Pianiste virtuose et compositeur espagnol né en Catalogne, Isaac Albéniz (1860-1909) est l'auteur de la suite pour piano Iberia, considérée comme un sommet du répertoire pianistique du XXe siècle et pilier du nationalisme musical espagnol aux côtés d'Enrique Granados et Manuel de Falla.
Fils d'Ángel Albéniz, fonctionnaire des douanes, et de Dolors Pascual, Isaac Albéniz révèle très tôt un don exceptionnel pour le piano. À quatre ans, il donne son premier concert au Théâtre Romea de Barcelone, suscitant une admiration qui pousse certains spectateurs à vérifier qu'aucun autre pianiste ne se cache en coulisses. Sa mère le conduit à sept ans à Paris pour le présenter au Conservatoire, où il prend quelques cours avec Antoine-François Marmontel avant d'en être renvoyé. À douze ans, le jeune prodige fugue et parcourt durant deux années la côte atlantique américaine, de Rio de Janeiro à New York, accompagné en réalité par son père dont les missions douanières expliquent l'itinéraire. Après un bref passage au Conservatoire de Leipzig en 1874, il étudie au Conservatoire royal de Bruxelles auprès de François-Auguste Gevaert grâce à une bourse royale obtenue par Guillermo Morphy, secrétaire du roi Alphonse XII.
En 1880, Albéniz se rend à Budapest dans l'espoir de rencontrer Franz Liszt, qu'il retrouvera finalement à Weimar. La rencontre déterminante a lieu en 1883 à Barcelone avec le musicologue Felipe Pedrell, théoricien du renouveau musical espagnol, qui l'oriente vers le folklore national. Dès lors, il compose abondamment pour le piano : Suite española op. 47, Recuerdos de viaje op. 71, Rapsodia española op. 70, puis les Chants d'Espagne op. 232 dont le prélude deviendra la célèbre Asturias (Leyenda). Installé à Londres en 1890 sous contrat avec Henry Lowenfeld, puis à Paris à partir de 1893, il y fréquente Vincent d'Indy, Paul Dukas, Gabriel Fauré et Claude Debussy, et enseigne brièvement à la Schola Cantorum. Entre 1905 et 1908, malade, il achève à Paris et à Nice la suite Iberia, douze pièces pour piano qu'Olivier Messiaen qualifiera de chef-d'œuvre de l'écriture pianistique.
1860 : naissance le 29 mai à Camprodon, province de Gérone
1864 : premier concert public au Théâtre Romea de Barcelone
1872 : tournée transatlantique vers l'Amérique du Sud puis les États-Unis
1876 : entrée au Conservatoire royal de Bruxelles
1880 : rencontre avec Franz Liszt à Weimar
1883 : mariage avec Rosina Jordana le 23 juin à Barcelone ; rencontre avec Felipe Pedrell
1886 : composition de la Suite española op. 47
1888 : série de vingt concerts pour l'Exposition universelle de Barcelone, sponsorisée par Érard
1890 : installation à Londres sous contrat avec Henry Lowenfeld
1893 : installation à Paris, premier opéra-comique The Magic Opal créé à Londres
1896 : création de la comédie lyrique Pepita Jiménez à Barcelone
1900 : abandon de son poste à la Schola Cantorum pour raisons de santé
1905-1908 : composition de la suite Iberia
1906 : création du premier livre d'Iberia par Blanche Selva le 9 mai à la salle Pleyel
1909 : décès le 18 mai à Cambo-les-Bains
Isaac Manuel Francisco Albéniz y Pascual naît à Camprodon, en Catalogne, dans une famille modeste. Son père, Ángel Albéniz, exerce comme fonctionnaire des douanes espagnoles, et sa mère, Maria de los Dolores Pascual, n'a aucune formation musicale. Sa sœur aînée Clementina l'accompagne dès l'enfance dans les tournées organisées par le père à travers le nord de l'Espagne. Le 23 juin 1883, à Barcelone, il épouse Rosina Jordana Lagarriga, son ancienne élève et fille de l'ancien maire du quartier de Gràcia. Le couple a plusieurs enfants, dont deux atteignent l'âge adulte : Alfonso Albéniz (1885-1941), footballeur du FC Barcelone au début des années 1900 avant une carrière diplomatique, et Laura Albéniz (1890-1944), peintre, qui réalisera les gravures de la première édition d'Iberia.
À Paris, Albéniz noue des amitiés étroites avec Gabriel Fauré, Vincent d'Indy, Paul Dukas, Déodat de Séverac et Claude Debussy, ce dernier admirant ouvertement Iberia. Son cercle inclut également le compositeur basque René de Castéra. Il bénéficie du mécénat de l'écrivain et banquier britannique Francis Burdett Money-Coutts, qui finance ses opéras et lui fournit les livrets d'Henry Clifford et de la trilogie arthurienne inachevée Merlin, Lancelot, Guinevere. Quelques semaines avant sa mort, son compatriote Enrique Granados lui rend une dernière visite à Cambo-les-Bains. Albéniz est l'arrière-grand-père de Cécilia Attias, ex-épouse de Nicolas Sarkozy, et l'arrière-grand-oncle de l'homme politique espagnol Alberto Ruiz-Gallardón.
Isaac Albéniz souffre depuis 1900 de la maladie de Bright, une néphrite chronique qui le contraint à abandonner son poste à la Schola Cantorum. Sa santé décline progressivement au cours des années suivantes, aggravée selon certaines sources d'une lésion cardiaque. Le 1er avril 1909, il s'installe avec sa famille à l'hôtel Saint-Martin de Cambo-les-Bains, dans les Pyrénées-Atlantiques, station climatique réputée pour ses cures, avant d'être transféré au Chalet Saint-Martin. Il y meurt le 18 mai 1909, quelques jours avant son 49e anniversaire. Le gouvernement français lui avait remis la Légion d'honneur quelques semaines auparavant. Sa veuve Rosina Jordana et ses proches, dont Enrique Granados venu lui rendre visite peu avant, accompagnent la fin de sa vie. La mort du compositeur suscite des hommages dans la presse musicale française et espagnole.
Isaac Albéniz est inhumé au cimetière de Montjuïc à Barcelone. Des plaques commémoratives signalent les domiciles parisiens du compositeur au 49 rue Erlanger et au 55 rue de Boulainvilliers, dans le 16e arrondissement. L'astéroïde (10186) Albéniz, découvert en 1995, porte son nom. La Fundación Isaac Albéniz, à Madrid, conserve archives et manuscrits.
1 - Selon une légende rapportée par plusieurs biographes, lors de son examen d'entrée au Conservatoire de Paris à six ans, il aurait ébloui le jury par son jeu, puis sorti une balle de sa poche et brisé une vitre du Conservatoire, motivant son refus.
2 - Bien que mondialement associé à la guitare, Albéniz n'a jamais composé pour cet instrument. Asturias, Granada ou Sevilla doivent leur célébrité aux transcriptions réalisées par Francisco Tárrega et Miguel Llobet.
3 - Son fils Alfonso Albéniz a joué pour le FC Barcelone au tout début des années 1900 avant d'embrasser une carrière diplomatique au service de l'Espagne.
4 - Sa fille Laura, peintre formée à Paris, a réalisé les gravures illustratives de la première édition d'Iberia parue chez Édition Mutuelle entre 1906 et 1909.
5 - En 1888, le facteur de pianos Érard sponsorisa une série de vingt concerts consacrés exclusivement aux œuvres d'Albéniz pour le pavillon français de l'Exposition universelle de Barcelone.
6 - La pianiste française Blanche Selva créa l'intégralité d'Iberia livre par livre entre mai 1906 et février 1909, achevant le dernier cahier trois mois seulement avant la mort du compositeur.
- Métier(s) : pianiste, compositeur, chef d'orchestre
- Résidence principale : Cambo-les-Bains au moment du décès, Paris auparavant
- Relations de couple : marié à Rosina Jordana Lagarriga depuis 1883
- Enfants : Alfonso Albéniz, Laura Albéniz, et deux enfants morts en bas âge
- Distinctions : Légion d'honneur (1909)