Né le 28 septembre 1942 dans le 14e arrondissement de Paris et mort le 27 décembre 1999, Pierre Clémenti est un acteur et réalisateur français, figure du cinéma d'auteur européen, révélé par Luchino Visconti et Luis Buñuel, brisé par dix-sept mois de prison à Rome en 1971.
Pierre Clémenti suit les cours d'art dramatique de Charles Dullin au Théâtre du Vieux-Colombier puis du conservatoire de la rue Blanche. Repéré dans la rue par Jean-Pierre Kalfon, il rejoint la troupe d'avant-garde de Marc'O au Bilboquet, où évoluent aussi Bulle Ogier, Jacques Higelin et Bernadette Lafont. En 1961, il fait ses premières apparitions à l'écran dans Adorable menteuse de Michel Deville, aux côtés de Marina Vlady. Alain Delon le présente à Luchino Visconti, qui lui confie en 1962 le rôle de Francisco Paolo dans Le Guépard, son premier rôle marquant. Il enchaîne avec Costa-Gavras pour Un homme de trop en 1966, puis devient l'amant sadique de Catherine Deneuve dans Belle de jour de Luis Buñuel en 1967, film qui lui apporte la reconnaissance internationale. La même année, il interprète le héros naïf de Benjamin ou les Mémoires d'un puceau de Michel Deville.
Refusant les rôles stéréotypés, Pierre Clémenti privilégie le cinéma d'auteur européen et tourne abondamment en Italie. Il joue dans Partner de Bernardo Bertolucci en 1968, dans Porcherie de Pier Paolo Pasolini en 1969, dans La Voie lactée de Buñuel la même année, puis dans Le Conformiste de Bertolucci. Il collabore avec Glauber Rocha sur Têtes coupées en 1970, avec Liliana Cavani sur Les Cannibales, avec Miklós Jancsó sur La Pacifista. Il devient une figure du groupe Zanzibar autour de Philippe Garrel, qui le dirige dans Le Lit de la Vierge en 1969 et La Cicatrice intérieure en 1970. Parallèlement, il réalise lui-même des films expérimentaux, dont La Révolution n'est qu'un début. Continuons le combat en 1968. Après son emprisemnent, il tourne encore avec Jacques Rivette dans Le Pont du Nord en 1981, James Toback dans Surexposé en 1983, puis João César Monteiro dans Le Bassin de J.W. en 1996.
Le 24 juillet 1971, alors en tournage à Rome, Pierre Clémenti est arrêté à son domicile par les carabiniers pour détention de stupéfiants, dont du LSD et du haschich selon les dossiers. Il passe dix-sept mois dans les prisons de Regina Coeli puis de Rebibbia, en grande partie à l'isolement. Il est finalement libéré pour insuffisance de preuves au terme d'un procès en appel très médiatisé, puis interdit de séjour en Italie. Pierre Clémenti et son fils Balthazar ont toujours soutenu qu'il s'agissait d'un coup monté politique lié à ses sympathies pour l'extrême gauche italienne. Son livre Quelques messages personnels, publié en 1973, est un réquisitoire contre la justice italienne et les conditions de détention.
1942 : naissance le 28 septembre dans le 14e arrondissement de Paris
1961 : premier rôle au cinéma dans Adorable menteuse de Michel Deville
1962 : tournage du Guépard de Luchino Visconti
1965 : naissance en juillet de son fils Balthazar avec Margareth Le Van
1966 : tournage de Belle de jour de Luis Buñuel
1968 : Partner de Bernardo Bertolucci et Les Idoles de Marc'O
1969 : Porcherie de Pier Paolo Pasolini et La Voie lactée de Buñuel
1970 : sortie du Conformiste de Bertolucci
1971 : arrestation à Rome le 24 juillet pour détention de drogue
1972 : Prix d'interprétation aux Étoiles de cristal de l'Académie du cinéma
1973 : libération et publication de Quelques messages personnels chez Gallimard
1981 : Le Pont du Nord de Jacques Rivette
1992 : création de la pièce Chronique d'une mort retardée
1998 : dernier rôle à l'écran dans Marrakech Express de Gillies MacKinnon
1999 : décès le 27 décembre à l'hôpital Cochin
Pierre Clémenti grandit dans un petit appartement de la rue Saint-Placide à Paris, élevé par sa mère, d'origine corse, dont il porte le patronyme, son père n'ayant jamais reconnu l'enfant. Concierge puis chapelière pour une maison de mode de la place Vendôme, elle l'élève seule avec son demi-frère aîné Maurice. À douze ans, Pierre est mis en pension à l'école Théophile-Roussel de Montesson, dont il sort avec le certificat d'études. Il épouse l'actrice Margareth Le Van, née en 1948, avec qui il a en juillet 1965 un fils, Balthazar Clémenti, devenu acteur. La mécène Marie-Laure de Noailles est la marraine de l'enfant et le manadier Jean Lafont son parrain.
Divorcé, Pierre Clémenti se remarie ensuite avec Nadine Hermand, dont il a un second fils, Valentin. Lié au mouvement contestataire des années 1960, il participe à mai 1968 aux côtés de Jean-Pierre Kalfon et Jean-Luc Godard, et tourne en parallèle Partner avec Bertolucci. Il fréquente le groupe Zanzibar mené par Philippe Garrel et compte parmi ses amis Bulle Ogier, Tina Aumont et Bernadette Lafont. Dans les années 1990, il se rapproche de l'écrivain Marc-Édouard Nabe, rencontré à la Closerie des Lilas grâce au médecin Gérard Tallet. Il vit longtemps en chambre de bonne et redistribue régulièrement ses cachets.
Pierre Clémenti meurt le 27 décembre 1999 à l'âge de 57 ans à l'hôpital Cochin, dans le 14e arrondissement de Paris, des suites d'un cancer du foie. Sa famille a évoqué une longue dépendance à l'alcool dans les dernières années de sa vie. Le décès est annoncé le jour même par son fils. Les obsèques se tiennent à l'église Notre-Dame-des-Champs à Paris en présence de ses fils Balthazar et Valentin et de nombreux comédiens dont Bulle Ogier et Bernadette Lafont. Sept saxophonistes y tiennent une longue note à l'unisson. La Cinémathèque française et le quotidien L'Humanité, sous la plume de Jean-Pierre Léonardini, lui rendent hommage en saluant l'acteur du cinéma d'auteur des années 1960 et 1970.
La sépulture de Pierre Clémenti se trouve au cimetière du village de Soucy, dans l'Yonne. Une rétrospective lui est consacrée en 2019 par la Cinémathèque française et le cinéma Reflet Médicis, dans le cadre du festival Toute la mémoire du monde, vingt ans après sa disparition.
1 - Renvoyé à seize ans de son emploi de télégraphiste aux Postes et Télécommunications, puis de chasseur à l'Hôtel Américain de la rue Littré, Pierre Clémenti perd ces deux postes au même motif officiel : ses cheveux jugés trop longs par l'administration et la direction.
2 - Lors du casting du Guépard, Luchino Visconti reproche à Alain Delon de lui avoir amené « un loubard et pas un prince ». Pierre Clémenti tend alors ses mains au cinéaste italien et lui rétorque : « et ça, c'est pas des mains de prince ? » Visconti l'engage.
3 - Entre Le Lit de la Vierge et La Cicatrice intérieure, vers 1970, Pierre Clémenti subit neuf séances d'électrochocs au cours d'une dépression nerveuse, fait rapporté par la Cinémathèque française à partir des témoignages familiaux.
4 - Bernardo Bertolucci interrompt le tournage de Partner à Rome en mai 1968 pour permettre à son acteur de rentrer à Paris filmer les barricades du Quartier latin, images réutilisées dans La Révolution n'est qu'un début.
5 - En 1972, alors qu'il est encore détenu à Rome, Pierre Clémenti reçoit le Prix d'interprétation des Étoiles de cristal de l'Académie du cinéma pour l'ensemble de ses créations, conjointement avec son amie Bulle Ogier.
- Métier(s) : acteur, réalisateur, écrivain
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : Margareth Le Van puis Nadine Hermand
- Enfants : Balthazar (1965) et Valentin
- Distinctions : Prix d'interprétation des Étoiles de cristal de l'Académie du cinéma 1972
« La prison ne doit être ni un lieu de condamnation et de répression, mais d'abord un lieu de création. »
— Quelques messages personnels, Gallimard, 1973
« Que je sois coupable ou innocent, ça n'a aucune importance pour le pouvoir, car pour le pouvoir, tout homme est coupable. »
— Déclaration à la sortie de prison, citée dans Quelques messages personnels, Gallimard, 1973
« Moi, je veux pouvoir marcher dans la rue et qu'on me foute la paix. Pour évoluer, un acteur doit vivre dans la rue, près des gens. »
— Quelques messages personnels, Gallimard, 1973
« La prison ne doit être ni un lieu de condamnation et de répression, mais d'abord un lieu de création. »
— Quelques messages personnels, Gallimard, 1973
« Que je sois coupable ou innocent, ça n'a aucune importance pour le pouvoir, car pour le pouvoir, tout homme est coupable. »
— Déclaration à la sortie de prison, citée dans Quelques messages personnels, Gallimard, 1973
« Moi, je veux pouvoir marcher dans la rue et qu'on me foute la paix. Pour évoluer, un acteur doit vivre dans la rue, près des gens. »
— Quelques messages personnels, Gallimard, 1973