Édouard Branly (1844-1940) est un physicien et médecin français qui a découvert en 1890 la radioconduction et conçu le radioconducteur, détecteur d'ondes utilisé par Guglielmo Marconi pour la première télégraphie sans fil. En 1911, il est élu à l'Académie des sciences face à Marie Curie.
Né à Amiens le 23 octobre 1844, Édouard Branly grandit à Saint-Quentin, où son père enseigne au collège communal. Bachelier ès lettres à 16 ans devant la faculté de Douai, puis bachelier ès sciences à Paris, il prépare les mathématiques spéciales au lycée Napoléon, futur lycée Henri-IV, avant d'entrer en 1865 à l'École normale supérieure. Il suit les cours de physique de Paul Desains et de Jules Jamin, obtient ses licences en 1867 et l'agrégation de sciences physiques en 1868. Après un bref passage au lycée de Bourges, il devient en 1869 chef des travaux du laboratoire de physique de la faculté des sciences de Paris, dirigé par Paul Desains, puis directeur-adjoint après son doctorat ès sciences en 1873. En 1876, il quitte la Sorbonne pour la chaire de physique de l'Institut catholique de Paris, fondé l'année précédente par Maurice d'Hulst. Il y reprend des études de médecine et soutient en 1882 une thèse sur le dosage de l'hémoglobine.
Le 24 novembre 1890, Branly présente à l'Académie des sciences une communication sur les variations de conductibilité sous diverses influences électriques. Il y décrit l'expérience réalisée avec son préparateur Gendron : un tube contenant de la limaille métallique devient conducteur lorsqu'une étincelle jaillit à 25 mètres, à travers plusieurs murs. Il nomme ce dispositif radioconducteur. En 1894, Oliver Lodge reprend ces travaux à Liverpool et baptise l'appareil coherer, terme que Branly conteste. Tous les récepteurs utilisés par Guglielmo Marconi lors des liaisons entre Wimereux et Douvres en mars 1899 sont équipés de radioconducteurs, ce que Marconi reconnaît par télégramme. Branly ne dépose pas de brevet sur sa découverte de 1890. Il met au point en 1895 le trépied-disque, un radioconducteur à contact unique, et présente en 1905 devant l'Académie des sciences, puis devant 5 000 personnes au Trocadéro, ses expériences de télémécanique, commande d'actions à distance par ondes électriques. Il publie aussi un Traité élémentaire de physique en 1899 et La TSF en 1923.
En novembre 1910, Marie Curie, prix Nobel de physique 1903, présente sa candidature au siège de physicien vacant à l'Académie des sciences, auquel Édouard Branly est également candidat. La campagne est relayée par la presse : Le Temps pose dès le 5 janvier 1911 la question de l'admission des femmes à l'Institut. Les soutiens de Branly invoquent l'absence de reconnaissance française après l'attribution du prix Nobel 1909 à Guglielmo Marconi et s'appuient sur les milieux catholiques, tandis que ses opposants universitaires lui reprochent son rattachement à l'Institut catholique. Branly l'emporte en janvier 1911 de deux voix. Marie Curie reçoit le prix Nobel de chimie en décembre de la même année et ne sera jamais élue à l'Académie des sciences, qui n'accueille aucune femme avant 1962.
1844 : naissance à Amiens le 23 octobre
1860 : baccalauréat ès lettres à 16 ans devant la faculté de Douai
1865 : entrée à l'École normale supérieure
1868 : agrégation de sciences physiques et naturelles
1869 : chef des travaux du laboratoire de physique de la faculté des sciences de Paris
1873 : doctorat ès sciences physiques
1876 : professeur de physique à l'Institut catholique de Paris
1882 : doctorat en médecine et mariage avec Marie Lagarde à Verdun
1890 : communication sur la radioconduction à l'Académie des sciences, le 24 novembre
1899 : télégramme de Guglielmo Marconi après la liaison Wimereux-Douvres
1903 : prix Osiris de l'Institut de France, partagé avec Pierre Curie
1905 : démonstration publique de télémécanique au Trocadéro
1911 : élection à l'Académie des sciences
1938 : grand-croix de la Légion d'honneur
1940 : décès à Paris le 24 mars, funérailles nationales à Notre-Dame
Fils d'Édouard Joseph Branly, maître d'études au collège royal d'Amiens puis professeur au collège de Saint-Quentin, et d'Elisa Gillion, Édouard Branly a un frère cadet, Edgar, né en 1851. Scolarisé au collège de Saint-Quentin dès 1852, il passe par le lycée Napoléon à Paris et l'École normale supérieure. En 1882, il épouse Marie Lagarde à Verdun. Le couple a trois enfants : Jeanne (1883-1977), auteure en 1941 du livre Mon père, Édouard Branly, Étienne (1885-1953) et Élisabeth (1889-1972), qui épouse l'architecte Paul Tournon. Marie Branly meurt en Belgique le 25 avril 1927. Veuf, il vit de 1928 à sa mort chez sa fille et son gendre à Paris.
Branly est présenté en 1902 par Albert de Mun à Élisabeth de Caraman-Chimay, comtesse Greffulhe, qui visite son laboratoire et mobilise ses relations. Elle obtient de Maurice Bunau-Varilla, directeur du Matin, l'organisation de la conférence du Trocadéro en 1905, accueille la même année dans sa propriété de Bois-Boudran une démonstration de transmission de la voix à laquelle assiste Marcel Proust, intervient auprès du ministre Alexandre Millerand pour le bail de l'Institut catholique en 1909 et l'introduit auprès du roi Albert Ier de Belgique. Branly est élu membre associé de l'Académie royale de Belgique en 1910. Il exerce la médecine en parallèle de ses recherches à partir de 1896.
Édouard Branly meurt le 24 mars 1940, dans sa 96e année, à son domicile parisien du 5e arrondissement, chez sa fille Élisabeth et son gendre Paul Tournon, où il était revenu après plusieurs mois passés en Haute-Vienne à la suite de la déclaration de guerre. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille. Des funérailles nationales lui sont accordées : la cérémonie est célébrée à la cathédrale Notre-Dame de Paris le 30 mars 1940 par le cardinal Jean Verdier, en présence du président de la République Albert Lebrun. L'éloge funèbre est prononcé par Albert Sarraut, ministre de l'Éducation nationale. En 1944, Maurice de Broglie prononce le discours du centenaire de sa naissance à l'Institut catholique.
Édouard Branly est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, dans la 10e division. Un monument sculpté par Carlo Sarrabezolles lui est dédié au jardin du Luxembourg depuis 1932. Son laboratoire, conservé au 21 rue d'Assas dans l'Institut catholique de Paris, abrite le musée Édouard Branly, dont une salle doublée de cuivre forme une cage de Faraday. Une plaque commémorative signale son dernier domicile.
1 - Pendant la guerre de 1870, le jeune agrégé sert comme sous-lieutenant du génie auxiliaire, avant de reprendre son poste au laboratoire de physique de la Sorbonne et de soutenir son doctorat trois ans plus tard.
2 - Sa nomination de chevalier de la Légion d'honneur en 1900 s'accompagne, au Journal officiel, de la mention « a découvert le principe de la télégraphie sans fil », neuf ans avant le prix Nobel attribué à Guglielmo Marconi.
3 - Nommé trois fois pour le prix Nobel de physique, Branly ne l'obtient jamais, alors que Guglielmo Marconi et Karl Ferdinand Braun le reçoivent en 1909 pour la télégraphie sans fil. Il partage en revanche le prix Osiris 1903 avec Pierre Curie.
4 - Le musée du quai Branly ne porte pas directement son nom : il tire son appellation du quai Branly, tronçon du quai d'Orsay rebaptisé en 1941, qu'Anne Hidalgo a proposé en 2019 de renommer en partie quai Jacques-Chirac.
5 - Un portrait du professeur Branly peint par Maurice Asselin en 1936 est conservé au musée Toulouse-Lautrec d'Albi, et sa petite-fille Florence Tournon-Branly a réalisé la mosaïque de la façade de l'église Saint-Honoré d'Amiens, construite par Paul Tournon.
6 - En 2010, l'IEEE a classé la découverte de la radioconduction parmi ses Milestones ; la plaque, dévoilée le 23 septembre à l'Institut catholique de Paris, parle de l'effet Branly, toujours étudié et partiellement interprété par Bernard Castaing en 2006.
- Métier(s) : physicien, médecin, professeur à l'Institut catholique de Paris
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : marié en 1882 à Marie Lagarde (décédée en 1927)
- Enfants : Jeanne (1883), Étienne (1885), Élisabeth (1889)
- Distinctions : prix Houllevigues de l'Académie des sciences (1898), chevalier (1900), grand-officier (1933) et grand-croix (1938) de la Légion d'honneur, prix Osiris (1903), grand prix d'Argenteuil (1910), membre associé de l'Académie royale de Belgique (1910), membre de l'Académie des sciences (1911), commandeur de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, IEEE Milestone (2010)
339 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
Voir le top des scientifiques avec le plus de voies en France
« M. Branly remercie M. Marconi de son magnifique succès et lui exprime son admiration. »
— Télégramme adressé à Guglielmo Marconi, mars 1899, reproduit dans Jeanne Terrat-Branly, Mon père, Édouard Branly, Corrêa, 1941
« Lodge appelle le tube à limaille coherer. Je combats cette appellation qui traduit une interprétation inexacte du phénomène. »
— Déclaration devant la Société internationale des électriciens, Bulletin de la Société, Paris, 1898
« On peut regarder comme démontré qu'il n'est pas nécessaire que les particules d'un conducteur soient en contact pour livrer passage à un courant électrique. »
— Communication à l'Académie des sciences sur les contacts imparfaits, Comptes rendus hebdomadaires, 1895