Albert Londres, journaliste et grand reporter français né le 1er novembre 1884 à Vichy et disparu le 16 mai 1932 dans le naufrage du paquebot Georges Philippar, est considéré comme le pionnier français du reportage d'investigation moderne et a donné son nom au prix de journalisme créé par sa fille en 1933.
Fils de Jean-Baptiste Marie Londres, chaudronnier d'origine gasconne, et de Florimonde Baratier, Albert Londres effectue ses études au lycée de Moulins qu'il quitte en 1902. Après un passage à Lyon où il occupe un poste de comptable à la Compagnie Asturienne des Mines, il y rencontre Charles Dullin et Henri Béraud, qui deviendront des amis de toujours. Installé à Paris en 1903, il publie d'abord des recueils de poèmes (Suivant les heures, 1904) avant d'entrer en 1906 au quotidien Le Matin comme « chambrier », journaliste parlementaire couvrant le Palais Bourbon dans l'anonymat. La Première Guerre mondiale change le cours de sa carrière : réformé en 1906 par le Conseil de révision, il est l'un des rares employés disponibles à la rédaction et signe le 19 septembre 1914 un récit du bombardement de la cathédrale de Reims qui lui vaut sa première signature dans le journal.
En 1915, après le refus du Matin de l'envoyer en Orient, il rejoint Le Petit Journal, dirigé par Stephen Pichon, et couvre les Dardanelles puis les Balkans. En 1919, il aurait été licencié de ce journal sur ordre de Georges Clemenceau pour ses reportages sur l'Italie. Il intègre ensuite Excelsior, entre en Russie soviétique en 1920 où il dresse les portraits de Lénine et de Léon Trotski, puis voyage en 1922 au Japon, en Chine et en Inde, où il rencontre Gandhi, Nehru et Rabindranath Tagore. En 1923, son ami Henri Béraud, devenu directeur littéraire du Petit Parisien, l'engage dans le quotidien de Pierre Dupuy, qui tire à plus d'un million et demi d'exemplaires. Ses enquêtes paraissent ensuite en volume chez Albin Michel et installent durablement sa signature.
1884 : naissance à Vichy le 1er novembre, dans une famille modeste
1903 : installation à Paris et débuts littéraires
1904 : publication du premier recueil de poèmes Suivant les heures et naissance de sa fille Florise
1905 : décès de sa compagne Marcelle Laforest
1906 : entrée au quotidien Le Matin comme journaliste parlementaire
1914 : reportage sur le bombardement de la cathédrale de Reims
1920 : reportage en Russie soviétique
1922 : voyage au Japon, en Chine et en Inde
1923 : parution d'Au bagne sur les conditions de détention à Cayenne et Saint-Laurent-du-Maroni
1924 : reportage sur le Tour de France, recueilli dans Les Forçats de la route
1925 : enquête sur les asiles psychiatriques (Chez les fous)
1927 : retour en France avec Eugène Dieudonné, ancien bagnard qu'il a contribué à faire gracier
1928 : reportage sur le chantier du chemin de fer Congo-Océan, recueilli dans Terre d'ébène
1929 : enquête sur les communautés juives d'Europe et la Palestine (Le Juif errant est arrivé)
1932 : disparition le 16 mai dans le naufrage du Georges Philippar au retour de Shanghai
Albert Jean Baptiste Joseph Londres naît dans une famille modeste de l'Allier, fils d'un chaudronnier d'origine gasconne et d'une mère bourbonnaise. Son grand-père paternel, colporteur, était parti de Labarthe-Rivière en Haute-Garonne. Scolarisé au lycée de Moulins, il quitte l'établissement en 1902 pour Lyon, où il fait la connaissance du comédien Charles Dullin et du journaliste Henri Béraud, alors employés de bureau comme lui. Sa compagne Marie Frédérique Marcelle Laforest, copiste, donne naissance à leur fille Flore Francine Juliette, dite Florise, le 8 décembre 1904 à Paris. Marcelle Laforest meurt l'année suivante, le 8 novembre 1905, à l'âge de vingt-cinq ans. Florise est alors recueillie et élevée à Vichy par sa grand-mère paternelle, Marie Baratier.
Resté veuf, Albert Londres consacre l'essentiel de son existence à ses voyages et à ses enquêtes, défendant systématiquement des causes de justice sociale : abolition des bagnes coloniaux et militaires, dénonciation des conditions de travail sur le chemin de fer Congo-Océan, mauvais traitements dans les asiles psychiatriques, sort des prostituées françaises de Buenos Aires. Ses amitiés professionnelles structurent son parcours : Henri Béraud le fait entrer au Petit Parisien, Élie Joseph Bois l'accueille au Salut public puis le retrouve au Petit Parisien, Stephen Pichon le soutient au Petit Journal. Sa fille Florise épousera l'enseigne de vaisseau André Martinet en décembre 1932.
Au retour d'une enquête à Shanghai sur le conflit sino-japonais, le trafic d'opium et les triades chinoises, Albert Londres embarque sur le paquebot Georges Philippar de la Compagnie des messageries maritimes. Dans la nuit du 15 au 16 mai 1932, vers 2 h 10, un incendie se déclare à bord, provoqué par un court-circuit dans un câble électrique dissimulé derrière une cloison en bois. Le navire achève son voyage inaugural dans le golfe d'Aden, au large du cap Guardafui. Le journaliste, qui ne savait pas nager, tente de s'évader par le hublot de sa cabine et chute à la mer en saisissant prématurément une manche à incendie lancée par le mécanicien Maurice Sadorge. Le bilan officiel fait état de plusieurs dizaines de victimes. Sa fille Florise et trois journalistes proches lancent dès 1932 l'idée d'un prix portant son nom.
Le corps d'Albert Londres n'a jamais été retrouvé. Un cénotaphe lui est consacré au cimetière des Bartins à Vichy, où sa fille Florise Martinet-Londres a été inhumée en 1975. Sa maison natale, à Vichy, a été rénovée par une association et transformée en lieu d'expositions consacré à sa mémoire et à la liberté de la presse. Un lycée porte son nom à Cusset, en bordure de Vichy.
1 - Avant de devenir journaliste, Albert Londres a publié quatre recueils de poèmes entre 1904 et 1910, et écrit une pièce de théâtre en vers, Gambetta, en cinq actes, qui n'a jamais été jouée sur scène.
2 - Le patronyme « Londres » est une déformation du gascon « Loundrès », terme désignant les zones humides ou marécageuses, devenu Londrès puis Londres au fil des générations dans la famille paternelle.
3 - En 1927, il ramène personnellement de Guyane Eugène Dieudonné, ancien membre présumé de la bande à Bonnot condamné aux travaux forcés à perpétuité, dont la campagne menée dans Le Petit Parisien a permis la grâce et le retour en France le 28 octobre.
4 - L'expression « Les forçats de la route », passée à la postérité, lui est attribuée à tort : elle n'apparaît pas sous sa plume lors de la couverture du Tour de France 1924, mais a été popularisée a posteriori.
5 - Entre 1919 et 1922, Albert Londres a franchi les frontières de vingt-quatre pays différents, selon le décompte de l'historienne Isabelle Grégor pour Herodote.net.
6 - Dans la bande dessinée Le Daily Star, quatre-vingt-neuvième album de la série Lucky Luke, un jeune distributeur de journaux dénommé Pipo révèle à la fin de l'aventure que son véritable nom est Albert Londres, en hommage au reporter.
- Métier(s) : journaliste, grand reporter, écrivain
- Résidence principale : Paris, attaches familiales à Vichy
- Relations de couple : compagne Marcelle Laforest, décédée en 1905
- Enfants : Florise Londres, née en 1904
- Distinctions : a donné son nom au prix Albert-Londres, créé en 1933 par sa fille
16 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
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« L'empire du Milieu est en ruine. Ne longez pas les murs, les tuiles tombent. »
— La Chine en folie, Albin Michel, 1922
« Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »
— Terre d'ébène, Albin Michel, 1929
« Messieurs, vous apprendrez à vos dépens qu'un reporter ne connaît qu'une seule ligne, celle du chemin de fer. »
— Réponse à l'éditorialiste du Quotidien, 1923, citée par Florise Londres dans Mon père, Albin Michel, 1934
« Je demeure convaincu qu'un journaliste n'est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. »
— Terre d'ébène, Albin Michel, 1929
« L'empire du Milieu est en ruine. Ne longez pas les murs, les tuiles tombent. »
— La Chine en folie, Albin Michel, 1922
« Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »
— Terre d'ébène, Albin Michel, 1929
« Messieurs, vous apprendrez à vos dépens qu'un reporter ne connaît qu'une seule ligne, celle du chemin de fer. »
— Réponse à l'éditorialiste du Quotidien, 1923, citée par Florise Londres dans Mon père, Albin Michel, 1934
« Je demeure convaincu qu'un journaliste n'est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. »
— Terre d'ébène, Albin Michel, 1929