moi l'épouser ! Je t'assure que non ; c'est bien assez qu'il m'épouse.
Nous sommes plus jaloux de la considération des autres que de leur estime.
Cueillez la grappe pendant qu'elle pend, on ne fait pas toujours vendange.
C'est un vilain amant qu'un homme qui vous désire plus qu'il ne vous aime.
Quand une fois l'imagination est en train, malheur à l'esprit qu'elle gouverne.
Nous ne gagnerions, à nous marier, que le loisir de nous quereller à notre aise.
Tous les jours, en fait d'amour, on fait très délicatement des choses fort grossières.
On s'accoutume à tout dans l'abondance, il n'y a guère de dégoût dont elle ne console.
C'est bien un plaisir que d'être riche ; mais ce n'est pas une gloire hormis pour les sots.
Il faut que la terre soit un séjour bien étranger pour la vertu, car elle ne fait qu'y souffrir.
En général, il faut se redresser pour être grand : il n'y a qu'à rester comme on est pour être petit.
L'usage le plus digne qu'on puisse faire de son bonheur, c'est de s'en servir à l'avantage des autres.
Il est permis à un amant de chercher les moyens de plaire, et on doit lui pardonner lorsqu'il a réussi.
La simple infidélité serait insipide et ne tenterait pas une femme sans l'assaisonnement de la perfidie.
J'ai eu la preuve que je puis déplaire ; et nous autres femmes, nous nous passons bien de ces preuves-là.
Le négligé est une abjuration simulée de coquetterie ; mais en même temps le chef-d'oeuvre de l'envie de plaire.
En général, personne ne manque tant de zèle pour adoucir vos peines, que les fourbes qui les ont causées et qui y gagnent.
Quand une femme est fidèle, on l'admire ; mais il y a des femmes modestes qui n'ont pas la vanité de vouloir être admirées.
Comme les hommes sont quelquefois méchants, mettez-vous en état de faire du mal, seulement afin qu'on n'ose pas vous en faire.
Le regard chez une jeune femme est un interprète toujours charmant qui se charge de dire avec complaisance ce que la bouche n'ose prononcer.
Toutes les dévotes se dédommagent des péchés qu'elles ne font pas par le plaisir de savoir les péchés des autres ; c'est toujours autant de pris...
Il n'y a point de mal à voir ce que les gens nous montrent. Ce n'est point moi qui ai tort de vous trouver coquette ; c'est vous qui avez tort de l'être.
On n'est pas maître de son coeur.
Le mérite vaut bien la naissance.
Nous marier ? Des gens qui s'aiment !
Bien écouter, c'est presque répondre.
Quand l'amour parle, il est le maître.
Le vice est comme l'amant chéri de l'âme.
L'âme se raffine à mesure qu'elle se gâte.
Femme tentée et femme vaincue, c'est tout un.
On aime tant Dieu, quand on a besoin de lui !
Rien ne rend si aimable que de se croire aimé.
Tout ce qui n'est que suffisant ne suffit jamais.
Il n'y a rien de si trompeur que la mine des gens.
Il n'y a point de plaisir qui ne perde à être connu.
Une femme qui n'est plus coquette n'a plus de raison d'être.
Mon Dieu, que les hommes ont de talents pour ne rien valoir.
Est-il rien de plus naturel que d'aimer ce qui est aimable ?
On ne met rien dans son coeur ; on y prend ce qu'on y trouve.
Dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l'être assez.
Chez certaines gens, un habit neuf, c'est presque un beau visage.
Un mari porte un masque avec le monde et une grimace avec sa femme.
On ne sent point qu'on est menteur quand on a l'habitude de l'être.
Il faut avoir bien du jugement pour sentir que nous n'en avons point.
Moi l'épouser ! Je t'assure que non ; c'est bien assez qu'il m'épouse.
Nous sommes plus jaloux de la considération des autres que de leur estime.
Cueillez la grappe pendant qu'elle pend, on ne fait pas toujours vendange.
C'est un vilain amant qu'un homme qui vous désire plus qu'il ne vous aime.
Quand une fois l'imagination est en train, malheur à l'esprit qu'elle gouverne.
Nous ne gagnerions, à nous marier, que le loisir de nous quereller à notre aise.
Tous les jours, en fait d'amour, on fait très délicatement des choses fort grossières.
On s'accoutume à tout dans l'abondance, il n'y a guère de dégoût dont elle ne console.
C'est bien un plaisir que d'être riche ; mais ce n'est pas une gloire hormis pour les sots.
Il faut que la terre soit un séjour bien étranger pour la vertu, car elle ne fait qu'y souffrir.
En général, il faut se redresser pour être grand : il n'y a qu'à rester comme on est pour être petit.
L'usage le plus digne qu'on puisse faire de son bonheur, c'est de s'en servir à l'avantage des autres.
Il est permis à un amant de chercher les moyens de plaire, et on doit lui pardonner lorsqu'il a réussi.
La simple infidélité serait insipide et ne tenterait pas une femme sans l'assaisonnement de la perfidie.
J'ai eu la preuve que je puis déplaire ; et nous autres femmes, nous nous passons bien de ces preuves-là.
Le négligé est une abjuration simulée de coquetterie ; mais en même temps le chef-d'oeuvre de l'envie de plaire.
En général, personne ne manque tant de zèle pour adoucir vos peines, que les fourbes qui les ont causées et qui y gagnent.
Quand une femme est fidèle, on l'admire ; mais il y a des femmes modestes qui n'ont pas la vanité de vouloir être admirées.
Comme les hommes sont quelquefois méchants, mettez-vous en état de faire du mal, seulement afin qu'on n'ose pas vous en faire.
Le regard chez une jeune femme est un interprète toujours charmant qui se charge de dire avec complaisance ce que la bouche n'ose prononcer.
Toutes les dévotes se dédommagent des péchés qu'elles ne font pas par le plaisir de savoir les péchés des autres ; c'est toujours autant de pris...
Il n'y a point de mal à voir ce que les gens nous montrent. Ce n'est point moi qui ai tort de vous trouver coquette ; c'est vous qui avez tort de l'être.