Ravachol, de son vrai nom François Claudius Koenigstein, est un ouvrier et militant anarchiste français, né le 14 octobre 1859 à Saint-Chamond. Auteur d'attentats à la dynamite contre des magistrats à Paris en 1892, il est guillotiné à Montbrison le 11 juillet 1892.
François Claudius Koenigstein naît à Saint-Chamond, dans la Loire, de Jean-Adam Koenigstein, lamineur d'origine néerlandaise, et de Marie Ravachol, moulinière en soie, dont il adoptera le nom. Son père quitte le foyer pour les Pays-Bas. Placé dans une ferme dès huit ans, Ravachol quitte l'école à onze ans, puis travaille comme berger, mineur et apprenti teinturier chez Richard et Puteau. Il joue aussi de l'accordéon dans les bals de Saint-Étienne pour cinq francs par soirée. À dix-huit ans, la lecture du roman Le Juif errant d'Eugène Sue l'éloigne de la religion, rupture qu'il achève en 1881 après une conférence de la communarde Paule Minck. Il suit ensuite les réunions d'un cercle d'études sociales, où il rencontre les militants Toussaint Bordat et Régis Faure, assiste aux conférences de Léonie Rouzade, puis passe du collectivisme à l'anarchisme. Renvoyé ensuite d'un emploi avec son frère, il sombre dans la misère.
En 1891, sous le nom de Léon Léger, Ravachol s'installe en région parisienne, accueilli par Charles Chaumentin à Saint-Denis, où le rejoignent Rosalie Soubère et Joseph Jas-Béala, puis Charles Simon. Après la condamnation des anarchistes de l'affaire de Clichy, il vise le conseiller Edmond Benoît, dont l'immeuble du boulevard Saint-Germain est endommagé le 11 mars 1892, puis le substitut Léon Bulot, rue de Clichy, le 27 mars. Identifié grâce aux fiches d'Alphonse Bertillon, il est arrêté le 30 mars au restaurant Véry, dénoncé par le serveur Jules Lhérot. La veille de son procès, le 25 avril, des militants anarchistes, dont Théodule Meunier et Jean-Pierre François, font exploser une bombe dans ce restaurant, qui tue son patron Jean-Marie Véry. Jugé le 26 avril 1892, défendu par Maître Louis Lagasse, Ravachol tente d'assumer seul la responsabilité des attentats et est condamné aux travaux forcés à perpétuité avec Charles Simon, tandis que Rosalie Soubère, Joseph Jas-Béala et Charles Chaumentin sont acquittés.
Avant les attentats parisiens, Ravachol commet plusieurs infractions. En mai 1891, il profane à Terrenoire la sépulture de la baronne de la Rochetaillée pour s'emparer de ses bijoux, sans rien trouver. En juin 1891, à Chambles, il tue et dévalise Jacques Brunel, un ermite de 93 ans. Arrêté, il s'échappe, et cette évasion alimente chez certains anarchistes le soupçon qu'il serait un agent provocateur. Jugé à Montbrison en juin 1892 par la cour d'assises de la Loire, il reconnaît la profanation et le meurtre de l'ermite, mais nie les meurtres de La Varizelle et de Saint-Étienne. Le président de la cour rejette sa thèse d'un crime commis pour soutenir la cause anarchiste. Condamné à mort, il refuse de signer un recours en grâce.
1859 : naissance à Saint-Chamond (Loire) de Jean-Adam Koenigstein et de Marie Ravachol
1881 : rupture avec la religion après une conférence de la communarde Paule Minck
1890 : brève arrestation pour vol, mensurations et photographie selon la méthode Bertillon à la prison de Saint-Étienne
1891 : mai, profanation de la sépulture de la baronne de la Rochetaillée à Terrenoire
1891 : juin, meurtre de l'ermite Jacques Brunel à Chambles, puis arrestation et évasion
1891 : août, installation en région parisienne sous le nom de Léon Léger
1892 : 11 mars, bombe boulevard Saint-Germain contre le conseiller Edmond Benoît
1892 : 27 mars, bombe rue de Clichy contre le substitut Léon Bulot
1892 : 30 mars, arrestation au restaurant Véry, boulevard de Magenta
1892 : 25 avril, explosion au restaurant Véry, qui tue le patron Jean-Marie Véry
1892 : 26 avril, premier procès devant la cour d'assises de la Seine, travaux forcés à perpétuité
1892 : juin, second procès à Montbrison, condamnation à mort
1892 : 11 juillet, exécution par guillotine à Montbrison
1893 : 9 décembre, Auguste Vaillant lance une bombe à la Chambre des députés pour le venger
Ravachol est l'aîné de quatre enfants de Jean-Adam Koenigstein, lamineur aux forges d'Izieux, et de Marie Ravachol, moulinière en soie. Reconnu par son père en 1862, il est confié à une nourrice puis à un hospice jusqu'à six ou sept ans. Sa petite sœur meurt d'une fièvre pendant son enfance. Il quitte l'école à onze ans et travaille pour soutenir sa mère et ses cadets. Adulte, il rompt avec sa mère, qui lui reproche une liaison avec une femme mariée. Son frère et sa sœur témoignent en sa faveur au procès de Montbrison en 1892, en évoquant son rôle de père pendant leur enfance.
À Saint-Étienne, Ravachol fréquente les militants anarchistes Toussaint Bordat et Régis Faure, puis ses compagnons Rosalie Soubère et Joseph Jas-Béala, qui l'hébergent après son évasion. Il suit aussi des cours du soir, en particulier de chimie. À Barcelone, il séjourne chez l'anarchiste Paul Bernard, condamné par contumace. À Saint-Denis, en 1891, la famille de Charles Chaumentin, militant anarchiste, l'accueille et le fait entrer à la Chambre syndicale des hommes de peine. Il se rattache à l'anarchisme individualiste et illégaliste, qui admet le vol comme reprise individuelle, et dit avoir voulu venger les condamnés de Clichy, Dardare et Decamps.
Ravachol est guillotiné publiquement le 11 juillet 1892 à Montbrison, à 4 h 05 selon le télégramme officiel, par le bourreau Louis Deibler. Il refuse l'aumônier, chante Le Père Duchesne sur le trajet, et ses dernières paroles, coupées par le couperet, sont "Vive la Ré...". La ville est placée sous très forte surveillance militaire et policière. Il est inhumé à Montbrison. L'écrivain Paul Adam lui consacre l'Éloge de Ravachol en juillet 1892, et Louise Michel rédige la veille de l'exécution le texte Aujourd'hui ou demain, où elle évoque Ravachol. Le 9 décembre 1893, Auguste Vaillant lance une bombe à la Chambre des députés pour le venger.
Ravachol est inhumé à Montbrison, dans la Loire, ville où il a été guillotiné. L'emplacement précis de la sépulture n'est pas documenté dans les sources consultées. Les pièces judiciaires de son second procès, soit 1 445 pages, sont conservées aux Archives départementales de la Loire sous la cote 4 U 299.
1 - L'ancien apprenti teinturier complète ses revenus par la musique : vers 1888, Ravachol joue de l'accordéon dans les bals de Saint-Étienne pour un cachet de cinq francs par soirée, un revenu d'appoint à côté de ses emplois d'ouvrier.
2 - En août 1891, un gardien trouve au pied d'une statue de Vichy un mot signé Ravachol, qui dit avoir visité l'exposition des beaux-arts, l'avoir trouvée plutôt bonne et se réserver le droit de critiquer certains tableaux.
3 - Hébergé à Saint-Denis chez Charles Chaumentin, Ravachol apprend à lire à la fille de son hôte. Lors de son procès, en avril 1892, il lit avec difficulté la déclaration écrite qui ouvre sa défense.
4 - Une moitié de sa tête, conservée dans du formol à l'école de médecine de Paris, est volée puis retrouvée au pied du Panthéon, un vol dont Jean-Christophe Rufin affirme être l'un des auteurs avec un ami, alors qu'il était interne en médecine.
5 - Dans Les Aventures de Tintin, "Ravachol" sert de juron au capitaine Haddock. Le nom est aussi passé dans le langage : en wallon, un ravachol désigne un homme bagarreur ou un enfant désobéissant, sens qui pourrait toutefois précéder le personnage.
6 - À Pontevedra, en Galice, un perroquet nommé Ravachol, en raison de son caractère indocile, a vécu entre 1891 et 1913. Son enterrement est commémoré chaque année pendant le carnaval de la ville, où une sculpture le représente.
- Métier(s) : ouvrier, militant anarchiste
- Résidence principale : Saint-Étienne et ses environs (Loire), puis L'Île-Saint-Denis (Seine) en 1891 et 1892
- Relations de couple : aucune union officielle documentée
- Enfants : aucun enfant documenté
- Distinctions : aucune
Vive la Ré...
— Dernières paroles, Montbrison, 11 juillet 1892 (télégramme officiel, cité par Jean Maitron)
Vive l'anarchie !
— Cri après l'annonce de sa condamnation à mort, cour d'assises de la Loire, Montbrison, juin 1892
J'ai voulu faire comprendre à tous ceux qui ont à appliquer des peines qu'il fallait à l'avenir qu'ils soient plus doux
— Déclaration au procès devant la cour d'assises de la Seine, avril 1892 (citée par l'Encyclopaedia Universalis)
Je souhaite que les jurés qui, en me condamnant à mort, viennent de jeter dans le désespoir ceux qui m'ont conservé leur affection, portent sur leur conscience le souvenir de leur sentence avec autant de légèreté et de courage que moi j'apporterai ma tête sous le couteau de la guillotine.
— Dernière déclaration remise à son avocat Louis Lagasse, Le Révolté, n° 40, 1er au 7 juillet 1892