Emily Dickinson, poétesse américaine née le 10 décembre 1830 à Amherst, dans le Massachusetts, et morte le 15 mai 1886 dans la même ville, est l'autrice de près de 1 800 poèmes restés inédits de son vivant, dont l'œuvre n'a été révélée qu'après sa mort par sa sœur Lavinia.
Emily Elizabeth Dickinson grandit à Amherst dans une famille socialement en vue de Nouvelle-Angleterre. Son grand-père Samuel Fowler Dickinson a contribué à fonder l'Amherst College, et son père Edward Dickinson, avocat formé à l'université Yale, en devient le trésorier durant près de quarante ans. Elle suit sa scolarité à l'Amherst Academy pendant sept ans, où elle a notamment pour condisciple Helen Hunt Jackson, puis passe dix mois au séminaire féminin du Mont Holyoke fondé par Mary Lyon, avant de regagner définitivement la maison familiale en 1848. À l'adolescence, le jeune avoué Benjamin Franklin Newton, employé chez son père, lui fait découvrir les écrits de William Wordsworth et de Ralph Waldo Emerson. Ses premières lectures sont également marquées par Jane Eyre de Charlotte Brontë et par l'œuvre de William Shakespeare, dont elle relit régulièrement Othello, Hamlet et Le Roi Lear.
À partir de la fin des années 1850, elle se retire progressivement du monde et organise son écriture en quarante fascicules manuscrits cousus à la main, qui rassembleront près de huit cents poèmes entre 1858 et 1865. En avril 1862, elle adresse une lettre au critique Thomas Wentworth Higginson, abolitionniste et collaborateur du Atlantic Monthly, lui demandant si ses vers sont vivants ; ils correspondront jusqu'à sa mort. À la même période, l'éditeur Samuel Bowles, propriétaire du Springfield Republican, publie anonymement quelques poèmes d'elle, souvent réécrits selon les usages éditoriaux du temps. Helen Hunt Jackson la convainc en 1878 de laisser paraître anonymement Success is counted sweetest dans A Masque of Poets. Moins d'une douzaine de poèmes seront publiés de son vivant.
1830 : naissance le 10 décembre à Amherst, Massachusetts
1840 : entrée à l'Amherst Academy avec sa sœur Lavinia
1847 : inscription au séminaire féminin du Mont Holyoke à South Hadley
1848 : retour définitif à la maison familiale d'Amherst
1855 : voyage à Washington et Philadelphie, rencontre du pasteur Charles Wadsworth
1858 : début de la composition des fascicules manuscrits
1862 : première lettre à Thomas Wentworth Higginson, année la plus prolifique avec 366 poèmes
1870 : seule rencontre en face à face avec Higginson, à Amherst
1874 : mort de son père Edward Dickinson
1882 : mort de sa mère Emily Norcross Dickinson et du pasteur Charles Wadsworth
1886 : mort le 15 mai à Amherst, à l'âge de 55 ans
1890 : parution du premier recueil posthume édité par Mabel Loomis Todd et Higginson
1955 : édition de référence de Thomas H. Johnson en trois volumes par Harvard University Press
1998 : édition R. W. Franklin rassemblant 1 789 poèmes
2003 : ouverture de l'Emily Dickinson Museum à Amherst
Emily Elizabeth Dickinson est la fille d'Edward Dickinson, avocat formé à Yale, juge à Amherst et représentant du Massachusetts au Congrès, et d'Emily Norcross Dickinson, originaire de Monson. Elle a un frère aîné, William Austin Dickinson, dit Austin, et une sœur cadette, Lavinia Norcross Dickinson, dite Vinnie. La famille vit dans la grande maison de Main Street, baptisée The Homestead, bâtie en 1813 par le grand-père Samuel Fowler Dickinson. Emily suit d'abord l'école primaire de Pleasant Street, puis l'Amherst Academy de 1840 à 1847, où elle étudie l'anglais, le latin, la botanique et la géologie. Elle passe ensuite dix mois au séminaire du Mont Holyoke avant de rentrer définitivement à Amherst en 1848.
Sa correspondance la plus intense est entretenue avec Susan Huntington Gilbert, qui épouse son frère Austin en 1856 et s'installe à proximité dans la maison Evergreens : plus de trois cents lettres et de nombreux poèmes lui sont adressés. Le juge Otis Phillips Lord, ami de la famille, devient à la fin de sa vie un correspondant intime. Passionnée de botanique depuis l'enfance, elle constitue un herbier relié en cuir de soixante-six pages comportant 424 spécimens classés selon la nomenclature binominale, aujourd'hui conservé à la Houghton Library de l'université Harvard. Elle n'a jamais été mariée et n'a pas eu d'enfants.
Emily Dickinson meurt le 15 mai 1886 dans la maison familiale d'Amherst, The Homestead, à l'âge de 55 ans. Son médecin attribue le décès au mal de Bright, une insuffisance rénale chronique évoluant depuis environ deux ans et demi. La cérémonie funéraire, simple et courte, se tient dans la bibliothèque de la maison ; Thomas Wentworth Higginson y lit No Coward Soul Is Mine d'Emily Brontë, poème qu'elle aimait particulièrement. Selon ses dernières volontés, son cercueil blanc n'est pas conduit mais porté à travers un champ de renoncules jusqu'au cimetière. Sa sœur Lavinia, qui découvrira ensuite ses fascicules, organise la première publication posthume avec Mabel Loomis Todd et Higginson en 1890.
Emily Dickinson est inhumée dans le carré familial du West Cemetery d'Amherst, dans le Massachusetts, à l'intérieur d'un enclos de fer aux côtés de ses parents et de sa sœur Lavinia. Sa pierre tombale porte l'épitaphe « Called Back ». La maison familiale, The Homestead, et la propriété voisine Evergreens ont été réunies en 2003 au sein de l'Emily Dickinson Museum. Un cratère de la planète Vénus porte son nom depuis 1985.
1 - Son herbier de jeunesse, conservé à la Houghton Library de Harvard, rassemble 424 spécimens de fleurs séchées sur soixante-six pages, étiquetés en latin selon la nomenclature binominale. La professeure Judith Farr a souligné qu'Emily Dickinson était, de son vivant, sans doute plus connue à Amherst comme jardinière que comme poétesse.
2 - À partir des années 1860, elle ne quitte plus la propriété familiale et reçoit ses visiteurs en parlant à travers une porte entrebâillée. Une robe blanche en coton lui ayant appartenu, vraisemblablement cousue vers 1878-1882, a été conservée et figure aujourd'hui dans les collections muséales.
3 - Son unique chien, un terre-neuve nommé Carlo, l'accompagne pendant seize ans. Elle l'avait baptisé en hommage au chien de St. John Rivers, personnage de Jane Eyre de Charlotte Brontë.
4 - Sa pierre tombale au West Cemetery d'Amherst ne porte ni « died » ni date de mort isolée mais l'épitaphe « Called Back », empruntée au titre d'un roman de Hugh Conway qu'elle évoque dans sa dernière lettre connue, adressée à ses cousines Louise et Frances Norcross : « Petites cousines, j'ai été rappelée. Emily ».
5 - Le philosophe roumain Emil Cioran lui voue une admiration consignée dans ses Cahiers, 1957-1972, publiés à titre posthume en 1997, où il écrit notamment qu'il donnerait tous les poètes pour Emily Dickinson.
6 - Le compositeur japonais Tōru Takemitsu a emprunté plusieurs titres d'œuvres à ses poèmes, parmi lesquels And then I knew 'twas wind et Quotation of Dream.
- Métier(s) : poétesse, épistolière, botaniste amatrice
- Résidence principale : Amherst, Massachusetts (The Homestead)
- Relations de couple : non mariée ; correspondance suivie avec Susan Huntington Gilbert Dickinson et le juge Otis Phillips Lord
- Enfants : aucun
- Distinctions : inscription au National Women's Hall of Fame (1973) ; cratère vénusien Dickinson nommé en son honneur (1985)
« Petites cousines, j'ai été rappelée. Emily. »
— Dernière lettre connue aux cousines Louise et Frances Norcross, mai 1886 (traduit de l'anglais)
« Je suis personne ! Qui êtes-vous ? Êtes-vous personne, vous aussi ? »
— Poème « I'm nobody! Who are you? », vers 1861 (traduit de l'anglais)
« Monsieur Higginson, êtes-vous trop occupé pour me dire si mes vers sont vivants ? »
— Lettre à Thomas Wentworth Higginson, 15 avril 1862 (traduit de l'anglais)
« Certains suivent le Sabbat en allant à l'église ; je le suis, en restant à la maison. »
— Poème daté vers 1852, cité dans la correspondance (traduit de l'anglais)
Par la soif, on apprend l'eau.
Si ta volonté te lâche, dépasse-la !
Le succès semble plus douxA qui ne réussit jamais.
Le rivage est plus sûr, mais j'aime me battre avec les flots.
La nature est ce que nous savonsSans avoir l'art de l'exprimer.
L'herbe a si peu de choses à faire que je voudrais être du foin.
Si je puis empêcher un coeur de se briser, je n'aurai pas vécu en vain.
Vivre est si sensationnel qu'il reste peu de temps pour faire autre chose.
Prenez-moi tout mais laissez-moi l'extase et je serai plus riche que mes semblables.
J'habite la demeure du possible. Elle a plus de portes et de fenêtres que la demeure de la raison.
Pour être hanté, nul besoin de chambre, nul besoin de maison, le cerveau regorge de corridors plus tortueux les uns que les autres.
L'espoir porte un costume de plumes , se perche dans l'âme et inlassablement chante un air sans paroles; mais c'est dans la tempête que son chant est le plus doux
« Petites cousines, j'ai été rappelée. Emily. »
— Dernière lettre connue aux cousines Louise et Frances Norcross, mai 1886 (traduit de l'anglais)
« Je suis personne ! Qui êtes-vous ? Êtes-vous personne, vous aussi ? »
— Poème « I'm nobody! Who are you? », vers 1861 (traduit de l'anglais)
« Monsieur Higginson, êtes-vous trop occupé pour me dire si mes vers sont vivants ? »
— Lettre à Thomas Wentworth Higginson, 15 avril 1862 (traduit de l'anglais)
« Certains suivent le Sabbat en allant à l'église ; je le suis, en restant à la maison. »
— Poème daté vers 1852, cité dans la correspondance (traduit de l'anglais)
Par la soif, on apprend l'eau.
Si ta volonté te lâche, dépasse-la !
Le succès semble plus douxA qui ne réussit jamais.
Le rivage est plus sûr, mais j'aime me battre avec les flots.
La nature est ce que nous savonsSans avoir l'art de l'exprimer.
L'herbe a si peu de choses à faire que je voudrais être du foin.
Si je puis empêcher un coeur de se briser, je n'aurai pas vécu en vain.
Vivre est si sensationnel qu'il reste peu de temps pour faire autre chose.
Prenez-moi tout mais laissez-moi l'extase et je serai plus riche que mes semblables.
J'habite la demeure du possible. Elle a plus de portes et de fenêtres que la demeure de la raison.
Pour être hanté, nul besoin de chambre, nul besoin de maison, le cerveau regorge de corridors plus tortueux les uns que les autres.
L'espoir porte un costume de plumes , se perche dans l'âme et inlassablement chante un air sans paroles; mais c'est dans la tempête que son chant est le plus doux