Jacques Seiler est l'une de ces figures du théâtre parisien dont la notoriété grand public, acquise dans les seconds rôles comiques du cinéma populaire des années 1970, masque une carrière scénique d'une tout autre exigence. Acteur de Vilar et de Chéreau, interprète de Dubillard, metteur en scène de Queneau et de Pinget, il a construit une oeuvre de plateau cohérente et rigoureuse, loin des feux du sergent Bellec qui lui valut la célébrité.
Né le 16 mars 1928 dans le 18e arrondissement de Paris, Jacques François Seiler est le fils d'un coiffeur pour dames. C'est Yves Robert qui le propulse dans les cabarets de Saint-Germain-des-Prés, où il fait ses classes d'acteur. Il entre ensuite au TNP de Jean Vilar : à partir de 1958, il participe à des productions majeures de Chaillot et du Festival d'Avignon, notamment Ubu roi, Mère Courage, Lorenzaccio et La Résistible Ascension d'Arturo Ui. La rencontre avec Roland Dubillard est déterminante. En 1962, il joue La Maison d'os au théâtre de Lutèce. En 1968, il est dirigé par Patrice Chéreau dans Les Soldats de Lenz, puis dans Le Prix de la révolte au marché noir.
En 1970, il fonde sa propre compagnie, Théâtre Aujourd'hui. L'année suivante, il réunit des textes de Dubillard, Grumberg et Foissy sous le titre Le Gobe-douille au Vieux-Colombier. En 1980, il crée une transcription scénique des Exercices de style de Queneau, avec Danièle Lebrun et Jacques Boudet : le spectacle tiendra l'affiche plusieurs années et fera le tour du monde. Parallèlement, son nom s'attache durablement à celui de Robert Pinget : après Autour de Mortin en 1979, il monte Monsieur Songe (1989), Théo ou le temps neuf (1994) et Quelqu'un (1997).
Au cinéma et à la télévision, sa longue gueule aux lourdes paupières et son crâne rasé l'abonnent aux seconds rôles. Il est découvert du grand public dans la série Vidocq (1967-1973). Dans les années 1970, il joue le sergent Bellec dans six films de la série des Bidasses avec Les Charlots, rôle qui lui apporte une célébrité qu'il n'a jamais vraiment recherchée. Il a interprété en tout une soixantaine de personnages au cinéma et à la télévision.
Fils de Marcel Seiler et de Louisa Gabrielle Boutté (1905-2004), Jacques Seiler a partagé sa vie avec trois compagnes successives : Marthe Jeanne Barentin, Monique Raymond Bride-Etivant et Anna Brigitte Kreiliger. Il pratiquait la plongée sous-marine, ce qui explique son crâne rasé en permanence, trait physique qui devint sa marque de fabrique à l'écran. Il est enterré au cimetière de Châteauneuf-Val-de-Bargis.
Jacques Seiler meurt le 1er avril 2004 dans le 14e arrondissement de Paris, des suites d'un cancer, à 76 ans. Sa disparition est annoncée le lendemain par Libération, puis le 5 avril par Le Monde, qui lui consacre une courte notice saluant "le porte-voix du théâtre de Dubillard, Pinget et Queneau". Il laisse inachevé un dernier projet : une mise en scène de textes de Roland Dubillard réunis sous le titre Heureusement que vous êtes là, auquel il travaillait à la fin de sa vie.
Il est inhumé au cimetière de Châteauneuf-Val-de-Bargis, petit village de la Nièvre, loin de Paris où il avait passé l'essentiel de son existence.