Al Jolson, né Asa Yoelson le 26 mai 1886 à Seredžius (Lituanie, alors Empire russe) et mort le 23 octobre 1950 à San Francisco, est un chanteur, comédien et acteur américain d'origine lituanienne, vedette du premier grand film parlant de l'histoire du cinéma, Le Chanteur de jazz (1927).
Asa Yoelson arrive aux États-Unis en 1894 avec sa famille, qui s'installe à Washington D.C. où son père Moses Rubin Yoelson exerce comme chantre à la Talmud Torah Congregation. Après la mort de sa mère Naomi en 1895, Asa passe un temps à la St. Mary's Industrial School for Boys de Baltimore avant d'être introduit au spectacle vivant par Al Reeves. En 1897, lui et son frère Harry Jolson chantent pour des pièces dans les rues de Washington. En 1902, Jolson est engagé comme placeur au cirque Walter L. Main, dont le directeur, impressionné par sa voix, lui confie rapidement un rôle de chanteur. En 1903, il obtient un engagement dans le spectacle burlesque Dainty Duchess Burlesquers. C'est en 1904, dans un théâtre de Brooklyn, qu'il adopte le maquillage blackface, pratique courante du vaudeville de l'époque, qui relance immédiatement sa carrière. Il forme ensuite un trio avec Harry Jolson et Joe Palmer sous les auspices de la William Morris Agency avant de partir en solo à San Francisco en 1906, puis de rejoindre en 1909 la troupe Lew Dockstader's Minstrels. Le nom "Jolson" (au lieu de "Joelson") naît d'un incident pratique : la version complète ne tenait pas sur les cartes de visite du duo.
En mars 1911, Lee Shubert engage Al Jolson pour La Belle Paree au Winter Garden Theatre de New York. Le succès est immédiat et Shubert lui signe un contrat de sept ans à 1 000 dollars par semaine, salaire doublé dès 1914. Jolson enchaîne les revues à succès : Vera Violetta (1911), The Whirl of Society (1912), Robinson Crusoe Jr. (1916) et Sinbad (1918), comédie musicale dans laquelle il introduit "Swanee", première grande réussite du compositeur George Gershwin. En 1921, le spectacle Bombo fait l'objet d'une tournée nationale et Lee Shubert rebaptise son théâtre le Jolson's 59th Street Theatre, faisant de Jolson, à 35 ans, le plus jeune artiste américain à voir une salle porter son nom. En octobre 1927, Warner Bros. sort Le Chanteur de jazz, réalisé par Alan Crosland avec un rôle initialement destiné à George Jessel. Jolson assure la majeure partie des dialogues chantés et prononce la première phrase synchronisée de l'histoire du cinéma commercial. Le film suivant, Le Fou chantant (1928), bat tous les records au box-office et son titre "Sonny Boy" devient le premier disque américain vendu à plus d'un million d'exemplaires.
L'usage systématique du blackface par Al Jolson, du début de sa carrière jusqu'à ses derniers films des années 1930, a fait l'objet d'un débat documenté par de nombreuses sources académiques et journalistiques. Le critique musical Ted Gioia écrit en 2000 dans le New York Times que Jolson est la figure emblématique de cette pratique. Dès 1938, Noble Sissle, président de la Negro Actors Guild, dénonce publiquement dans le Pittsburgh Courier le caractère humiliant du numéro "Mammy" et de l'usage du maquillage noir. Par ailleurs, en 1939, l'actrice Ruby Keeler, son ex-épouse, refusa d'autoriser l'utilisation de son nom dans le film biographique The Jolson Story (1946), qui la désigna sous le pseudonyme Julie Benson.
1886 : naissance le 26 mai à Seredžius, Lituanie (Empire russe), sous le nom d'Asa Yoelson
1894 : émigration de la famille aux États-Unis ; installation à Washington D.C.
1897 : débuts scéniques avec son frère Harry Jolson dans les rues de la capitale américaine
1904 : premières apparitions en blackface dans un théâtre de Brooklyn
1907 : premier mariage avec Henrietta Keller à Alameda, Californie
1911 : vedette de La Belle Paree au Winter Garden Theatre de New York ; début de la célébrité nationale
1918 : succès de la comédie musicale Sinbad à Broadway ; popularisation de "Swanee" de George Gershwin
1921 : tournée nationale de Bombo ; le Jolson's 59th Street Theatre est inauguré à New York
1927 : vedette de Le Chanteur de jazz, premier grand film parlant de l'histoire du cinéma
1928 : sortie de Le Fou chantant, le plus grand succès commercial de sa carrière cinématographique ; mariage avec Ruby Keeler
1932 : début de la série radiophonique Presenting Al Jolson sur NBC
1942 : premier artiste à se produire devant des soldats américains à l'étranger lors de la Seconde Guerre mondiale, en Angleterre
1945 : mariage avec Erle Galbraith ; ablation du poumon gauche après une infection à la malaria contractée pendant ses tournées militaires
1946 : sortie de The Jolson Story avec Larry Parks dans le rôle principal, renouveau spectaculaire de sa popularité
1950 : dernière tournée de 42 spectacles en 16 jours en Corée ; mort d'un infarctus le 23 octobre à San Francisco, dans sa suite du St. Francis Hotel
Al Jolson est le cinquième enfant de Moses Rubin Yoelson (v. 1858-1945), rabbin et chantre, et de Nechama "Naomi" Yoelson (née Cantor, v. 1858-1895), décédée quand il avait environ neuf ans. Il est marié quatre fois : à Henrietta Keller (1907-1919), à Alma Osbourne dite Ethel Delmar (1922-1928), à la danseuse et actrice Ruby Keeler (1928-1940), avec qui il adopte un fils, Al Jolson Jr., et enfin à Erle Galbraith (1945-1950), technicienne en radiologie rencontrée dans un hôpital militaire d'Hot Springs, Arkansas. Avec Erle Galbraith, il adopte deux enfants supplémentaires : Asa Jr. (né en 1948) et Alicia (née en 1949). Son frère Harry Jolson, artiste de vaudeville lui aussi, fut à la fois son partenaire de scène au début de sa carrière et un rival jaloux de son succès.
Jolson entretient des liens d'amitié avec Bill "Bojangles" Robinson, danseur afro-américain de claquettes, et plaide activement pour l'égalité raciale sur scène dès 1911. En 1924, il finance la première production à Broadway avec une distribution entièrement noire, la pièce Appearances de Garland Anderson. Il prend la défense publique des musiciens Eubie Blake et Noble Sissle, qui se voient refuser un service dans un restaurant du Connecticut en raison de leur race. Pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée, il se produit bénévolement devant les troupes américaines, finançant lui-même une partie de ses déplacements. Il contribue également de manière substantielle à des oeuvres caritatives juives et autres dans son testament.
Al Jolson meurt d'un infarctus massif le 23 octobre 1950, dans sa suite 1221 du St. Francis Hotel, au 335 Powell Street de San Francisco. Il venait de rentrer d'une tournée de 42 spectacles en 16 jours en Corée, effectuée à ses propres frais ; l'effort physique avait gravement épuisé un homme déjà amputé du poumon gauche depuis 1945. La mort le surprend au cours d'une partie de cartes avec des amis. Les funérailles réunissent selon la police plus de 20 000 personnes malgré la menace de pluie, constituant l'une des plus grandes cérémonies funèbres de l'histoire du spectacle américain. Bob Hope, depuis la Corée par radio à ondes courtes, déclare que le monde a perdu "not only a great entertainer, but also a great citizen" ; Larry Parks et George Jessel prononcent des hommages. Quelques mois après la mort de Jolson, le secrétaire à la Défense George Marshall lui décerne à titre posthume la Medal for Merit.
Al Jolson est inhumé au Hillside Memorial Park Cemetery de Culver City, Californie. Son mausolée, commandé par sa veuve Erle Galbraith Jolson et conçu par l'architecte afro-américain Paul Williams, est formé de six colonnes en marbre surmontées d'un dôme. Une statue en bronze à trois quarts de taille naturelle le représente en train de chanter à genoux, bras tendus. Jolson dispose de trois étoiles sur le Hollywood Walk of Fame (cinéma, radio, enregistrements phonographiques) et d'une étoile sur le Palm Springs Walk of Stars (2000).
1 - En 1912, son enregistrement de "Ragging the Baby to Sleep" reçoit l'un des quatre premiers disques d'or jamais décernés, bien avant que la certification officielle soit institutionnalisée par l'industrie du disque.
2 - En 1921, pour la première de Bombo à son propre théâtre, Jolson reste si paralysé par le trac qu'il doit être littéralement poussé sur scène par son frère Harry Jolson ; il reçoit ce soir-là 37 rappels.
3 - En 1950, un pont stratégique utilisé pour le retrait des forces de l'ONU de Corée du Nord est officieusement surnommé l'"Al Jolson Bridge" en son honneur, selon le biographe Michael Freedland.
4 - C'est Jolson qui découvre Joan Blondell et James Cagney : il achète les droits d'une pièce de Broadway et les revend à Jack Warner sous condition que les deux acteurs reprennent leur rôle au cinéma, lançant ainsi leurs carrières à Hollywood.
5 - Le nom "Jolson" naît d'un accident d'imprimerie : lorsque les frères Yoelson commandent des cartes de visite, on leur signale que "Joelson" dépasse la largeur disponible ; en supprimant le "e", ils obtiennent "Jolson".
- Métier(s) : chanteur, acteur, comédien, artiste de vaudeville, producteur
- Résidence principale : Los Angeles puis San Francisco (en déplacement au moment du décès)
- Relations de couple : Henrietta Keller (1907-1919, div.), Ethel Delmar / Alma Osbourne (1922-1928, div.), Ruby Keeler (1928-1940, div.), Erle Galbraith (1945-1950, jusqu'au décès)
- Enfants : Al Jolson Jr. (adopté 1935, avec Ruby Keeler), Asa Jr. (adopté 1948, avec Erle Galbraith), Alicia (adoptée 1949, avec Erle Galbraith)
- Distinctions : Medal for Merit (décernée à titre posthume par le secrétaire à la Défense George Marshall, 1950) ; 3 étoiles sur le Hollywood Walk of Fame ; étoile sur le Palm Springs Walk of Stars (2000) ; membre de l'American Theater Hall of Fame ; timbre-poste émis par l'USPS en 1994
« Je vais aller en Corée. Fonds ? De quoi ils parlent ? J'ai des fonds ! Je paierai moi-même ! »
— Déclaration citée dans Michael Freedland, Jolson - The Story of Al Jolson, Stein and Day, 1972 (traduit de l'anglais)
« Quand la guerre a commencé, j'ai ressenti que c'était à moi de faire quelque chose, et la seule chose que je sache faire c'est le spectacle. »
— Interview The New York Times, 27 septembre 1942 (traduit de l'anglais)