Jerzy Kukuczka, himalaïste polonais né le 24 mars 1948 à Katowice, est le deuxième alpiniste à avoir gravi les quatorze huit-milliers, exploit réalisé en moins de huit ans avec dix nouvelles voies et plusieurs premières hivernales, avant sa mort sur le Lhotse le 24 octobre 1989.
Né dans une famille montagnarde silésienne installée à Katowice depuis l'après-guerre, Jerzy Kukuczka pratique l'haltérophilie au lycée avant de découvrir l'escalade à 17 ans à Podlesice. En 1965, il rejoint le club scout d'alpinisme Mariusz Zaruski à Katowice, puis intègre le Club alpin de Katowice l'année suivante. Diplômé en 1968 en ingénierie électrique à l'école technique pour travailleurs de Katowice, il enchaîne les ascensions dans les Tatras, les Alpes et l'Alaska avant de se tourner vers l'Himalaya. Pour financer ses expéditions dans une Pologne communiste aux devises rares, il peint des cheminées industrielles par accès en corde, technique partagée avec d'autres membres de la génération polonaise d'alpinistes connue sous le nom d'"Ice Warriors". Ses partenaires réguliers lors des premières expéditions himalayennes sont Andrzej Czok, Wojciech Kurtyka et Zygmunt Andrzej Heinrich, ainsi que le Britannique Alex MacIntyre lors de l'expédition internationale au Makalu de 1981.
Kukuczka gravit son premier huit-millier, le Lhotse, en octobre 1979, puis atteint le sommet de l'Everest en mai 1980 par une nouvelle voie sur le pilier sud, avec Andrzej Czok. Entre 1979 et 1987, il complète les quatorze huit-milliers en sept ans et onze mois, deux fois plus vite que l'Italien Reinhold Messner, qui avait terminé quelques mois avant lui. Il ouvre dix nouvelles voies sur ces sommets, record mondial jamais égalé, et réalise au moins trois premières ascensions hivernales documentées : le Dhaulagiri (janvier 1985), le Kangchenjunga avec Krzysztof Wielicki (janvier 1986) et l'Annapurna avec Artur Hajzer (février 1987). En 1986, la voie ouverte avec Tadeusz Piotrowski sur la face sud du K2 en style alpin, dite "Polish Line", demeure non répétée à ce jour. Le 18 septembre 1987, il complète son palmarès sur le Shishapangma avec Artur Hajzer et est nommé "Homme de l'année" en Pologne.
1965 : premiers pas en escalade à Podlesice ; adhésion au club scout d'alpinisme Mariusz Zaruski à Katowice
1966 : adhésion au Club alpin de Katowice ; formation dans les Tatras
1968 : obtention d'un certificat d'ingénieur en énergie électrique à l'école technique pour travailleurs de Katowice
1978 : participation à l'expédition polono-yougoslave au Tirich Mir, Pakistan, avec Tadeusz Piotrowski
1979 : ascension du Lhotse (8 516 m), premier huit-millier, avec Andrzej Czok
1980 : ascension de l'Everest (8 848 m) par une nouvelle voie sur le pilier sud, avec Andrzej Czok
1981 : ascension en solitaire du Makalu (8 463 m) par une nouvelle voie en style alpin
1983 : double ascension du Gasherbrum II et du Gasherbrum I avec Wojciech Kurtyka en style alpin, lors d'une même expédition
1984 : traversée du massif Broad Peak, enchaînant quatre sommets en style alpin avec Wojciech Kurtyka
1985 : première ascension hivernale du Dhaulagiri (21 janvier, avec Andrzej Czok) ; ascension hivernale du Cho Oyu (15 février, avec Zygmunt Andrzej Heinrich) ; nouvelle voie au Nanga Parbat (juillet, avec Carlos Carsolio et Sławomir Łobodziński)
1986 : première ascension hivernale du Kangchenjunga (11 janvier, avec Krzysztof Wielicki) ; nouvelle voie sur la face sud du K2 dite "Polish Line" (avec Tadeusz Piotrowski)
1987 : première ascension hivernale de l'Annapurna (3 février, avec Artur Hajzer) ; complétion des quatorze huit-milliers sur le Shishapangma (18 septembre, avec Artur Hajzer) ; nommé "Homme de l'année" en Pologne
1988 : réception de l'Ordre olympique d'argent du CIO ; ascension de l'Annapurna Est par une nouvelle voie en style alpin
1989 : décès sur la face sud du Lhotse au Népal, le 24 octobre
Jerzy Kukuczka est le fils de Józef, montagnard et skieur passionné originaire d'Istebna en Haute-Silésie, et de Jadwiga, également native d'Istebna. Ses parents s'installent à Katowice après la Seconde Guerre mondiale pour y travailler. Catholique pratiquant, Kukuczka épouse Cecylia Ogrodzińska ; ils ont deux fils, Maciej et Wojciech. Ce dernier gravit l'Everest à son tour et fonde la Fondation du Grand Homme (Wielki Czlowiek), chargée de conserver les archives de son père. La famille entretient des liens durables avec Istebna, lieu des origines familiales, et avec la maison de Wilcze, hameau d'Istebna.
Au sein de la génération polonaise des "Ice Warriors", Kukuczka entretient des liens professionnels durables avec Krzysztof Wielicki, Andrzej Czok, Wojciech Kurtyka et Artur Hajzer, compagnons de cordée récurrents sur les huit-milliers. Wanda Rutkiewicz, alpiniste polonaise de la même génération, fait partie du même réseau de grimpeurs polonais actifs dans les années 1970-1980. Parallèlement à sa pratique d'alpiniste, Kukuczka exerce le métier d'ingénieur en énergie électrique à Katowice et consacre ses congés à la préparation de ses expéditions himalayennes. Son fils Wojciech Kukuczka prend en charge les archives paternelles après sa disparition, dans le cadre de la Fondation du Grand Homme.
Jerzy Kukuczka décède le 24 octobre 1989 sur la face sud du Lhotse au Népal, lors d'une tentative d'ascension de cette paroi jusqu'alors inviolée. Son partenaire Ryszard Pawłowski témoigne que la corde principale s'étant coincée dans la roche, l'équipe utilise une corde de transport de 6 mm achetée dans un marché de Katmandou. À environ 8 200 mètres d'altitude, Kukuczka perd pied et chute d'environ 2 000 mètres. Son corps n'est jamais retrouvé. La cause du décès est une chute consécutive à la rupture de la corde de fortune. Reinhold Messner et Krzysztof Wielicki figurent parmi ceux qui lui rendent hommage à l'annonce de sa mort.
Le corps de Jerzy Kukuczka, jamais retrouvé, repose sous la face sud du Lhotse au Népal. Une Chambre de mémoire est inaugurée en 1996 par son épouse Cecylia dans la maison familiale de Wilcze, hameau d'Istebna. Des plaques commémoratives lui sont dédiées à Chukhung (Népal) et au Cimetière symbolique des Tatras (Pologne). L'Académie d'éducation physique Jerzy Kukuczka de Katowice, un monument et plusieurs murals dans la ville portent son nom.
1 - Lorsque Reinhold Messner apprend en septembre 1987 que Kukuczka vient de compléter la "Couronne de l'Himalaya", il lui adresse un message personnel : "Tu n'es pas le deuxième, tu es grand." Cette phrase sert d'épigraphe à la biographie polonaise de Kukuczka publiée en 2021.
2 - La voie ouverte par Kukuczka et Tadeusz Piotrowski sur la face sud du K2 en 1986 en style alpin, dite "Polish Line", est décrite par Kukuczka lui-même comme "l'ascension la plus difficile qu'il ait jamais réalisée en altitude". Aucune cordée ne l'a répétée depuis.
3 - En 1985, Kukuczka est le seul alpiniste de l'histoire à avoir réalisé deux ascensions hivernales d'huit-milliers en une seule saison : le Dhaulagiri le 21 janvier avec Andrzej Czok, et le Cho Oyu le 15 février avec Zygmunt Andrzej Heinrich.
4 - Le record de la traversée la plus rapide des quatorze huit-milliers, établi par Kukuczka en sept ans et onze mois (1979-1987), a tenu pendant près de 27 ans avant d'être battu par le Coréen Kim Chang-ho d'un mois et huit jours en mai 2014.
5 - En octobre 1981, Kukuczka gravit seul le Makalu (8 463 m) par une nouvelle voie en style alpin, sans cordes fixes ni camps préparés. Cette ascension solitaire par voie vierge sur un huit-millier constitue l'une des performances les plus rares de son palmarès.
- Métier(s) : Alpiniste, himalaïste ; ingénieur en énergie électrique
- Résidence principale : Katowice, Pologne
- Relations de couple : Cecylia Ogrodzińska (épouse)
- Enfants : Maciej Kukuczka, Wojciech Kukuczka
- Distinctions : Ordre olympique d'argent (1988), Croix d'officier de l'Ordre de la Polonia Restituta (1989), Homme de l'année en Pologne (1987), Croix d'or du mérite (1986)
« Pourquoi mettre un terme à quelque chose qui se passe si bien ? »
— Dernière interview à la télévision polonaise, 1989 (relayée par courrierdeuropecentrale.fr, 17 mai 2016, traduit du polonais)
« La récompense que j'obtiens pour toutes ces épreuves est inestimable. C'est la joie de vivre. »
— Challenge the Vertical (autobiographie), 2015 (traduit de l'anglais)
« Je n'ai pas fait cela pour battre des records. Je l'ai fait parce que c'est ce que j'aime faire. Je me sens bien en montagne, j'y retournerai encore et encore. »
— Propos rapportés par Leszek Cichy, relayés par courrierdeuropecentrale.fr, 17 mai 2016 (traduit du polonais)
« Il arrive un moment où un homme en a assez de la civilisation, de la ville et veut juste partir pour les sommets. Parfois ces sommets sont proches, parfois ils sont lointains : les Tatras, les Alpes et finalement l'Himalaya. Régulièrement ces sommets nous appellent. Ce n'est pas assez d'être dans la montagne, de suivre les mêmes vieux itinéraires, j'ai cherché quelque chose de nouveau, attiré par l'inconnu. »
— Interview à la télévision polonaise, 1989 (relayée par courrierdeuropecentrale.fr, 17 mai 2016, traduit du polonais)