Le 11 mars compte 21 célébrités nées ce jour, parmi lesquelles figurent notamment Nina Hagen, Didier Drogba et Arnaud Tsamere. Cette date est également associée à 12 décès de personnalités publiques.
Le 11 mars est une date qui frappe, elle renverse, elle coupe le souffle. Madrid 2004, Fukushima 2011, la pandémie déclarée en 2020 : trois fois en seize ans, ce jour a changé le monde d'un coup. Et pourtant, ce même jour produit aussi des gens qui ont décidé de ne pas tomber. Des entêtés, des bâtisseurs, des artistes qui ont construit quelque chose d'indestructible précisément parce que tout s'opposait à ce qu'ils y arrivent.
Paul Alexander est mort le 11 mars 2024, à 78 ans. Il avait contracté la polio en 1952, à Dallas, à l'âge de six ans. En une semaine, ses poumons avaient cessé de fonctionner. On l'avait glissé dans un poumon d'acier, un cylindre métallique de six cents kilos qui respirait à sa place. Il y avait vécu soixante-dix ans. Il était devenu avocat, avait plaidé des affaires, écrit une autobiographie en tenant un crayon dans la bouche, ouvert un compte TikTok à 78 ans. Il avait appris à "respirer en grenouille", une technique qui lui permettait de quitter sa machine quelques heures par jour en avalant de l'air par la gorge. Trois minutes à l'air libre. Une vie entière construite à l'intérieur d'un cylindre. Guinness des records : l'homme ayant passé le plus de temps dans un poumon d'acier. Il avait 300 000 abonnés quand il est mort. Son frère a dit : "Il voulait changer le monde. Il n'allait pas partir sans avoir fait quelque chose de grand."
Alexander Fleming est né le 11 mars 1881. Il est mort le même jour, soixante-quatorze ans plus tard. Entre-temps, il avait découvert la pénicilline par accident, en 1928, en observant qu'une moisissure avait détruit les bactéries de sa boite de Pétri. On estime que la pénicilline a sauvé plus de 200 millions de vies depuis. Fleming avait consacré toute sa carrière à comprendre comment l'organisme résiste à ce qui veut le tuer. Il mourut d'une crise cardiaque. La biologie n'accorde pas d'exemption, même à ceux qui lui ont tout donné.
Astor Piazzolla est né le 11 mars 1921 à Mar del Plata. Son père lui avait offert un bandonéon à huit ans. C'est un instrument à soufflet : il ne produit de son que parce qu'on le comprime et qu'on le dilate, comme un poumon. Piazzolla n'en voulait pas, il aurait préféré un saxophone. Il avait fini par réinventer le tango en y glissant Bach, le jazz, Bartók, Stravinsky. Les puristes argentins lui avaient craché dessus pendant des années. Ses concerts étaient parfois interrompus par des perturbateurs. Sa musique traversa finalement tous les continents. Il lui fallut attendre ses 62 ans pour jouer enfin au Teatro Colón de Buenos Aires, le temple de la musique dans son propre pays. Libertango. Le titre sonnait comme un manifeste depuis le début.
Bobby McFerrin est né le 11 mars 1950. Il n'utilise que sa voix. Pas d'instrument, pas d'accompagnement : les cordes vocales, le corps comme caisse de résonance, l'air qui sort. Dix Grammy Awards en chantant seul. Nina Hagen, née le même jour en 1955, couvre quatre octaves et a traversé le punk, l'opéra et le gospel avec la même conviction que tout était possible si on poussait assez loin. Piazzolla avec son bandonéon, McFerrin avec sa seule voix, Hagen avec ses quatre octaves : trois musiciens nés le 11 mars, trois façons différentes de traiter le souffle comme une matière de résistance.
Friedrich Wilhelm Murnau est mort le 11 mars 1931. Il avait 42 ans et venait de sortir son dernier film, Tabou, neuf jours plus tôt. Il avait réalisé Nosferatu, Faust, Sunrise. Il mourut dans un accident de voiture en Californie, avant d'avoir vu ce que son œuvre allait traverser. Claude François mourut le même jour, quarante-sept ans plus tard, à 39 ans. Il était dans sa baignoire au 46 boulevard Exelmans quand il a tendu le bras vers une applique murale qui pendait depuis des semaines. Ses doigts ont touché les fils dénudés. Une décharge, une chute. Il devait participer à l'émission de Michel Drucker cet après-midi là. Alexandrie Alexandra arrivait chez les disquaires quatre jours plus tard, le jour de ses obsèques. Deux hommes emportés à 39 et 42 ans, le même jour de l'année, à des décennies d'écart. Le calendrier ne choisit pas ses brutalités.
Ole Kirk Christiansen est mort le 11 mars 1958. Il avait fondé Lego en 1932, au fond du Danemark, dans les ruines de son atelier de menuiserie après la crise de 1929. Il avait tout perdu deux fois, une première fois dans l'incendie de son atelier, une deuxième dans la faillite de son commerce. Il avait construit quand même, avec des briques de plastique, quelque chose qui traverserait les générations. Il est mort avant de voir l'empire mondial. Mais l'empire existait déjà.
Didier Drogba est né le 11 mars 1978. Il a grandi entre Abidjan et Paris, passé son enfance à bouger d'un pays à l'autre, mis du temps à percer. Il n'était pas considéré comme un grand espoir à 20 ans. Il est devenu l'un des attaquants les plus redoutés de l'histoire de la Premier League, a marqué le but égalisateur en finale de Ligue des champions à la 88e minute, puis transformé le penalty décisif aux tirs au but. Il a aussi participé à la suspension d'une guerre civile en Côte d'Ivoire, en 2005, après la qualification de son pays pour la Coupe du monde. Tenir debout, dans plusieurs sens du terme.
Tenir debout. Pas comme une posture héroïque. Comme une obstination tranquille face à ce qui veut faire tomber. Paul Alexander dans son cylindre. Piazzolla sifflé dans son propre pays. Fleming qui cherche inlassablement comment résister à l'invisible. Christiansen qui reconstruit après chaque ruine. Et en face : Madrid, Fukushima, Murnau à 42 ans, Cloclo sur une applique. Ce jour produit les deux, sans hiérarchie, sans morale. C'est peut-être ce qui le rend honnête.
Alexander Fleming naît le 11 mars 1881. Il meurt le 11 mars 1955. Soixante-quatorze ans, exactement, entre sa naissance et sa mort, le même jour du calendrier. Entre les deux, il a découvert la substance qui a sauvé le plus de vies dans l'histoire de la médecine. Le calendrier ne fait pas souvent des coïncidences aussi précises.
Le 11 mars 1921, Astor Piazzolla naît à Mar del Plata avec un bandonéon qui l'attend. Le 11 mars 1978, Claude François meurt en voulant redresser une applique au-dessus de sa baignoire. L'un passe sa vie à construire quelque chose d'éternel avec de l'air comprimé, contre l'opposition de tout un pays. L'autre disparaît sur un geste de rien. Même date, deux destins que tout sépare, sauf peut-être cette idée que le temps ne prévient pas.
Ken figure dans notre base au même titre que Didier Drogba ou Nina Hagen. Il est né le 11 mars 1961, selon Mattel, qui a lancé ce personnage pour accompagner Barbie. Il n'a jamais existé, n'a jamais eu à tenir debout face à quoi que ce soit. Il ne tombera jamais non plus. Dans une journée entièrement construite autour de la résistance et de la fragilité, le seul être de cette liste qui ne mourra pas est aussi le seul qui n'a jamais vraiment vécu. Une ironie que le calendrier n'avait probablement pas calculée.