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Biographie

Alan Turing, mathématicien et cryptologue britannique né le 23 juin 1912 à Londres, est le fondateur de l'informatique théorique et l'un des premiers chercheurs en intelligence artificielle. Son travail de cryptanalyse à Bletchley Park durant la Seconde Guerre mondiale a permis de briser les codes de la machine Enigma.


Parcours

Né à Maida Vale, Alan Mathison Turing est le fils de Julius Mathison Turing, fonctionnaire colonial au service de l'administration indienne, et d'Ethel Sarah Turing, née Stoney. Ses parents étant souvent en poste en Inde, l'enfant est confié à des amis de la famille en Grande-Bretagne. Il fréquente l'école St. Michael's, puis le Marlborough College, avant d'intégrer à treize ans la Sherborne School dans le Dorset. C'est là qu'il noue en 1927 une amitié profonde avec Christopher Morcom. La mort de Morcom en 1930, des suites d'une tuberculose bovine, oriente durablement la vocation de Turing. Admis au King's College de l'université de Cambridge en 1931, il étudie sous la direction de Godfrey Harold Hardy et suit les cours de Max Newman, qui l'initie à la logique mathématique. Élu fellow du King's College en 1935, il publie en 1936 l'article « On Computable Numbers, with an Application to the Entscheidungsproblem », qui établit le concept de machine de Turing et fonde l'informatique théorique moderne.

De 1937 à 1938, il travaille à l'université de Princeton sous la direction du logicien Alonzo Church et y soutient son doctorat. De retour au Royaume-Uni, il rejoint le Government Code and Cypher School, puis s'installe à Bletchley Park en septembre 1939. En collaboration avec Dilly Knox et en s'appuyant sur les percées du Biuro Szyfrów polonais, il conçoit une version améliorée de la bombe électromécanique, permettant de déchiffrer des milliers de messages Enigma quotidiennement. Après la guerre, il rejoint le National Physical Laboratory pour développer l'ACE, l'un des premiers ordinateurs à programme enregistré. Recruté en 1948 par l'université de Manchester, il publie en 1950 dans la revue Mind « Computing Machinery and Intelligence », proposant le test de Turing comme critère d'intelligence artificielle. Élu Fellow de la Royal Society en 1951, il consacre ses derniers travaux à la morphogenèse et à la modélisation des structures biologiques.


Controverse

En janvier 1952, le domicile de Turing à Manchester est cambriolé. En portant plainte auprès de la police, il révèle involontairement sa relation avec un homme, Arnold Murray. Il est inculpé pour « indécence manifeste et perversion sexuelle » en vertu des lois britanniques alors en vigueur criminalisant l'homosexualité. Le procès, très médiatisé, aboutit à sa condamnation. Pour éviter l'incarcération, il accepte une castration chimique par prise d'oestrogènes pendant un an. La condamnation entraîne la révocation de son habilitation de sécurité et l'écarte de toute coopération avec les services de renseignement. En septembre 2009, le Premier ministre Gordon Brown présente des excuses officielles au nom du gouvernement britannique pour le traitement infligé à Turing. Le 24 décembre 2013, la reine Élisabeth II lui accorde une grâce royale posthume, annulant officiellement sa condamnation. En 2017, une loi dite « loi Turing » étend rétroactivement le pardon à des milliers de personnes condamnées pour des motifs similaires.


Repères chronologiques

1912 : naissance le 23 juin à Maida Vale, Londres
1926 : entrée à la Sherborne School dans le Dorset
1930 : mort de Christopher Morcom, camarade et ami proche
1931 : admission au King's College, université de Cambridge
1935 : élection comme fellow du King's College
1936 : publication de l'article « On Computable Numbers », fondateur de l'informatique théorique
1938 : doctorat à l'université de Princeton ; intégration au Government Code and Cypher School
1939 : arrivée à Bletchley Park ; début des travaux sur la cryptanalyse d'Enigma
1945 : attribution de l'OBE par le roi George VI pour services de guerre ; inscription au Walton Athletic Club
1947 : quatrième place au marathon de l'AAA en 2 h 46 min 3 s
1948 : recrutement à l'université de Manchester
1950 : publication de « Computing Machinery and Intelligence » proposant le test de Turing
1951 : élection comme Fellow de la Royal Society
1952 : condamnation pour « indécence manifeste »
1954 : mort le 7 juin à Wilmslow, Cheshire, par empoisonnement au cyanure


Vie personnelle et engagements

Fils de Julius Mathison Turing et d'Ethel Sarah Turing née Stoney, Alan grandit séparé de ses parents, confié à des amis de la famille en Grande-Bretagne pendant que ceux-ci exercent en Inde. Il fréquente le Marlborough College, puis la Sherborne School. À Bletchley Park, il se fiance brièvement en 1941 avec Joan Clarke, mathématicienne et l'une des rares femmes cryptologues présentes sur le site, avant de rompre les fiançailles en lui révélant son homosexualité. Leurs relations demeurent cordiales. Sans conjoint reconnu ni enfants, Turing réside à Wilmslow, Cheshire, au moment de sa mort. Il vit auparavant à Teddington, près du National Physical Laboratory, et à Manchester.

Amateur de course à pied depuis ses années à la Sherborne School, Turing s'entraîne avec le Walton Athletic Club à partir de 1945. Il confie à J.-F. Harding, secrétaire du club, que la course est son seul moyen de chasser le stress de son travail. Dès seize ans, il lit les travaux d'Albert Einstein et en saisit seul les implications. En 1939, il assiste aux cours publics de Ludwig Wittgenstein à Cambridge sur les fondements des mathématiques, avec lequel il s'oppose vivement sur le formalisme. Ses dernières années sont marquées par un suivi en psychanalyse, qu'il juge efficace dans une lettre à Norman Routledge, et par des expériences chimiques dans son laboratoire domestique à Wilmslow.


Contexte du décès

Le 8 juin 1954, la gouvernante de Turing découvre son corps sans vie dans sa chambre à Wilmslow, Cheshire. L'autopsie conclut à un empoisonnement au cyanure. Une pomme partiellement croquée est retrouvée sur sa table de nuit, mais celle-ci n'a pas été testée pour la présence de cyanure. Le verdict du coroner retient la thèse du suicide. Certains proches, dont l'historien Jack Copeland et son biographe Andrew Hodges, soulignent qu'aucune preuve formelle ne confirme cette thèse et évoquent la possibilité d'un accident lié à ses expériences chimiques domestiques. Les obsèques ont lieu dans l'intimité familiale, sans cérémonie publique. En 2009, le Premier ministre Gordon Brown exprime les regrets officiels du gouvernement britannique. La reine Élisabeth II accorde une grâce royale posthume le 24 décembre 2013.


Lieux de mémoire

Les cendres d'Alan Turing reposent au crématorium de Woking, dans le Surrey. Une plaque commémorative officielle de l'English Heritage est apposée en 1998 à son lieu de naissance, Warrington Crescent, à Londres. Une statue est érigée en son honneur à Sackville Gardens à Manchester. Depuis 2021, son portrait figure sur le billet de 50 livres sterling de la Banque d'Angleterre.


Anecdotes

1 - Le premier jour de scolarité de Turing à la Sherborne School, en 1926, coïncide avec la grève générale britannique. Déterminé à rejoindre son école, il parcourt seul à bicyclette les 90 kilomètres le séparant de son domicile, s'arrêtant une nuit dans un hôtel. L'exploit est relaté par la presse locale.
2 - En 1947, après seulement deux ans d'entraînement au marathon, Turing termine la course de l'AAA en 2 h 46 min 3 s, soit à peine onze minutes de plus que le temps du vainqueur olympique de 1948. Une blessure à la jambe lui interdit finalement de participer aux Jeux de Londres.
3 - Dans une lettre à Norman Routledge datée de février 1953, Turing indique suivre une psychanalyse depuis quelques mois et la trouver efficace, ajoutant qu'il envisage une période de travail en France. Il précise ne plus avoir le temps de se consacrer à la logique.
4 - La ligne en code binaire figurant au verso du billet de 50 livres sterling émis en 2021 à son effigie code, une fois convertie en décimal, la date de naissance de Turing : 23061912.
5 - Turing effectue régulièrement à pied le trajet entre son domicile à Teddington et celui de ses parents à Guildford, soit approximativement la distance d'un marathon, envoyant à l'avance un colis contenant des vêtements de rechange.


Points clés

- Métier(s) : mathématicien, cryptologue, informaticien théoricien
- Résidence principale : Wilmslow, Cheshire (Angleterre)
- Relations de couple : fiançailles avec Joan Clarke (1941, rompues)
- Enfants : aucun
- Distinctions : OBE (1945) ; Fellow de la Royal Society (1951) ; grâce royale posthume d'Élisabeth II (2013) ; figure du billet de 50 livres sterling (2021)


Postérité

10 voies portent son nom en France.

Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.

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Autres mathématiciens

Citations

« Nous ne savons pas où nous allons, mais du moins il nous reste bien des choses à faire. »

— Computing machinery and intelligence", Mind, vol. 59, n° 236, octobre 1950, p. 460

« Mon métier est si stressant que mon seul moyen de le chasser de mon esprit est de courir à fond. C'est le seul moyen pour moi de relâcher la pression. »

— Déclaration à J.-F. Harding, secrétaire du Walton Athletic Club, citée dans Runner's World, septembre 1999 (traduit de l'anglais)

« Je pourrais peut-être tenter de trouver du travail en France. Mais je suis en psychanalyse depuis quelques mois, à présent, et il semblerait que ce soit efficace. C'est assez amusant, et je crois que je suis tombé sur quelqu'un de bien. [...] Je n'ai plus le temps de me consacrer à la logique ! »

— Lettre à Norman Routledge, 22 février (vers 1953), citée dans Andrew Hodges, Alan Turing, éd. Michel Lafon, 2014

« Je crois que dans une cinquantaine d'années il sera possible de programmer des ordinateurs, avec une capacité de mémoire d'à peu près 10 puissance 9, pour les faire si bien jouer au jeu de l'imitation qu'un interrogateur moyen n'aura pas plus de 70 pour cent de chances de procéder à l'identification exacte après cinq minutes d'interrogation. »

— Computing machinery and intelligence", Mind, vol. 59, n° 236, octobre 1950, p. 442

Questions autour de Alan Turing

Quel est le vrai nom complet d'Alan Turing ?
Son nom complet est Alan Mathison Turing. Il est également connu sous les initiales A. M. Turing dans ses publications scientifiques.
Alan Turing a-t-il reçu une récompense officielle pour ses travaux pendant la guerre ?
Oui. En 1945, Alan Turing reçoit l'OBE (Order of the British Empire) du roi George VI pour ses services de guerre, notamment sa contribution à la cryptanalyse d'Enigma. Ce travail restait alors classé secret.
Qu'est-ce que le test de Turing ?
Le test de Turing est un critère proposé en 1950 par Alan Turing dans l'article « Computing Machinery and Intelligence » pour évaluer si une machine peut exhiber un comportement intelligent indiscernable de celui d'un humain lors d'une conversation écrite.
Alan Turing a-t-il été gracié après sa condamnation ?
Oui. Alan Turing a d'abord reçu des excuses officielles du Premier ministre Gordon Brown en 2009. La reine Élisabeth II lui a accordé une grâce royale posthume le 24 décembre 2013, annulant sa condamnation de 1952 pour indécence manifeste.
Alan Turing figure-t-il sur un billet de banque ?
Oui. Depuis 2021, le portrait d'Alan Turing figure sur le billet de 50 livres sterling de la Banque d'Angleterre. Il est ainsi la première personnalité de la communauté LGBT à figurer sur un billet britannique.
Qui est né le même jour que Alan Turing ?
Bryan Brown, Jean Anouilh, Marie Leszczynska, Yann Tiersen et Charlotte d'Ornellas sont nés le 23 juin comme Alan Turing.
À quel âge est mort Alan Turing ?
Alan Turing est mort à 41 ans, le 7 juin 1954.
Qui est mort le même jour que Alan Turing ?
Pierre Mauroy, Dino Risi, Dan Duryea, Henry Miller et Jean Harlow sont morts le 7 juin comme Alan Turing.
Quels scientifiques sont nés à Londres comme Alan Turing ?
Quels scientifiques sont du signe Cancer comme Alan Turing ?
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