Mario Adorf, acteur germano-suisse né le 8 septembre 1930 à Zurich, est l'une des figures les plus prolifiques du cinéma allemand d'après-guerre, avec plus de 200 rôles au cinéma et à la télévision sur sept décennies de carrière.
Mario Adorf entre à l'école de comédie Otto-Falckenberg-Schule de Munich après son baccalauréat, et intègre dès 1955 les Münchner Kammerspielen, où il reste jusqu'en 1962. C'est le réalisateur Robert Siodmak qui lui offre son premier grand rôle au cinéma en 1957, dans La Nuit quand le diable venait : Adorf y incarne Bruno Lüdke, un tueur en série présenté comme mentalement déficient. Cette performance lui vaut le Bundesfilmpreis du meilleur débutant et le Prix de la critique cinématographique allemande. Cantonné d'abord aux rôles de brutes et de malfaiteurs, il s'installe à Rome dans les années 1960 pour élargir sa carrière vers les productions italiennes, tournant notamment dans plusieurs polars de Fernando Di Leo et dans des westerns-spaghetti. Il collabore successivement avec des réalisateurs tels que Dario Argento, Luigi Comencini, Claude Chabrol et Billy Wilder, acquérant une présence internationale rare pour un acteur de langue allemande.
Au tournant des années 1970, Adorf devient une figure centrale du Nouveau Cinéma allemand. Volker Schlöndorff le dirige dans L'Honneur perdu de Katharina Blum (1975), adapté de Heinrich Böll, puis dans Le Tambour (1979), tiré du roman de Günter Grass, où il interprète le père Mazerath. Ce dernier film remporte l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Rainer Werner Fassbinder l'engage pour Lola (1981). À partir du milieu des années 1980, son image évolue vers les patriarches et les capitaines d'industrie, notamment dans la série télévisée Kir Royal (1986) du réalisateur Helmut Dietl, où son personnage de Haffenloher marque durablement le public allemand, et dans la minisérie Der große Bellheim (1993). Parallèlement à sa carrière d'acteur, il publie à partir de 1992 plusieurs recueils de nouvelles qui se vendent à plus de 600 000 exemplaires en Allemagne, et se produit comme chanteur dans des programmes de scène.
Titres d'œuvres en italique.
1954 : 08/15 (trilogie, rôle mineur — premier crédit cinématographique)
1957 : La Nuit quand le diable venait (Nachts, wenn der Teufel kam) — Robert Siodmak
1958 : Le Médecin de Stalingrad (Der Arzt von Stalingrad) — Géza von Radványi
1958 : La Fille Rosemarie (Das Mädchen Rosemarie) — Rolf Thiele
1963 : Winnetou I — Harald Reinl (rôle du bandit Santer)
1970 : L'Oiseau au plumage de cristal — Dario Argento
1972 : Milan Calibre 9 — Fernando Di Leo
1973 : L'Affaire Matteotti — Florestano Vancini (rôle de Mussolini)
1975 : L'Honneur perdu de Katharina Blum — Volker Schlöndorff / Margarethe von Trotta
1979 : Le Tambour — Volker Schlöndorff (Oscar du meilleur film étranger)
1981 : Lola — Rainer Werner Fassbinder
1983 : Momo — Johannes Schaaf
1986 : Kir Royal (série télévisée ARD) — Helmut Dietl
1993 : Der große Bellheim (minisérie ZDF) — Dieter Wedel
1996 : Der Schattenmann (série télévisée ZDF) — Dieter Wedel
1997 : Rossini — Helmut Dietl
2001 : Epsteins Nacht — Urs Egger
2014 : Der letzte Mentsch — Pierre-Henry Salfati
1930 : naissance le 8 septembre à Zurich ; la mère et l'enfant sont expulsés de Suisse trois mois après la naissance
1933 : placé temporairement dans une communauté religieuse à Mayen par sa mère, faute de moyens
1950 : débute des études de philosophie, psychologie, criminologie, littérature, histoire de la musique et dramaturgie à l'université Johannes-Gutenberg de Mayence
1953 : entre à l'école de comédie Otto-Falckenberg-Schule de Munich ; rencontre le metteur en scène Fritz Kortner
1955 : intègre les Münchner Kammerspielen
1957 : percée internationale avec La Nuit quand le diable venait ; obtient le Bundesfilmpreis du meilleur débutant
1962 : s'installe à Rome pour développer sa carrière dans les productions italiennes
1963 : rôle du bandit Santer dans Winnetou I
1979 : rôle d'Alfred Mazerath dans Le Tambour, qui remporte l'Oscar du meilleur film en langue étrangère
1982 : reçoit le Filmband in Silber (Deutsche Filmpreis) pour Lola
1985 : épouse Monique Faye ; obtient le Bambi du comédien le plus populaire
1986 : incarnation de Heinrich Haffenloher dans Kir Royal
1992 : publication de son premier recueil, Der Mäusetöter ; Filmband in Gold pour Pizza Colonia
2004 : Deutscher Filmpreis — Filmpreis in Gold (prix d'honneur) pour l'ensemble de sa carrière
2010 : doctorat honoris causa de l'université de Mayence
2016 : Pardo alla carriera au Festival de Locarno pour l'ensemble de sa carrière
2024 : reçoit le prix d'honneur du Deutschen Fernsehpreises (remis en son absence par Iris Berben)
2026 : décès le 8 avril à Paris, à l'âge de 95 ans
Mario Adorf est le fils naturel d'Alice Adorf (1905–1998), assistante radiologue d'origine alsacienne, et du Dr Matteo Menniti, chirurgien calabrais marié. Il grandit à Mayen, dans la région de l'Eifel, après que sa mère et lui ont été expulsés de Suisse. Sa première épouse est l'actrice Lis Verhoeven, avec laquelle il divorce en 1964 après deux ans de mariage ; ils ont une fille, Stella Maria Adorf, devenue actrice. En 1985, il épouse Monique Faye (née en 1946), mannequin et photographe française qu'il avait rencontrée en 1968 grâce à Brigitte Bardot, lors de tournages à Rome. Le couple réside principalement à Paris et à Saint-Tropez. Adorf a également un petit-fils prénommé Julius.
Adorf entretient tout au long de sa vie un lien fort avec Mayen, sa ville d'enfance, dont il préside le festival Burgfestspiele. Il s'implique publiquement dans la lutte contre la stigmatisation des personnes malentendantes. Polyglotte, il tourne en allemand, en italien, en français et en anglais. Proche du réalisateur Helmut Dietl, il participe à plusieurs de ses projets phares. En 2007, il est membre du jury de la Berlinale, présidé par le cinéaste américain Paul Schrader. À partir de 2005, il se retire progressivement de la scène lors d'une tournée d'adieu intitulée Da Capo, et se consacre à l'écriture et à des lectures publiques.
Mario Adorf décède le 8 avril 2026 dans son appartement parisien, après une courte maladie dont la nature précise n'a pas été rendue publique par sa famille. Son épouse Monique Faye est présente à ses côtés. La nouvelle est confirmée le 9 avril 2026 par son manager Michael Stark et la Filmagentur Reinholz auprès de l'agence Deutsche Presse-Agentur. Le président allemand Frank-Walter Steinmeier rend hommage à l'acteur le 9 avril, le qualifiant dans un communiqué officiel de grand acteur ayant enrichi la vie culturelle au-delà des frontières. Le ZDF et l'ORF modifient leur programmation pour diffuser des hommages télévisés dès le 10 avril 2026.
Mario Adorf exprime de son vivant le souhait d'être inhumé à Saint-Tropez, sa résidence de prédilection sur la Côte d'Azur. Il dispose par ailleurs d'une étoile sur le Boulevard des étoiles (Boulevard der Stars) à Berlin.
1 - Lors de sa toute première représentation aux Münchner Kammerspielen, au début des années 1950, Adorf se blesse à la tête en coulisses pendant une production. Recousu derrière le rideau, il retourne jouer sans délai, une expérience qu'il cite régulièrement comme formatrice.
2 - Adorf tente de refuser le rôle du bandit Santer dans Winnetou I (1963), le jugeant trop univoque. Convaincu de l'accepter, il est ensuite insulté dans la rue par des fans indignés d'avoir vu le personnage tuer Nscho-tschi, la sœur de Winnetou.
3 - En 1954, il ne peut pas s'acheter le billet pour assister à la première de 08/15, dans lequel il joue. Invité par les organisateurs, il monte sur scène en pull-over parmi les costumes de soirée.
4 - Adorf déclare dans un entretien avec la DPA (automne 2023) regretter d'avoir décliné une proposition de Billy Wilder pour Un, deux, trois (1961) et le rôle qui lui était proposé dans Le Parrain (1972), deux décisions qu'il qualifie d'erreurs.
5 - Il rencontre sa seconde épouse Monique Faye en 1968 grâce à Brigitte Bardot : les deux femmes se connaissaient, Monique accompagnait l'actrice lors de tournages à Rome. Adorf admet dans un entretien de 2025 n'avoir d'abord regardé que Bardot avant de remarquer Faye. Ils vivent ensemble dix-sept ans avant de se marier en 1985.
6 - Ses ouvrages littéraires, dont le premier, Der Mäusetöter, paraît en 1992, se vendent à plus de 600 000 exemplaires en Allemagne. En 2005, il publie Mit einer Nadel bloß, récit consacré à sa mère Alice, décédée en 1998, qu'il décrit dans des interviews comme une relation distante et utilitaire.
- Métier(s) : acteur (cinéma, théâtre, télévision), auteur, chanteur
- Résidence principale : Paris (appartement) ; Saint-Tropez (résidence secondaire)
- Relations de couple : Lis Verhoeven (1962–1964, div.) ; Monique Faye (épouse depuis 1985)
- Enfants : Stella Maria Adorf (de Lis Verhoeven) ; petit-fils Julius
- Distinctions : Bundesfilmpreis meilleur débutant (1958) ; Bambi comédien le plus populaire (1978) ; Filmband in Silber (1982) ; Filmband in Gold (1992) ; Deutscher Filmpreis d'honneur (2004) ; Pardo alla carriera — Festival de Locarno (2016) ; Ehrenpreis du Deutschen Fernsehpreises (2024) ; doctorat honoris causa — université de Mayence (2010) ; étoile sur le Boulevard der Stars, Berlin
Portrait mis à jour le 09 avril 2026.