Jeanne Balibar, née le 13 avril 1968 à Paris, est actrice, chanteuse et réalisatrice française. Fille d'un philosophe marxiste et d'une physicienne, normalienne qui abandonne une agrégation d'histoire pour le Conservatoire, elle construit une carrière singulière entre cinéma d'auteur, scène internationale et musique, couronnée par le César de la meilleure actrice en 2018 pour Barbara. Sa biographie, sa filmographie, ses enfants et sa vie sentimentale font l'objet de nombreuses recherches tant son parcours personnel est indissociable d'une trajectoire artistique hors norme.
Jeanne Balibar suit un cursus sport-études danse au lycée Racine, obtient un prix au Concours général, entre en hypokhâgne au lycée Henri-IV et réussit le concours de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1987. Elle passe une maîtrise d'histoire à l'université de Paris I. En 1992, alors qu'elle s'apprête à passer une agrégation d'histoire, elle réussit sur un coup de tête le concours d'entrée au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, sans avoir jamais joué au théâtre ni au cinéma. Après un seul trimestre de formation, Jacques Lassalle la recrute pour la Comédie-Française. À l'été 1993, elle joue Elvire dans le Dom Juan de Molière dans la cour d'honneur du Festival d'Avignon, saluée par la critique. Insatisfaite, elle quitte la Comédie-Française en 1997 pour répondre aux propositions croissantes du cinéma.
Sa carrière cinématographique débute dès 1992 avec une apparition non créditée dans La Sentinelle d'Arnaud Desplechin, réalisateur qu'elle retrouve en 1996 pour Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle). Elle tourne pour Olivier Assayas (Fin août, début septembre, 1998, prix de la meilleure actrice au Festival de San Sebastian), Jacques Rivette (Va savoir, 2001, où elle remplace au pied levé Emmanuelle Béart ; Ne touchez pas la hache, 2007), Bruno Podalydès, Raoul Ruiz, Jean-Claude Biette, Pedro Costa, puis Ladj Ly (Les Misérables, 2019), Xavier Giannoli (Illusions perdues, 2021) et Apichatpong Weerasethakul (Memoria, 2021). En refusant les comédies populaires, elle devient en dix ans une figure centrale du cinéma d'auteur français, trajectoire qu'elle reconnaîtra avoir été trop exclusive. Le César de la meilleure actrice lui est remis le 2 mars 2018 pour Barbara de Mathieu Amalric. Sur ce tournage qu'elle dit avoir "passionnément aimé", l'idée directrice était, selon ses propres mots, "de chercher à retrouver Barbara pour de vrai devant la caméra, sans savoir à quel moment elle surgirait" (France Inter, novembre 2023). En 2013, elle coréalise avec Pierre Léon Par exemple, Électre (mention spéciale prix Jean-Vigo 2012), puis écrit et réalise seule Merveilles à Montfermeil (2019). En 2025, elle est à l'affiche du thriller Le Système Victoria de Sylvain Desclous et de Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan de Ken Scott.
Au théâtre, Jeanne Balibar développe depuis 2012 une collaboration régulière avec le metteur en scène allemand Frank Castorf à la Volksbühne de Berlin et au Residenztheater de Munich : La Dame aux camélias (Odéon, 2012), Les Frères Karamazov (2015), Bajazet de Racine (MC93, 2019), Molière. Ich bin ein Dämon (Berlin, 2022). En 2018, elle crée et joue seule Les Historiennes, présenté à New York dans le cadre du Festival "Crossing the Line" puis repris au Festival d'Automne 2024. Elle figure également dans plusieurs productions télévisées récentes : la minisérie Irma Vep d'Olivier Assayas (HBO, 2022), Franklin (Apple TV+, 2024) et la série Iris (2024-2025). Sa carrière musicale, entamée en 1999 lors d'un concert de soutien au GISTI à l'Élysée Montmartre, se traduit par trois albums : Paramour (2003, avec Rodolphe Burger et Pierre Alféri), dont le titre d'ouverture Le tour du monde ainsi que Pas dupe, Rose et Ne change rien restent parmi ses chansons les plus connues ; Slalom Dame (2006) ; et D'ici là tout l'été (2023, avec Cléa Vincent et Arnaud Rebotini). Elle confie aux Echos en juin 2023 : "Je n'ai jamais considéré le chant comme un travail." Entre ces trois albums, deux projets n'aboutissent pas : un album solo enregistré avec GarageBand sous le nom "Les Tronomettes" (2009-2010), dont elle chante pourtant une chanson en remettant un César, et Balibazar, enregistré avec le compositeur David Neerman, perdu lors de la faillite d'un producteur (Numéro, 2025).
Jeanne Balibar est la fille du philosophe marxiste Étienne Balibar, issu d'une famille ouvrière du Creusot, et de la physicienne Françoise Balibar, petite-fille d'agriculteurs de Charente. Du côté paternel, la famille est juive ukrainienne, arrivée en France en 1912 pour fuir les pogroms : l'arrière-grand-père de Jeanne Balibar est pris dans la rafle du Vél' d'Hiv et meurt à Auschwitz ; son grand-père reste caché dans le Sud pendant une partie de la guerre (Le Monde, juillet 2024). C'est sa mère qui l'emmène à 8 ans voir Arlequin serviteur de deux maîtres de Goldoni à l'Odéon, en italien et sans sous-titres : "Cette représentation a décidé de quelque chose dans ma vie", confie-t-elle au Monde en juillet 2024. Elle hérite d'un goût de la couture transmis de mère en fille depuis sa grand-mère charentaise : "Si je n'avais pas été actrice, je serais devenue costumière" (Le Monde, juillet 2024). Bilingue en allemand depuis la fin de l'adolescence et en anglais depuis ses vingt ans, elle parle aussi l'italien et déplore de ne pas parler russe : "Les langues étrangères sont l'un des grands plaisirs de mon existence. J'aime leur géométrie, le dessin particulier de chacune d'entre elles" (Les Echos, juin 2023). Elle partage sa vie entre Paris et Berlin.
Elle a été la compagne de l'acteur et réalisateur Mathieu Amalric de 1996 à 2003 ; de leur union naissent deux fils, Antoine (né en 1997) et Pierre (né en 1999), ce dernier collaborant sur l'album D'ici là tout l'été (Purepeople, juin 2023). Lors de la cérémonie des César 2018, elle les cite nommément pour "leur goût de vivre". Elle a ensuite été en couple avec l'écrivain Pierre Alféri, coauteur de l'album Paramour, puis avec le chanteur Philippe Katerine, avec lequel elle cosigne le titre J'aime tes fesses, jusqu'en 2011. Elle vit depuis avec le metteur en scène allemand Frank Castorf. Sur ses relations passées, elle cite Godard dans Voici en juin 2023 : "L'amour, ça ne s'arrête pas, si ça s'arrête, c'est que ce n'était pas de l'amour." Mathieu Amalric, Philippe Katerine et Frank Castorf figurent tous trois au générique de Merveilles à Montfermeil.
Ses grandes joies sont la danse, reprise intensément en 2023 pour le tournage de Boléro d'Anne Fontaine, et la nage en mer froide : "Mon grand plaisir est de nager dans la mer. J'aime avoir l'impression de se perdre dans un paysage infini" (Les Echos, juin 2023). Sur sa perception de l'existence, elle dit volontiers : "J'ai toujours l'impression que je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. Les situations qui m'intéressent, ce sont surtout celles qui se trouvent un peu paradoxales" (Numéro, 2025).
Engagée de longue date auprès des associations de défense des étrangers en situation irrégulière, elle participe dès 1999 à un concert de soutien au GISTI. Elle s'oppose à la loi Hadopi, compare Nicolas Sarkozy à Silvio Berlusconi lors de son élection, signe l'Appel des 58 en novembre 2015 et cosigne en mai 2019 dans Libération la tribune "Nous ne sommes pas dupes !" soutenant les Gilets jaunes. Lorsqu'Emmanuel Macron se déclare "bouleversé par la justesse" du film Les Misérables en décembre 2019, elle réplique : "Tant qu'il n'y a pas de bouleversement de la politique fiscale, ça ne sert à rien d'aller voir un film et de dire 'Je suis bouleversé', c'est de la merde." (Le Figaro, 6 décembre 2019). Sur la place des actrices de plus de cinquante ans, elle est sans illusions : "Si on met toutes les actrices ensemble, les statistiques restent désastreuses. Et je ne suis pas sûre que ça soit vraiment en train de s'arranger." (Numéro, 2025). En mars 2023, elle signe une pétition contre la réforme des retraites. Sur l'empathie, elle confie à France Inter en novembre 2023 qu'elle est devenue pour elle "une vertu absolument nécessaire pour vivre ensemble", un constat lié à l'âge et à la disparition de proches. Ses voix de prédilection sont Johnny Cash, Chet Baker et Maria Callas. Depuis l'enfance, elle chante Catherine Sauvage, Mouloudji, Jeanne Moreau, Barbara et Abba (France Inter, 2023).
Parisienne de naissance et de résidence principale, Jeanne Balibar partage sa vie entre Paris et Berlin depuis le début de sa collaboration avec Frank Castorf et la Volksbühne. Le Festival d'Avignon est un lieu fondateur de sa trajectoire artistique, où elle joue à de nombreuses reprises depuis 1993. La MC93 de Bobigny, le Théâtre de l'Odéon et le Théâtre de Vidy-Lausanne comptent parmi ses scènes de référence. Ses origines familiales la relient à la Charente, au Creusot et à l'Ukraine.
Avant de monter sur scène, c'est l'horreur intégrale, mais quand on y est, on est sans peur et sans reproche.
— France Inter, novembre 2023
La chanson c'est un concentré, une histoire en miniature, par rapport au théâtre ou aux films qui durent beaucoup plus longtemps. C'est une petite bombe, une chanson, ça me plait beaucoup.
— France Inter, novembre 2023
Je peux être moi-même lorsque je suis accompagnée de très bons musiciens ou metteurs en scènes comme Rodolphe Burger, Philippe Katerine, Frank Castorf, Valérie Dreville, Bulle Ogier, Jeanne Added.
— France Inter, novembre 2023
En réalité, j'en ai vraiment rien à foutre qu'il y ait quelqu'un qui m'écrive que je suis une "vieille junkie bobo" sur Instagram. Mais comme les sonorités de ces mots m'amusaient, j'en ai fait une chanson.
— Numéro, 2025
Avant de monter sur scène, c'est l'horreur intégrale, mais quand on y est, on est sans peur et sans reproche.
— France Inter, novembre 2023
La chanson c'est un concentré, une histoire en miniature, par rapport au théâtre ou aux films qui durent beaucoup plus longtemps. C'est une petite bombe, une chanson, ça me plait beaucoup.
— France Inter, novembre 2023
Je peux être moi-même lorsque je suis accompagnée de très bons musiciens ou metteurs en scènes comme Rodolphe Burger, Philippe Katerine, Frank Castorf, Valérie Dreville, Bulle Ogier, Jeanne Added.
— France Inter, novembre 2023
En réalité, j'en ai vraiment rien à foutre qu'il y ait quelqu'un qui m'écrive que je suis une "vieille junkie bobo" sur Instagram. Mais comme les sonorités de ces mots m'amusaient, j'en ai fait une chanson.
— Numéro, 2025