Sœur Emmanuelle, née Madeleine Cinquin le 16 novembre 1908 à Bruxelles, est une religieuse, enseignante et écrivaine franco-belge décédée le 20 octobre 2008 à Callian. Surnommée la « petite sœur des chiffonniers », elle a consacré vingt-deux ans à aider les plus pauvres dans les bidonvilles du Caire.
Née le 16 novembre 1908 à Bruxelles de Jules Cinquin, industriel de la lingerie originaire de Calais, et de Berthe Lenssens, issue d'une famille bourgeoise bruxelloise, Madeleine Cinquin grandit dans une famille aisée de trois enfants, partageant ses premières années entre Paris, Londres et Bruxelles. En septembre 1914, à six ans, elle est témoin de la noyade accidentelle de son père à Ostende. Elle déclare elle-même que sa vocation religieuse naît ce jour-là. Après des études de sciences philosophiques et religieuses, elle entre comme postulante à la congrégation de Notre-Dame de Sion le 25 novembre 1929. Elle prononce ses vœux le 10 mai 1931 et adopte le nom d'Emmanuelle, qui signifie « Dieu avec nous » en hébreu. Sa carrière d'enseignante débute à Istanbul, au Lycée Notre-Dame de Sion, où elle contracte la fièvre typhoïde. Elle en guérit grâce aux dons de sang de ses consœurs, puis donne une conférence sur Soliman le Magnifique qui impressionne la directrice de l'établissement, Mère Elvira.
De 1954 à 1959, elle est affectée en Tunisie, où un contexte de décolonisation difficile et un sentiment d'inadéquation la plongent dans la dépression. Après l'obtention de sa licence ès lettres à la Sorbonne, elle est brièvement renvoyée à Istanbul, puis envoyée au collège de Sion à Alexandrie de 1964 à 1971. C'est en Égypte qu'elle trouve sa véritable mission : à soixante-deux ans, avec l'autorisation de sa congrégation, elle s'installe à Ezbet-El-Nakhl, l'un des bidonvilles les plus pauvres du Caire, au sein de la communauté copte chrétienne des zabbalines. En 1976, elle rencontre Sœur Sarah (Sarah Ayoub Ghattas), religieuse copte-orthodoxe, qui devient sa collaboratrice principale à Mokattam. En 1977, elle publie son premier récit, Chiffonnière avec les chiffonniers. En 1978, elle part aux États-Unis avec Sœur Sarah afin de récolter des fonds, ce qui permet en 1980 l'inauguration du Centre Salam par Jehan Sadate, épouse du président Anouar el-Sadate. C'est son passage à l'émission La Marche du siècle de Jean-Marie Cavada en 1990 qui consacre sa notoriété nationale.
1908 : naissance à Bruxelles, le 16 novembre
1914 : mort accidentelle de son père Jules Cinquin par noyade à Ostende
1931 : prise de vœux dans la congrégation Notre-Dame de Sion (10 mai) ; adoption du nom de sœur Emmanuelle
1954 : mutation en Tunisie jusqu'en 1959 ; période marquée par une dépression
1964 : affectation au collège de Sion à Alexandrie (Égypte) jusqu'en 1971
1971 : installation dans le bidonville d'Ezbet-El-Nakhl au Caire, à soixante-deux ans
1977 : publication de Chiffonnière avec les chiffonniers, premier récit
1980 : inauguration du Centre Salam ; fondation des Amis de Sœur Emmanuelle en Belgique
1985 : création d'ASMAE - Association Sœur Emmanuelle en France
1990 : passage à La Marche du siècle de Jean-Marie Cavada ; début de la notoriété nationale
1991 : remise de la nationalité égyptienne par le président Hosni Moubarak
1993 : retour en France ; installation à la maison de repos de Notre-Dame de Sion à Callian (Var)
2002 : promotion au grade de commandeur de la Légion d'honneur par Jacques Chirac
2008 : élévation au grade de grand officier de la Légion d'honneur par Nicolas Sarkozy (31 janvier)
2008 : décès à Callian dans son sommeil (20 octobre)
Née de Jules Cinquin, industriel de la lingerie originaire de Calais, et de Berthe Lenssens, issue d'une famille bourgeoise bruxelloise, Madeleine Cinquin est la deuxième d'une fratrie de trois enfants. Ses origines comportent une ascendance juive alsacienne par sa grand-mère paternelle, Laure Mélanie Dreyfus. La famille partage son existence entre Paris, Londres et Bruxelles durant les années d'enfance. Entrée en religion en 1931, sœur Emmanuelle ne fonde pas de foyer. Elle co-rédige plusieurs ouvrages avec sa nièce Sofia Stril-Rever à partir des années 1990. Elle passe les quinze dernières années de sa vie à la maison de repos des religieuses de Notre-Dame de Sion à Callian, dans le Var.
Reconnue pour son franc-parler et son habitude de tutoyer sans distinction hommes politiques et journalistes, sœur Emmanuelle entretient des liens avec Geneviève de Gaulle-Anthonioz, avec qui elle contribue en 1995 à orienter la campagne présidentielle de Jacques Chirac sur le thème de la fracture sociale. Sa popularité lui vaut d'apparaître régulièrement en tête des sondages des personnalités préférées des Français. Elle est admise au comité d'honneur de Philanthropos, fondé en 2003 par le père Nicolas Buttet. Son association humanitaire Les Amis des Enfants, créée en 2004 pour le Soudan, compte parmi ses parrains les acteurs George Clooney et Monica Bellucci.
Sœur Emmanuelle décède dans son sommeil dans la nuit du 19 au 20 octobre 2008, à la maison de repos des religieuses de Notre-Dame de Sion à Callian (Var). La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille. Elle est inhumée le 22 octobre au cimetière de Callian, dans la plus stricte intimité, selon sa propre volonté. Une messe de requiem est célébrée le même jour à la cathédrale Notre-Dame de Paris en présence de Nicolas Sarkozy. Le lendemain, à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles, une messe commémorative réunit le roi Albert II des Belges, le prince Laurent et la princesse Claire. Bernard Kouchner salue publiquement son engagement humanitaire.
Sœur Emmanuelle repose au cimetière communal de Callian (Var), commune où elle vécut les quinze dernières années de sa vie. En 2018, la maire de Paris Anne Hidalgo inaugure l'allée Sœur-Emmanuelle dans le 6e arrondissement, boulevard Raspail, à proximité de la congrégation Notre-Dame de Sion. L'association ASMAE, active dans plusieurs pays, perpétue son action humanitaire.
1 - À Istanbul, sœur Emmanuelle contracte la fièvre typhoïde et est sauvée par des dons de sang de ses consœurs. En signe de gratitude, elle donne une conférence sur Soliman le Magnifique dont la qualité convainc la directrice Mère Elvira de la maintenir dans son établissement.
2 - En 1971, sœur Emmanuelle souhaitait s'occuper des lépreux du Caire, à l'instar du père Damien qu'elle vénérait. Elle renonce à ce projet car le lazaret se situe en zone militarisée, ce qui la conduit à s'installer à Ezbet-El-Nakhl.
3 - En 1994, lors du Bouillon de Culture de Bernard Pivot, sœur Emmanuelle choisit « yalla » comme mot préféré. Cette expression arabe signifiant « en avant » inspire en 2003 au chanteur Calogero un titre éponyme qu'il lui dédie lors de ses 95 ans.
4 - Les Confessions d'une religieuse (Flammarion, 2008), rédigées sur près de vingt ans, paraissent après sa mort selon sa volonté. Elle y aborde sa vie intérieure sans détour, y compris la lutte spirituelle menée depuis son entrée au noviciat en 1929.
5 - En 1995, aux côtés de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, sœur Emmanuelle contribue à orienter la campagne présidentielle de Jacques Chirac sur le thème de la fracture et de l'exclusion sociale, selon la biographe Frédérique Neau-Dufour.
- Métier(s) : religieuse (congrégation Notre-Dame de Sion), enseignante, écrivaine, humanitaire
- Résidence principale : Callian (Var, France) à partir de 1993
- Relations de couple : aucune (vie consacrée à la religion)
- Enfants : aucun
- Distinctions : grand officier de la Légion d'honneur (2008), commandeur de la Légion d'honneur (2002), officier de la Légion d'honneur (1996), Ordre national du Mérite (1980), médaille d'or de l'Académie de médecine (1995), grand officier de l'Ordre de la Couronne (Belgique, 2005), officier de l'Ordre de Léopold (Belgique, 1993), doctorat honoris causa de l'UCLouvain (1987), nationalité égyptienne (1991)
25 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
Yalla Emmanuelle, en avant, lève-toi, va rencontrer les autres, comme ton pape : le repos, c'est pour l'éternité.
— Émission Bouillon de Culture, animée par Bernard Pivot, 1994
À partir du moment où j'ai mis les pieds au noviciat, la tentation, restée toujours vivace, ne m'a plus jamais vaincue.
— Confessions d'une religieuse, Flammarion, octobre 2008
Tant que je peux marcher et être utile, je marche ; et le jour où je tomberai, quelqu'un d'autre prendra ma place et continuera le mouvement.
— Propos rapportés par la presse française à l'occasion de son décès, octobre 2008
La fierté, c'est la recherche de sa dignité personnelle. Ce n'est pas un défaut.
Comme le chêne est dans le gland planté en terre, l'homme est dans l'école, germe de personnalité.
L'amour, c'est ce complément d'être que je donne, mais tel que l'autre le désire, et non pas tel que je l'imagine.
La valeur ne dépend pas de la religion, mais de l'amour qui nous fait considérer l'autre comme un frère ou une soeur.
Le véritable amour, solide, durable, est celui qui cherche le bonheur des autres en même temps que son propre bonheur.
Chacun doit trouver où mener son combat pour qu'il y ait plus de joie dans le monde. Le monde est comme un miroir : si tu donnes la joie, tu en reçois.