Jacques Dufilho, acteur français né le 19 février 1914 à Bègles (Gironde) et mort le 28 août 2005 dans le Gers, est l'un des comédiens les plus prolifiques du cinéma français, double lauréat du César du meilleur acteur dans un second rôle, en 1978 et 1981.
Issu d'une famille de pharmaciens gascons établis à Bègles, Jacques Dufilho passe son enfance entre la Gironde et le Gers. Mauvais élève au lycée Michel-Montaigne de Bordeaux, où il n'obtient de bonnes notes qu'en français et en dessin, il échoue au baccalauréat et s'engage pour dix-huit mois au 2e régiment de hussards de Tarbes, dont il ressort au grade de brigadier. Après une tentative d'installation comme agriculteur dans la région de Ricourt, il monte à Paris en 1938, à la mort de son père, et fréquente les cours de Charles Dullin au théâtre de l'Atelier. C'est l'actrice Madeleine Lambert qui lui a conseillé de s'y inscrire. Aux côtés de Georges Wilson, d'Alain Cuny, de Madeleine Robinson et de Jean Marais, il apprend l'improvisation et la composition de personnages. Engagé en 1939 par la Compagnie des Quatre Saisons d'André Barsacq, il fait ses débuts sur les planches sous la tente du cirque dressée pour le cinquantenaire de la tour Eiffel.
Mobilisé en septembre 1939, Jacques Dufilho sert au 29e Groupe de Reconnaissance de Division d'Infanterie et participe à la campagne de France en 1940. Sa conduite lui vaut une citation à l'ordre du régiment, avant d'être fait prisonnier à Pont-Saint-Vincent. Démobilisé, il reprend une carrière entre théâtre, cabaret et cinéma. Il se fait remarquer à l'écran en 1948 dans La Ferme des sept péchés de Jean Devaivre, puis enchaîne les seconds rôles chez Jean Delannoy, André Hunebelle, Yves Robert ou Louis Malle. Familier de Jean-Pierre Mocky pour lequel il tourne cinq films, il voit sa carrière prendre un tournant dans les années 1970 : tête d'affiche dans Une journée bien remplie (1972) de Jean-Louis Trintignant, il remporte le César du meilleur acteur dans un second rôle en 1978 pour Le Crabe-tambour de Pierre Schoendoerffer, et à nouveau en 1981 pour Un mauvais fils de Claude Sautet. Au théâtre, il obtient le Molière du comédien en 1988 pour Je ne suis pas Rappaport, mis en scène par Georges Wilson.
1914 : naissance le 19 février à Bègles (Gironde), dans une famille de pharmaciens gascons.
1936 : au sortir de son service militaire au 2e régiment de hussards de Tarbes, tentative d'installation comme agriculteur dans la région de Ricourt.
1938 : montée à Paris et inscription aux cours de Charles Dullin au théâtre de l'Atelier.
1939 : premiers pas sur scène avec la Compagnie des Quatre Saisons d'André Barsacq ; mobilisation en septembre.
1940 : citation à l'ordre du régiment pendant la campagne de France ; fait prisonnier à Pont-Saint-Vincent.
1947 : mariage avec Colette Colas à Paris (18e arrondissement) le 17 octobre.
1948 : premier rôle remarqué au cinéma dans La Ferme des sept péchés de Jean Devaivre.
1960 : rôle dans Zazie dans le métro de Louis Malle.
1972 : premier rôle principal au cinéma dans Une journée bien remplie de Jean-Louis Trintignant.
1978 : César du meilleur acteur dans un second rôle pour Le Crabe-tambour de Pierre Schoendoerffer.
1981 : second César du meilleur acteur dans un second rôle pour Un mauvais fils de Claude Sautet.
1988 : Molière du comédien pour Je ne suis pas Rappaport, mis en scène par Georges Wilson.
1998 : reçoit la Légion d'honneur pour son engagement militaire de 1939-1940.
2003 : publication de son autobiographie Les Sirènes du bateau-loup (Fayard).
2005 : décès le 28 août à Lectoure (Gers), à l'âge de 91 ans.
Jacques Dufilho naît dans une famille de pharmaciens catholiques pratiquants. Son père (1883-1938), né à Mirande (Gers), dirige à Bègles une usine de produits chimiques et pharmaceutiques ; sa mère Joséphine tient le foyer. Il a une soeur aînée, Yvonne (1909-1985), et un frère, André (1912-2003), qui devient médecin à Mirande puis écrivain. Jacques Dufilho se marie le 17 octobre 1947 avec Colette Colas (1920-2006). Le couple a une fille, Colette Dufilho-Legendre, née en 1954, connue comme conteuse pour enfants. La famille réside d'abord rue Chappe à Paris, puis boulevard Saint-Michel.
Proche de l'acteur Georges Wilson, avec lequel il partage plusieurs spectacles au théâtre et à la télévision, Jacques Dufilho entretient une amitié durable avec la comédienne Sonia Vollereaux, rencontrée dans la pièce Quelque part dans cette vie au début des années 1990. Catholique traditionaliste, adepte de la messe en latin, il fréquente régulièrement l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris. Il se définit lui-même comme monarchiste légitimiste. Sa ferme de Lasserre à Ponsampère, acquise entre 1965 et 1967, constitue son refuge hors des tournages, où il pratique le tissage et restaure des automobiles Bugatti.
Jacques Dufilho décède le dimanche 28 août 2005 à Lectoure (Gers), à l'âge de 91 ans. La cause précise de son décès n'a pas été rendue publique par la famille. Ses obsèques sont célébrées le mercredi suivant à l'église Sainte-Marie de Mirande. Claude Rich et la comédienne Sonia Vollereaux sont présents, de même que le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, qui prononce au nom de la République un hommage le qualifiant de l'un des plus grands acteurs de l'époque. La presse salue la disparition d'un "comédien-paysan" et d'une "gueule comme il n'en existe plus". En juin 2006, le cinéma du 2e régiment de hussards est baptisé "cinéma Jacques Dufilho".
Jacques Dufilho est inhumé dans l'intimité familiale au petit cimetière de Ponsampère (Gers), commune du Gers où il possédait sa ferme de Lasserre, acquise entre 1965 et 1967 et qui fut son refuge tout au long de sa vie d'artiste. Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques) a donné son nom à une rue en sa mémoire.
1 - Avant de se consacrer au théâtre, Jacques Dufilho tente en 1936 d'emprunter les fonds pour acquérir le château de Cornac et ses cent hectares, dans l'espoir de devenir agriculteur. Faute de financement, il se limite à une paire de boeufs et deux vaches.
2 - Lorsqu'il se présente pour la première fois à Charles Dullin au théâtre de l'Atelier, Jacques Dufilho porte encore son pantalon de cavalier et arrive en blouson de cuir. Dullin, passionné de chevaux, lui demande d'emblée s'il monte à cheval avant de l'admettre dans son école.
3 - Collectionneur de Bugatti, il rachète à moindre coût des châssis abîmés pour les restaurer lui-même. En 1982, il vend aux enchères à Fontainebleau un Bugatti Type 37 à compresseur, patiemment remis en état pendant plus de dix ans, pour la somme de 720 000 francs.
4 - Lors de la 8e nuit des Molières en 1994, qu'il préside, Jacques Dufilho se présente devant la salle comme un "vieux paysan sévère, bourru" avant de raconter une anecdote d'enfance sur la façon d'ouvrir les enveloppes, sous les applaudissements du public.
5 - Pour son dernier rôle dans Là-haut, un roi au-dessus des nuages (2004) de Pierre Schoendoerffer, Jacques Dufilho ne tourne que quelques jours. En raison de ses pertes de mémoire, un assistant lui écrit son texte sur un tableau noir placé derrière la caméra.
- Métier(s) : acteur de cinéma, de théâtre et de télévision
- Résidence principale : Paris (rue Chappe, puis boulevard Saint-Michel) ; ferme de Lasseure à Ponsampère (Gers)
- Relations de couple : Colette Colas (mariage le 17 octobre 1947, jusqu'à son décès en 2006)
- Enfants : Colette Dufilho-Legendre (née en 1954, conteuse pour enfants)
- Distinctions : César du meilleur acteur dans un second rôle 1978 (Le Crabe-tambour), César du meilleur acteur dans un second rôle 1981 (Un mauvais fils), Molière du comédien 1988 (Je ne suis pas Rappaport), 7 d'or du meilleur comédien dans un téléfilm 1988, Légion d'honneur 1998, commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres
« Je suis devenu comédien parce que je n'ai pas pu devenir paysan. »
— Entretien diffusé dans le magazine Le Théâtre (ORTF), 3 mars 1968
« J'allais sans vergogne glaner ma pitance dans les innombrables champs de navets cultivés par le cinéma français. »
— Les Sirènes du bateau-loup, Fayard, 2003, p. 185
« Charles Dullin m'a tout appris. Je lui dois tout. Je le dis souvent, Charles Dullin n'avait pas des élèves, il avait des disciples. »
— Texte publié dans les Célébrations nationales 1999, ministère de la Culture (France Archives)
« Je n'avais donc pas d'ambition particulière. Les rôles se présentaient et je les jouais. Il n'y avait pas de vie future à envisager. »
— Les Sirènes du bateau-loup, Fayard, 2003, p. 244