Reconnaissable à son visage buriné et son regard intense, Jacques Dufilho demeure une figure singulière du cinéma et du théâtre français. Loin des mondanités parisiennes, cet acteur inclassable a bâti sa légende sur une authenticité rugueuse, alternant rôles comiques et performances dramatiques poignantes, tout en cultivant une passion dévorante pour la mécanique ancienne dans la solitude de ses terres gasconnes.
Né en Gironde, Jacques Dufilho entame sa carrière artistique à la fin des années 1930 après des études de pharmacie avortées. Il fait ses armes au cabaret, notamment chez Agnès Capri, où il développe un sens de l'observation aiguisé et une capacité à incarner des personnages de "Français moyen" râleurs ou excentriques. Sa carrière au cinéma décolle véritablement dans l'après-guerre. Il tourne avec les plus grands, de Jean Delannoy à Yves Robert, marquant les esprits dans La Guerre des boutons (1962) où il incarne le père de l'Aztec.
La consécration critique arrive tardivement mais avec éclat. En 1978, il obtient le César du meilleur acteur dans un second rôle pour sa performance dans Le Crabe-tambour de Pierre Schoendoerffer, où son jeu minimaliste fait merveille. Il réitère l'exploit en 1981 avec Un mauvais fils de Claude Sautet. Parallèlement, il mène une carrière théâtrale prestigieuse, couronnée par un Molière du meilleur comédien en 1988 pour Je ne suis pas Rappaport. Jusqu'à la fin de sa vie, il privilégie les rôles qui résonnent avec ses valeurs, refusant la facilité.
1914 : Naissance à Bègles (Gironde).
1951 : Rôle marquant dans Caroline Chérie.
1978 : César du meilleur acteur dans un second rôle pour Le Crabe-tambour.
1980 : Publication de ses mémoires, Les Sirènes du bateau-loup.
1981 : Second César pour Un mauvais fils.
1988 : Molière du comédien pour Je ne suis pas Rappaport.
2005 : Décès à Lectoure (Gers).
Jacques Dufilho a toujours entretenu un rapport viscéral à ses racines et à la terre. Fils d'un pharmacien, il grandit dans un milieu imprégné de valeurs traditionnelles qui ne le quitteront jamais. Sa vie privée reste marquée par une volonté farouche de préservation. Il s'installe loin de l'agitation parisienne, dans le Gers, sur sa propriété de Ponsampère. Ce domaine devient son refuge, où il vit entouré de ses animaux, cultivant son jardin et son indépendance. Il ne s'est jamais marié et n'a pas eu d'enfants, un choix de vie assumé qui renforce son image d'ermite du cinéma français.
En dehors des plateaux, sa grande passion réside dans les voitures anciennes, et plus spécifiquement les Bugatti. Collectionneur averti et mécanicien hors pair, il consacre une grande partie de son temps libre à restaurer ces bolides, vouant un culte à la beauté mécanique. Côté convictions, Dufilho est un fervent catholique traditionaliste. Il ne cache pas son attachement à la messe en latin et ses opinions conservatrices, parfois royalistes, qu'il exprime sans filtre, ce qui lui vaut une réputation d'original inébranlable dans ses certitudes spirituelles.
Jacques Dufilho s'éteint le 28 août 2005 à l'âge de 91 ans. Il décède à l'hôpital de Lectoure, dans le Gers, des suites de problèmes respiratoires liés à son âge avancé. Ses obsèques se déroulent dans la plus stricte intimité en l'église de Ponsampère, conformément à ses dernières volontés. Il est inhumé dans le cimetière de cette même commune, sur ses terres natales.
Le lieu indissociable de Jacques Dufilho est sa ferme fortifiée de Ponsampère, près de Berdoues dans le Gers. C'est là qu'il a vécu retiré du monde pendant des décennies. La région de Lectoure reste également marquée par sa présence, étant le lieu de ses derniers jours.
Pour le film Le Crabe-tambour, Dufilho a insisté pour ne pas être maquillé, estimant que son visage marqué par le temps et le soleil du Gers suffisait à raconter l'histoire de son personnage.
Il possédait plusieurs Bugatti qu'il entretenait lui-même. Il a même fabriqué de ses propres mains une réplique exacte d'un modèle rare, prouvant ses talents d'ingénieur autodidacte.
Lors de la cérémonie des Césars en 1978, fidèle à sa nature sauvage, il n'est pas venu chercher sa statuette, préférant rester chez lui à la campagne.
Il avait une sainte horreur du téléphone. Pour le joindre, ses agents ou réalisateurs devaient souvent passer par le bistrot du village voisin qui envoyait un messager à sa ferme.