Cette année marque le 50ᵉ anniversaire de sa disparition.
Philosophe allemand né le 26 septembre 1889 à Messkirch et mort le 26 mai 1976 à Fribourg-en-Brisgau, Martin Heidegger est l'auteur d'Être et Temps (1927), ouvrage central de la phénoménologie et de l'existentialisme, dont la postérité reste indissociable de son engagement nazi entre 1933 et 1945.
Fils de Friedrich Heidegger, tonnelier et sacristain de l'église catholique de Messkirch, et de Johanna Kempf, Martin Heidegger suit ses études secondaires au petit séminaire jésuite de Constance puis à celui de Fribourg. En 1907, le père Conrad Gröber, futur archevêque de Fribourg, lui offre la dissertation de Franz Brentano sur les acceptions de l'être chez Aristote, lecture qu'il présentera comme décisive pour son chemin de pensée. Entré à l'université de Fribourg en 1909, il y soutient en 1913 une thèse de doctorat sur la doctrine du jugement dans le psychologisme, sous la direction d'Artur Schneider. En 1915, il obtient son habilitation avec un travail sur les catégories chez Duns Scot, dirigé par le néo-kantien Heinrich Rickert. Mobilisé en 1917 au service météorologique de l'armée à Verdun, il devient l'année suivante l'assistant d'Edmund Husserl, fondateur de la phénoménologie.
Nommé en 1923 professeur à l'université de Marbourg, foyer européen du néo-kantisme, il y collabore avec le théologien protestant Rudolf Bultmann et forme une génération d'élèves remarquable : Hans-Georg Gadamer, Hannah Arendt, Karl Löwith, Hans Jonas, Leo Strauss, Herbert Marcuse, Günther Anders, Emmanuel Levinas. La publication en 1927 de Sein und Zeit, traduit en français sous le titre Être et Temps, dédié à Husserl, le rend internationalement célèbre. L'ouvrage y introduit les concepts de Dasein, d'être-au-monde et d'être-vers-la-mort. En 1928, il succède à Husserl à la chaire de philosophie de Fribourg. La controverse de Davos l'oppose en 1929 à Ernst Cassirer. Dans les années 1930 s'opère ce qu'il nomme « le tournant » (die Kehre), réorientation vers la pensée de l'être, du langage et de la technique.
Heidegger sympathise avec le national-socialisme dès 1930 et vote pour le NSDAP en 1932. Le 21 avril 1933, trois mois après l'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir, il est élu recteur de l'université de Fribourg-en-Brisgau et adhère au parti nazi le 1er mai. Son « Discours du rectorat » et son « appel aux étudiants allemands » placent l'université sous le principe du Führerprinzip. Selon les travaux de l'historien Hugo Ott et de Raul Hilberg, il met fin en 1933 au versement des allocations aux étudiants boursiers « non aryens » de Fribourg, en application de la loi de restauration de la fonction publique. Il démissionne du rectorat en avril 1934 mais reste membre du parti jusqu'en 1945. Les autorités d'occupation françaises lui interdisent d'enseigner de 1945 à 1951. La publication par Peter Trawny en 2014 des Cahiers noirs, journaux intimes rédigés entre 1931 et 1948, déclenche une polémique internationale sur l'antisémitisme explicite de plusieurs passages : Günter Figal démissionne en janvier 2015 de la présidence de la Martin-Heidegger-Gesellschaft.
1889 : naissance le 26 septembre à Messkirch, grand-duché de Bade
1909 : entrée à l'université de Fribourg, études de théologie puis de philosophie
1913 : thèse de doctorat en philosophie sous la direction d'Artur Schneider
1915 : habilitation universitaire sur Duns Scot, dirigée par Heinrich Rickert
1917 : mariage avec Elfride Petri, mobilisation au service météorologique à Verdun
1923 : nomination comme professeur à l'université de Marbourg
1924 : début de la liaison clandestine avec son étudiante Hannah Arendt
1927 : publication d'Être et Temps, dédié à Edmund Husserl
1928 : succession à Husserl à la chaire de philosophie de Fribourg-en-Brisgau
1933 : élection au rectorat de Fribourg, adhésion au NSDAP, Discours du rectorat
1934 : démission du rectorat, maintien de l'adhésion au parti nazi
1945 : interdiction d'enseigner prononcée par les autorités françaises d'occupation
1951 : levée de l'interdiction, reprise des cours et des conférences publiques
1966 : entretien posthume accordé au Spiegel, publié à sa demande après sa mort
1976 : mort le 26 mai à Fribourg-en-Brisgau, inhumation à Messkirch
Fils aîné de Friedrich Heidegger, tonnelier et sacristain de l'église Saint-Martin de Messkirch, et de Johanna Kempf, il grandit dans un milieu rural catholique du pays de Bade aux côtés de son frère cadet Fritz Heidegger, qui restera son interlocuteur fidèle et copiera nombre de ses manuscrits. Il fait ses études secondaires aux petits séminaires de Constance, sous la direction du père Conrad Gröber, puis de Fribourg. Le 21 mars 1917, il épouse Elfride Petri (1893-1992), de confession protestante. Le couple a deux fils, Jörg en 1919 et Hermann en 1920, ce dernier deviendra l'exécuteur testamentaire chargé de l'édition des œuvres complètes.
De 1924 à 1928, à Marbourg, Heidegger entretient une liaison clandestine avec son étudiante Hannah Arendt, alors âgée de dix-huit ans, correspondance reprise après-guerre jusqu'en 1975. Il maintient également une relation suivie avec Elisabeth Blochmann à partir de 1918. En France, il est introduit après 1945 par Jean Beaufret, séjourne chez Jacques Lacan lors du colloque de Cerisy-la-Salle en 1955, et est régulièrement invité en Provence par le poète René Char pour tenir des séminaires au Thor. Sa rencontre avec Paul Celan à la cabane de Todtnauberg en 1967 inspire au poète un texte éponyme.
Martin Heidegger meurt le 26 mai 1976 à Fribourg-en-Brisgau, à l'âge de 86 ans. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille. Conformément à sa demande, ses obsèques sont célébrées selon le rite catholique en l'église Saint-Martin de Messkirch, sa ville natale. L'éloge funèbre est prononcé par son fils Hermann Heidegger et par le théologien Bernhard Welte, prêtre catholique et philosophe originaire de Messkirch, ami du défunt. La même année paraît le premier volume de la Gesamtausgabe, édition complète de ses œuvres qui comptera environ 110 volumes. La nouvelle de sa mort suscite des hommages dans la presse philosophique européenne, notamment de la part de Hans-Georg Gadamer et de Jean Beaufret.
Martin Heidegger est inhumé au cimetière de Messkirch, dans le Bade-Wurtemberg, aux côtés de ses parents. Le château de Messkirch abrite un musée Heidegger consacré à sa vie et à son œuvre. La cabane (Hütte) de Todtnauberg, dans la Forêt-Noire, construite en 1922 par sa femme Elfride à 1150 mètres d'altitude, reste un lieu de pèlerinage philosophique accessible par le « Heidegger Rundweg ».
1 - Entré chez les jésuites de Tisis, près de Feldkirch en Autriche, en septembre 1909, le jeune Heidegger doit quitter le noviciat dès le mois d'octobre pour des raisons de santé cardiaque, ce qui le détourne définitivement de la prêtrise.
2 - Mobilisé en 1917, il est affecté en raison de sa santé fragile au service météorologique de l'armée allemande à Verdun, où il transmet des bulletins destinés à l'artillerie plutôt que de combattre en première ligne.
3 - Sa femme Elfride Petri achète en 1922 un terrain à Todtnauberg avec une avance sur son héritage et y fait construire le chalet de 6 mètres sur 7 où sera rédigée une grande partie d'Être et Temps, l'inflation rendant alors la monnaie sans valeur.
4 - Il refuse à deux reprises, en 1930 et 1933, la chaire de philosophie de l'université de Berlin, justifiant ce choix par un dialogue avec un voisin paysan de Todtnauberg dans son texte « Pourquoi restons-nous en province ? ».
5 - En février 1946, après un épisode dépressif consécutif à l'interdiction d'enseigner, il séjourne trois mois à la clinique psychiatrique de Badenweiler, dirigée par Viktor Emil von Gebsattel.
6 - Le poète Paul Celan, juif roumain rescapé de la Shoah, lui rend visite à la cabane de Todtnauberg le 25 juillet 1967 ; signe son livre d'or et tire de cette rencontre le poème « Todtnauberg », sans recueillir de Heidegger la déclaration attendue sur le génocide.
- Métier(s) : philosophe, professeur de philosophie
- Résidence principale : Fribourg-en-Brisgau, Allemagne
- Relations de couple : Elfride Petri (épouse, 1917-1976) ; Hannah Arendt et Elisabeth Blochmann (liaisons)
- Enfants : Jörg Heidegger (1919) et Hermann Heidegger (1920)
- Distinctions : docteur honoris causa de l'université d'Athènes (1968), membre de l'Académie des sciences de Heidelberg
Seuls les commencements sont beaux.
Aucune chose n'est, où manque le mot.
La métaphysique est de fond en comble platonique.
Dès qu'un homme est né il est assez vieux pour mourir.
Nous ne parvenons jamais à des pensées. Elles viennent à nous.
L'angoisse est la disposition fondamentale qui nous place face au néant.
L'Histoire est une projection dans le passé, de l'avenir que s'est choisi l'homme.
L'homme est "l'abri" dont l'Être aurait lui-même besoin pour échapper à la détresse.
Seuls les commencements sont beaux.
Aucune chose n'est, où manque le mot.
La métaphysique est de fond en comble platonique.
Dès qu'un homme est né il est assez vieux pour mourir.
Nous ne parvenons jamais à des pensées. Elles viennent à nous.
L'angoisse est la disposition fondamentale qui nous place face au néant.
L'Histoire est une projection dans le passé, de l'avenir que s'est choisi l'homme.
L'homme est "l'abri" dont l'Être aurait lui-même besoin pour échapper à la détresse.