Jean-Christophe Bouvet, acteur, réalisateur et scénariste né à Paris le 24 mars 1947, a traversé cinq décennies de cinéma d'auteur avant de conquérir le public mondial en incarnant le créateur de mode fantasque Pierre Cadault dans la série Netflix Emily in Paris. Un destin singulier, construit à la force du caractère par un homme qui a étudié la linguistique et fait, de son propre aveu, "trois fautes d'orthographe par mot".
Tout commence en 1952, devant un poste de télévision. Jean-Christophe Bouvet a cinq ans. Il voit une star descendre d'un avion, Lauren Bacall selon lui, accueillie par des photographes et une petite fille avec des fleurs. Elle sourit. Il se dit : "Pourquoi cette femme sourit ? Parce qu'elle est heureuse, célèbre, aimée et riche. Il faut que je fasse ce métier-là." La vocation est là, entière, sans détour. Plus tard, quand Paul Vecchiali lui demande pourquoi il veut faire du cinéma, il répond qu'il veut "son nom en grosses lettres sur les Champs-Elysées". Vecchiali, raconte-t-il, a été très sensible à cet argument (Les Inrocks, 2000).
Après des études de cinéma, de linguistique et de psychanalyse à Paris VIII, Jean-Christophe Bouvet devient assistant réalisateur pour André Téchiné et Claude Chabrol, débutant dès 1969 sur Paulina s'en va. En parallèle, il prend des cours d'art dramatique chez Jean-Laurent Cochet au théâtre Edouard VII.
Il intègre ensuite la "famille Diagonale", collectif informel né autour de Paul Vecchiali, qui lui offre en 1975 le film controversé Change pas de main, puis en 1977 son premier rôle majeur dans La Machine, qu'il coscénarise. La figure de Jean-Claude Biette traverse toute sa vie : réalisateur avec qui il tourne régulièrement, ami si proche qu'il le décrit comme son "frère jumeau", même s'il confie ne pas toujours avoir compris le cinéma abstrait et poétique de ce dernier. Biette lui rend la pareille à sa manière : il prend des notes sur un cahier pendant leurs dîners pour nourrir ses scénarios. Bouvet ne sait jamais vraiment où il veut en venir (Rushes Jérôme Reybaud).
Dans les années 80, quand les rôles se font rares, il se met lui-même en scène, explorant la vidéo après avoir découvert les travaux de Bob Wilson et le France tour détour deux enfants de Godard. Il se définit comme un "acteur communicant, presque journalistique", qui pousse ses aventures personnelles "vers le romanesque jusqu'aux limites du tolérable" pour les retranscrire à l'écran (Les Inrocks, 2000). Pour Pierre Cadault, il n'a pas cherché de modèle extérieur. Pas de Lagerfeld étudié à la loupe. Juste cette question : "Comment je me comporterais si j'étais un grand couturier ?" C'est toujours lui, Bouvet, dans la situation du scénario.
Sa carrière est jalonnée de rôles qui lui ressemblent : troubles, puissants, jamais lisses. Satan en maquignon pervers dans Sous le soleil de Satan (Pialat, 1987). Le politicien véreux Martoni dans La Cité de la peur (Berbérian, 1994). Le général Edmond Bertineau dans la saga Taxi (2000-2007). C. Maillard dans Notre musique de Godard (2004). Depuis 2020, Pierre Cadault dans Emily in Paris lui offre une notoriété d'une nature inédite. Il raconte qu'à Cannes des jeunes de vingt ans l'appellent par son prénom mais ne savent pas qui est Catherine Deneuve. Pour vérifier l'ampleur du phénomène, il a fait le test : une heure au jardin des Tuileries, 100 selfies. Il en a compté exactement 100 (Sudinfo, 2023).
Sa mère, Paulette Bouvet (1914-2010), est actrice. Née à Montpellier, elle tourne pendant vingt-deux ans, notamment sous la direction de Paul Vecchiali et André Téchiné. Le cinéma est donc une affaire de famille avant d'être une carrière. C'est elle aussi qui lui transmet le sens du savoir-vivre et une certaine élégance, qu'il distille aujourd'hui dans des vidéos Instagram sur son "manuel du savoir-vivre". Il précise que ça "divise le monde en deux" (Sudinfo, 2023).
Bouvet est un paradoxe vivant. Il a étudié la linguistique à Paris VIII et alors qu'il faisait de son propre aveu, "trois fautes d'orthographe par mot". Il n'en est pas très fier, dit-il, mais ça l'amuse. Il fréquente toute sa vie des intellectuels et des cinéphiles dont il absorbe les influences sans jamais revendiquer lui-même le titre. C'est Michel Foucault qui lui conseille La Pornographie de Gombrowicz et l'oriente vers le vocabulaire de la sexualité, à l'époque où Foucault écrit son Histoire de la sexualité (Les Inrocks, 2000). Il revendique une trisexualité assumée, sujet qu'il traite avec humour (Chez Jordan De Luxe, 2024).
Sa culture est résolument éclectique : musique médiévale et Erik Satie voisinent avec IAM, NTM et Björk. Il se dit "Parisien-Londonien", sensible à la culture masculine anglaise et à cette "ambivalence" d'un monde où un homme marié peut se travestir sans que personne ne s'en émeuve (Les Inrocks, 2000).
Je fais toujours venir à moi les personnages. C'est toujours moi, Bouvet, dans la situation du scénario.
— Sudinfo 2023
Je pousse mes aventures vers le romanesque jusqu'aux limites du tolérable pour les retranscrire à l'écran.
— Les Inrocks, 2000
J'ai une culture très orale et je fais trois fautes d'orthographe par mot. Beaucoup de gens ne savent pas que je suis quasi illettré. Je n'en suis pas très fier, mais ça m'amuse.
— Les Inrocks, 2000
Je fais toujours venir à moi les personnages. C'est toujours moi, Bouvet, dans la situation du scénario.
— Sudinfo 2023
Je pousse mes aventures vers le romanesque jusqu'aux limites du tolérable pour les retranscrire à l'écran.
— Les Inrocks, 2000
J'ai une culture très orale et je fais trois fautes d'orthographe par mot. Beaucoup de gens ne savent pas que je suis quasi illettré. Je n'en suis pas très fier, mais ça m'amuse.
— Les Inrocks, 2000