Carlos Gardel, né le 11 décembre 1890 à Toulouse sous le nom de Charles Romuald Gardès, est un chanteur-compositeur de tango et acteur franco-argentin mort le 24 juin 1935 près de Medellín. Sa voix et son oeuvre sont classées Mémoire du monde par l'UNESCO en 2003.
Charles Romuald Gardès naît le 11 décembre 1890 à Toulouse, fils de la repasseuse Berthe Gardès et d'un père non déclaré à l'état civil — les recherches de la professeure Christiane Bricheteau désignent Paul Lasserre, Toulousain, comme père présumé. En mars 1893, Berthe émigre à Buenos Aires avec son fils âgé de deux ans. La famille s'installe dans le quartier de l'Abasto, melting-pot d'immigrants européens. Dès l'âge de onze ans, Carlos chante dans la chorale du collège Pie IX, puis dans les cafés du quartier pour quelques pièces. Adolescent, il quitte le foyer familial, effectuant divers petits métiers tout en continuant de chanter. José Betinotti, un payador du quartier, lui attribue le surnom "El Zorzal Criollo" et l'encourage à se produire dans des réunions politiques. Carlos est également surnommé "El Morocho del Abasto" et "El Francesito". En 1911, il rencontre José Razzano, chanteur uruguayen, avec lequel il forme un duo vocal spécialisé dans les genres folkloriques. Le 31 décembre 1913, le duo Gardel-Razzano effectue ses grands débuts lors d'une soirée au cabaret Armenonville de Buenos Aires.
En janvier 1917, Gardel interprète pour la première fois le tango Mi noche triste au Théâtre Esmeralda de Buenos Aires, sur une musique de Samuel Castriota et des paroles de Pascual Contursi. Cette interprétation inaugure le tango-chanson, genre à portée narrative et lyrique. En 1923, il effectue sa première tournée internationale avec José Razzano, se produisant notamment au Théâtre Apolo de Madrid. En 1925, Razzano se retire de la scène en raison de problèmes vocaux et devient son manager. Gardel triomphe à Barcelone puis à Paris, où il enregistre pour la maison Odéon. À partir de 1931, il tourne huit films produits par Paramount Pictures. Sa collaboration avec le parolier Alfredo Le Pera produit des titres comme Cuesta abajo, Volver et El día que me quieras. En 1934, à New York, il rencontre le bandonéoniste de treize ans Astor Piazzolla, à qui il confie un rôle de figurant dans le film El día que me quieras.
1890 : naissance le 11 décembre à Toulouse sous le nom de Charles Romuald Gardès
1893 : arrivée à Buenos Aires avec sa mère Berthe Gardès le 11 mars
1902 : commence à se faire remarquer comme interprète dans le quartier de l'Abasto
1912 : premiers enregistrements discographiques sous le label Columbia
1913 : débuts scéniques du duo Gardel-Razzano au cabaret Armenonville, le 31 décembre
1917 : interprétation et enregistrement de Mi noche triste, premier tango-chanson ; rôle dans le film muet Flor de durazno
1920 : obtient un passeport uruguayen, déclarant une naissance à Tacuarembó en 1887
1923 : première tournée internationale (Espagne)
1925 : dissolution du duo Gardel-Razzano ; José Razzano devient son manager
1927 : acquisition de la maison au 735 rue Jean Jaurès à Buenos Aires pour sa mère
1928 : premiers concerts à Paris ; succès européen
1929 : invité au Bal des Petits Lits Blancs à Paris en présence du président français
1931 : début de la collaboration cinématographique avec Paramount Pictures
1932 : début de la collaboration avec le parolier Alfredo Le Pera ; enregistrement de Silencio aux studios Paramount de Joinville-le-Pont
1934 : rencontre d'Astor Piazzolla à New York lors du tournage d'El día que me quieras
1935 : mort le 24 juin dans la collision de deux avions Ford Trimotor sur l'aérodrome Olaya Herrera de Medellín, Colombie
Carlos Gardel est le fils de la Toulousaine Berthe Gardès (1865-1943), repasseuse de profession, et d'un père non déclaré à l'état civil — les recherches de Christiane Bricheteau désignent Paul Lasserre, Toulousain, comme père présumé. Gardel est scolarisé au collège Pie IX de Buenos Aires. Dans son testament de 1933, il se déclare "né à Toulouse le 11 décembre 1890, fils de Berthe Gardès, célibataire et sans enfant". Sa vie sentimentale demeure discrète tout au long de sa carrière : il ne contracte aucun mariage public et ne reconnaît officiellement aucun enfant.
Gardel entretient des amitiés durables avec le jockey uruguayen Irineo Leguisamo, rencontré en 1921, et partage avec lui une passion pour les courses hippiques. Lors de ses séjours parisiens, il côtoie des personnalités du spectacle comme Maurice Chevalier au Bal des Petits Lits Blancs en 1929. Passionné de courses de chevaux, il parie régulièrement et dépense une part significative de ses revenus aux hippodromes. En 1927, il acquiert pour sa mère Berthe une maison au 735 rue Jean Jaurès à Buenos Aires, où ils résident ensemble entre les tournées. Cette demeure est classée monument historique national en 1997 et convertie en Musée Carlos Gardel en 2003.
Le 24 juin 1935, vers 15 heures, l'avion Ford Trimotor F-31 de la compagnie SACO, à bord duquel Gardel voyageait avec Alfredo Le Pera, le guitariste Guillermo Barbieri et d'autres membres de son équipe, perd le contrôle au décollage sur l'aérodrome Olaya Herrera de Medellín et entre en collision avec un second avion de la compagnie SCADTA en attente sur la piste. L'incendie qui s'ensuit fait dix-sept morts. Gardel décède dans l'accident, à 44 ans, au cours d'une tournée latino-américaine. La cause officielle retenue par l'enquête est une combinaison de conditions topographiques et aérologiques défavorables sur l'aérodrome. Le corps de Gardel est rapatrié par bateau via Panama, New York et Rio de Janeiro, accueilli par de larges foules à chaque escale. Les obsèques publiques se tiennent à Buenos Aires en janvier 1936. Le président argentin Agustín Pedro Justo joue un rôle actif dans l'organisation du rapatriement. Berthe Gardès, mère du chanteur, décède en 1943 sans avoir perçu d'indemnisation de la compagnie aérienne.
Carlos Gardel est inhumé au cimetière de la Chacarita, à Buenos Aires, à l'angle de la Calle 6 et de la Calle 33. Son mausolée, surmonté d'une statue en bronze le représentant en smoking, est classé monument national. La maison du 735 rue Jean Jaurès est devenue le Musée Casa Carlos Gardel en 2003. Une rue et un monument lui sont dédiés à Toulouse, ville de sa naissance, dans les jardins Compans-Caffarelli. Un musée portant son nom est également établi à Valle Edén, dans le département de Tacuarembó, en Uruguay.
1 - En 1915, Gardel est impliqué dans une affaire d'escroquerie à Buenos Aires, connue sous le nom de "conte de l'oncle". Il parvient ultérieurement à faire effacer son casier judiciaire, selon les archives consultées par Christiane Bricheteau et les chercheurs franco-argentins.
2 - Pour éviter d'être mobilisé dans l'armée française lors de la Première Guerre mondiale et pour obtenir un visa en vue d'une tournée espagnole, Gardel se déclare en 1920 auprès du consulat uruguayen à Buenos Aires comme né à Tacuarembó en 1887 sous une identité différente. Cette stratégie lui vaut une nationalité uruguayenne puis argentine, obtenue en 1923.
3 - En 1932, tournant dans les studios Paramount de Joinville-le-Pont, Gardel enregistre Silencio, un tango dédié aux soldats français morts lors de la Première Guerre mondiale. La couverture de la partition originale représente un soldat penché sur un berceau.
4 - Lors du tournage d'El día que me quieras à New York en 1934, Gardel entend le jeune Astor Piazzolla jouer du bandonéon et lui déclare qu'il "joue le tango comme un Gallego". Il propose à Vicente Piazzolla d'emmener son fils de treize ans en tournée ; le père refuse, sauvant ainsi la vie d'Astor, qui aurait voyagé à bord de l'avion accidenté à Medellín.
5 - Selon plusieurs biographes dont l'historien argentin Felipe Pigna, le rapatriement du corps de Gardel fut délibérément retardé de six mois par le gouvernement du président Justo, qui souhaitait utiliser les obsèques nationales pour détourner l'attention de l'opinion publique des scandales politiques de la "décennie infâme".
6 - La tombe de Gardel au cimetière de la Chacarita est ornée d'une cigarette allumée placée entre les doigts de la statue par les visiteurs, perpétuant une tradition née après 1935. Des plaques commémoratives du mausolée sont régulièrement volées par des collectionneurs, selon les archives du cimetière.
- Métier(s) : chanteur-compositeur de tango, acteur
- Résidence principale : Buenos Aires (quartier de l'Abasto, puis rue Jean Jaurès)
- Relations de couple : aucun mariage public documenté
- Enfants : aucun enfant reconnu officiellement
- Distinctions : oeuvre et voix classées Mémoire du monde de l'UNESCO (2003) ; tombe classée monument national argentin
Je suis né à Buenos Aires à l'âge de deux ans et demi.
— Déclaration à la presse, rapportée par multiple biographes dont Simon Collier, "The Life, Music, and Times of Carlos Gardel", University of Pittsburgh Press (traduit de l'anglais)
Je suis français, né à Toulouse le 11 décembre 1890, de Berthe Gardès. Je déclare expressément que mon véritable nom est Carlos Romualdo Gardel.
— Testament olographe de Carlos Gardel, 1933
Comment vais-je chanter des mots que je ne comprends pas, des phrases que je ne ressens pas. Il y a quelque chose en moi qui vibre au son des mots qui me sont familiers, qui sont profondément enracinés au plus profond de mon être. Mon idiome, messieurs, c'est l'espagnol... ou plutôt le porteño. Je sais chanter seulement en criollo !
— Studios NBC, lors d'une proposition d'enregistrement en espagnol neutre, retranscrit dans José María Silva, "Carlos Gardel el Mago" (traduit de l'espagnol)