Cette année marque le 20ᵉ anniversaire de sa disparition.
Le journaliste et essayiste français Jean-Jacques Servan-Schreiber a marqué l'histoire médiatique et politique du vingtième siècle. Fondateur de l'hebdomadaire L'Express, il a prôné une modernisation de la France, notamment à travers son ouvrage intitulé Le Défi Américain.
Engagé dans les Forces Françaises Libres durant la Seconde Guerre mondiale, Jean-Jacques Servan-Schreiber rejoint les États-Unis pour suivre une formation aéronautique au sein des écoles de l'armée américaine. À son retour en France après la Libération, il intègre la rédaction du journal Le Monde comme éditorialiste spécialisé dans les questions de politique étrangère. En 1953, il fonde l'hebdomadaire L'Express avec Françoise Giroud, introduisant dans la presse française le format du newsmagazine inspiré des modèles anglo-saxons. Le titre s'illustre par son opposition à la guerre d'Algérie et à la pratique de la torture, ce qui conduit à de multiples saisies du journal par les autorités. Sous sa direction, L'Express devient un carrefour intellectuel où collaborent des figures telles qu'Albert Camus ou François Mauriac. Son influence médiatique grandit tout au long des années 1960, portée par sa volonté d'incarner une troisième voie politique entre le gaullisme et la gauche traditionnelle.
En 1967, la publication de son essai Le Défi Américain rencontre un succès mondial, alertant sur le retard technologique de l'Europe face à la domination économique des États-Unis. Il entame une carrière politique active en 1970 en prenant la tête du Parti Radical et en se faisant élire député de Meurthe-et-Moselle. En 1974, il est nommé ministre des Réformes et du Plan par Valéry Giscard d'Estaing, mais ses critiques publiques contre les essais nucléaires entraînent son limogeage après seulement douze jours de fonctions. Il se consacre par la suite à la promotion de l'informatique, convaincu que cette technologie constitue le moteur du développement humain. En 1982, il fonde le Centre mondial informatique et ressource humaine, un projet soutenu par la présidence de la République. Malgré son retrait progressif de la vie publique à la fin des années 1980, il demeure une référence de la modernisation française du siècle dernier.
Le 9 juin 1974, Jean-Jacques Servan-Schreiber est limogé de son poste de ministre des Réformes et du Plan suite à ses prises de position contre la reprise des essais nucléaires français dans le Pacifique. Cet incident, survenant moins de deux semaines après sa nomination, illustre les tensions persistantes avec le pouvoir exécutif de l'époque. Par ailleurs, sa gestion du Parti Radical et ses campagnes électorales médiatisées ont suscité des critiques internes concernant son style personnel et sa communication omniprésente.
1924 : Naissance le 13 février à Paris.
1943 : Engagement dans les Forces Françaises Libres.
1953 : Fondation de l'hebdomadaire L'Express avec Françoise Giroud.
1967 : Publication de l'essai Le Défi Américain.
1970 : Élection comme député de Nancy sous l'étiquette radicale.
1974 : Nommé ministre des Réformes et du Plan.
1982 : Création du Centre mondial informatique et ressource humaine.
2006 : Décès le 7 novembre à Neuilly-sur-Seine.
Fils d'Émile Servan-Schreiber, cofondateur du journal Les Échos, et de Denise Brésard, il appartient à une famille médiatique d'origine juive. Il se marie une première fois en 1947 avec l'écrivaine Madeleine Chapsal, puis divorce en 1960. La même année, il épouse Sabine Becq de Fouquières avec qui il partage sa vie jusqu'à son décès. Ils ont quatre fils : David, né en 1961, Émile, Franklin et Édouard. L'éducation de ses enfants, axée sur l'ouverture internationale et les sciences, reflète ses convictions sur l'évolution nécessaire de la société. Son fils aîné, David Servan-Schreiber, deviendra un psychiatre et auteur reconnu pour ses travaux sur la santé.
Disciple de Pierre Mendès-France, il entretient des relations complexes avec les figures de la vie politique française, alternant entre alliances éphémères et rivalités frontales. Passionné d'aviation depuis son engagement militaire, il a pratiqué le pilotage tout au long de sa vie civile. Ses engagements en faveur de la construction européenne et de l'informatique ont dicté ses dernières décennies d'activité. Homme de réseaux, il a fréquenté l'élite intellectuelle internationale, plaidant pour une transformation de l'État par la décentralisation. Ses séjours à Veulettes-sur-Mer lui permettaient de s'adonner à la réflexion prospective loin des tensions politiques parisiennes.
Jean-Jacques Servan-Schreiber décède le 7 novembre 2006 à l'âge de 82 ans à Neuilly-sur-Seine. Affaibli par la maladie d'Alzheimer, il meurt des suites d'une bronchopneumonie aiguë. Un hommage national lui est rendu aux Invalides à Paris le 13 novembre 2006, réunissant de nombreuses personnalités du monde politique et des médias.
L'Hôtel des Invalides à Paris a accueilli la cérémonie d'hommage officiel avant le transfert de sa dépouille. Jean-Jacques Servan-Schreiber est inhumé en Seine-Maritime, dans le village de Veulettes-sur-Mer où se trouve la résidence familiale.
En 1970, il réalise une campagne électorale motorisée à Nancy, utilisant un hélicoptère et une voiture équipée de moyens de communication pour piloter L'Express tout en rencontrant les électeurs sur le terrain.
Son ouvrage Le Défi Américain a été traduit dans plus de quinze langues et s'est vendu à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde, devenant le livre politique français le plus diffusé de l'après-guerre.
Lors de son service dans les Forces Françaises Libres, il est envoyé aux États-Unis pour sa formation aéronautique, une immersion qui a durablement influencé sa perception de la puissance économique et technologique américaine.
En 1953, il choisit le nom L'Express pour son journal en s'inspirant des quotidiens rapides et modernes, souhaitant rompre avec le formalisme de la presse intellectuelle française de l'époque.