Pauline Carton, de son vrai nom Pauline Aimée Biarez, est une comédienne, chanteuse et auteure française née le 4 juillet 1884 à Biarritz, spécialiste des seconds rôles de soubrette et de concierge dans plus de 250 films, figure récurrente du cinéma de Sacha Guitry pendant près de trente ans.
Issue d'une famille bourgeoise de libre-penseurs, Pauline Aimée Biarez grandit dans un milieu cultivé que ne laissent pas deviner ses futurs emplois de scène. Sa mère, passionnée de théâtre, l'emmène presque quotidiennement assister à des représentations. La jeune femme étudie au lycée Molière à Paris avant de se faire engager en 1904, sans expérience ni rémunération, dans la pièce Le Ruisseau de Pierre Wolff : elle y campe une fille de petite vertu dont elle tire son nom de scène. Elle parcourt ensuite les revues de music-hall et les opérettes, jouant pour la première fois à la Comédie-Française en 1922 dans L'Abbé Constantin. Dès 1907, elle débute au cinéma muet dans des seconds rôles dont elle fait une spécialité. On la voit aux côtés de René Hervil dans Blanchette (1921), puis chez Marcel L'Herbier dans Feu Mathias Pascal (1926) et chez Henri Diamant-Berger dans Éducation de prince (1927). Jean Cocteau lui confie un rôle dans Le Sang d'un poète (1930), film expérimental qui assoit sa réputation au-delà du cinéma de divertissement.
Le passage au parlant ne contrarie en rien sa carrière : sa voix aux intonations résolument parigotes devient un atout comique reconnu. À partir de 1927, Sacha Guitry l'intègre à sa troupe et lui propose un rôle dans vingt-deux de ses films, parmi lesquels Bonne chance (1935), Le Roman d'un tricheur (1936), Désiré (1937), La Poison (1951) et Assassins et voleurs (1957). Au-delà du jeu, Guitry lui confie la recherche documentaire pour ses films historiques et l'associe au repérage des comédiens : des lettres conservées attestent qu'elle annotait également ses mises en scène avec son assentiment. Elle tourne par ailleurs pour Abel Gance dans Louise (1939), pour Max Ophüls dans Sans lendemain (1940), pour Henri-Georges Clouzot dans Miquette et sa mère (1950) et pour Ken Annakin dans Le Jour le plus long (1962). En parallèle, elle fait carrière à la radio dans le feuilleton Signé Furax (1951-1960) et publie deux livres de souvenirs : Les Théâtres de Carton (1938) et Histoires de cinéma (1958).
1884 : naissance le 4 juillet à Biarritz, sous le nom de Pauline Aimée Biarez.
1897 : décès de son père ; le baron Haussmann octroie une pension à sa mère.
1904 : premiers pas sur scène dans Le Ruisseau de Pierre Wolff, sans cachet, où elle adopte le nom Carton.
1907 : débuts au cinéma muet dans des seconds rôles.
1914 : rencontre Jean Violette, poète et écrivain genevois, avec qui elle partagera cinquante ans de vie.
1921 : rôle dans Blanchette de René Hervil, l'un de ses premiers films notables.
1927 : Sacha Guitry l'intègre durablement à ses productions théâtrales et cinématographiques.
1930 : tourne dans Le Sang d'un poète de Jean Cocteau.
1934 : succès populaire avec Sous les palétuviers, chanté en duo avec René Koval dans l'opérette Toi, c'est moi aux Bouffes-Parisiens.
1938 : publication de Les Théâtres de Carton aux éditions Perrin, préfacé par Sacha Guitry.
1951 : début de sa participation au feuilleton radiophonique Signé Furax sur la RTF.
1958 : publication de Histoires de cinéma aux éditions du Scorpion.
1962 : apparition dans Le Jour le plus long de Ken Annakin.
1964 : décès de Jean Violette, son compagnon de cinquante ans.
1972 : enregistrement de son premier disque personnel, J'ai un faible pour les forts.
1974 : décès le 17 juin à la clinique Mozart, Paris 16e, à l'âge de 89 ans.
Pauline Carton est la fille d'un ingénieur diplômé de l'École centrale des arts et manufactures (promotion 1860), bras droit du baron Haussmann dans l'administration des chemins de fer espagnols, et la petite-fille de Paul Mathieu Laurent, dit Laurent de l'Ardèche, libre-penseur adepte du saint-simonisme. Elle étudie au lycée Molière à Paris. Célibataire toute sa vie, elle entretient à partir de 1914 une liaison de cinquante ans avec Jean Violette, poète et journaliste genevois alors marié, refusant le mariage même après son divorce. Le couple n'a pas d'enfants. Son frère Auguste Biarez, ingénieur centralien, épouse Hélène Ferrié, soeur du général Gustave Ferrié, pionnier français de la télégraphie sans fil.
Profondément attachée à sa mère, Pauline Carton s'installe à l'hôtel Saint-James et d'Albany, rue de Rivoli à Paris, après le décès de celle-ci, évitant ainsi toute tâche ménagère -- en nette contradiction avec ses emplois de servante à l'écran. Elle est l'amie proche de Sacha Guitry, qui la surnomme sa "bibliothèque ambulante" et tente à plusieurs reprises, sans succès, de lui faire obtenir la Légion d'honneur, qu'elle refuse systématiquement. A sa mort, on découvre qu'elle possède une bibliothèque considérable consacrée principalement au saint-simonisme, qu'elle lègue aux Archives nationales.
Pauline Carton décède d'une crise cardiaque le 17 juin 1974 à la clinique Mozart, dans le 16e arrondissement de Paris, à l'âge de 89 ans. Quelques mois avant sa mort, elle avait encore participé en 1974 au documentaire A bout portant de Maurice Sciandra, dans lequel elle se met en scène elle-même. Conformément à sa volonté, elle fait don de son corps à la faculté de médecine, geste qu'elle avait annoncé avec son humour caractéristique dans Histoires de cinéma. Aucune cérémonie funèbre publique n'est organisée. La presse française salue le lendemain la disparition d'une figure originale du cinéma français, dont Marthe Mercadier, qui l'avait côtoyée, témoigne de la vivacité d'esprit jusqu'aux dernières années.
N'ayant pas de sépulture au sens traditionnel, Pauline Carton est honorée par une plaque commémorative au cimetière parisien de Thiais (Val-de-Marne), dans la division réservée aux donneurs de corps à la science, aux côtés d'autres artistes ayant fait le même choix, dont Bernard Blier. Ses archives personnelles, manuscrits et correspondances sont conservés au département des Arts du spectacle de la Bibliothèque nationale de France (fonds 4-COL-99).
1 - Pour rembourser des cachets qu'elle jugeait trop élevés au regard de la modestie de ses rôles, Pauline Carton renvoie un jour à Sacha Guitry une liasse de billets de mille francs à moitié brûlés, signifiant ainsi qu'elle n'avait pas besoin de telles sommes pour vivre.
2 - Guitry l'envoyait assister aux pièces des confrères en son nom, lui-même étant toujours en scène. Après avoir vu Fric-Frac une seule fois, elle lui en récite le premier acte en entier de mémoire -- ce que sa secrétaire considère comme une performance stupéfiante.
3 - Bien que célébrée pour ses rôles de concierges et de servantes, Pauline Carton a horreur des tâches ménagères : adulte, elle réside à l'hôtel toute sa vie, refusant de tenir un logement, pour ne jamais avoir à faire la cuisine ni le ménage.
4 - Elle enregistre son premier et unique disque solo, J'ai un faible pour les forts, en 1972, à l'âge de 87 ans, après une carrière de près de soixante-dix ans de scène et de cinéma.
5 - Elle refuse systématiquement la Légion d'honneur que Sacha Guitry s'efforce de lui faire obtenir. A sa mort, sa bibliothèque personnelle -- entièrement consacrée au saint-simonisme -- est léguée aux Archives nationales, révélant une érudition insoupçonnée du grand public.
- Métier(s) : comédienne, chanteuse, auteure de théâtre
- Résidence principale : Paris (hôtel Saint-James et d'Albany, 1er arrondissement)
- Relations de couple : liaison avec Jean Violette (1914-1964), jamais mariée
- Enfants : aucun
- Distinctions : aucune distinction officielle (refus de la Légion d'honneur)
Je n'ai jamais pu faire un concours de beauté. On me colle toujours dans le jury.
— Pauline Carton, citée dans Jeune Afrique, 1993 (repris dans dicocitations.com)
Quand j'étais jeune, j'avais le visage lisse et des robes plissées, maintenant c'est le contraire.
— Propos rapportés par Marthe Mercadier, cités dans Wikipedia FR (article Pauline Carton)
Je ne peux pas dire que je ferai un beau cadeau aux étudiants, en faisant don de mon corps à la faculté de médecine. J'ai même pensé à me faire tatouer autour du cou : "Tant pis pour vous !
— Pauline Carton, Histoires de cinéma, éditions du Scorpion, 1958