Naissance
18 mars 1842
Décès
asphyxie
Nationalité
Astrologie

Biographie

Stéphane Mallarmé incarne la figure du poète absolu qui consacra sa vie à sculpter le langage. Professeur d'anglais contraint de gagner sa vie, il transforma l'échec apparent d'une carrière enseignante chaotique en laboratoire poétique, recevant chez lui les avant-gardes artistiques et littéraires lors de ses célèbres soirées. Son œuvre, d'une densité rare, visait à créer un livre total capable de saisir l'essence même du monde, au prix d'une hermétisme qui fascina autant qu'il dérouta.


Parcours

Né à Paris en 1842 dans une famille bourgeoise de juristes aux origines nobles, Étienne Mallarmé grandit entre la propriété des Boulainvilliers à Passy et les drames familiaux. La mort de sa mère Élisabeth Desmolins en 1847, suivie de celle de sa sœur Maria en 1857 alors qu'elle n'avait que treize ans, laisse des cicatrices profondes dans la sensibilité du jeune homme. Pensionnaire de divers établissements où il se révèle élève médiocre et taciturne, il compose ses premiers vers d'adolescence fortement marqués par Victor Hugo. En 1860, il entre comme surnuméraire à Sens, emploi qu'il abandonne rapidement pour partir à Londres avec Maria Gerhard, gouvernante allemande rencontrée à Sens, afin de se former pour devenir professeur d'anglais.

Réformé du service militaire, il épouse Maria en 1863 à l'Église évangélique allemande et obtient son certificat d'aptitude à l'enseignement. Nommé à Tournon, il se sent exilé dans cette province hostile mais compose des poèmes d'une élaboration croissante comme Les Fenêtres et L'Azur. Il entre en correspondance avec Henri Cazalis et Théodore Aubanel, tandis que naît sa fille Geneviève à Sens en 1864. Ses mutations successives le mènent à Besançon, Avignon puis Paris, où il se lie avec le milieu littéraire parisien, notamment José-Maria de Heredia, François Coppée et Catulle Mendès. L'année 1866 marque un tournant lors d'un séjour à Cannes chez Eugène Lefébure : il plonge dans une période de doute métaphysique qui paralyse sa création pendant plusieurs années. À Avignon, il entame une correspondance avec Émile Zola et rend plusieurs visites à Théodore Aubanel.

La publication de poèmes en prose débute en 1867 et il commence l'écriture d'Igitur en 1869, conte philosophique inachevé qui marque la sortie de sa crise créative. Nommé au lycée Fontanes à Paris en 1871, il s'installe rue de Moscou avec sa famille, enrichie en 1871 de son fils Anatole. Il rencontre le peintre Édouard Manet en 1873, dont il devient proche et défend les tableaux refusés au Salon, puis Paul Verlaine et Arthur Rimbaud. Dès 1874, il séjourne régulièrement à Valvins pour raisons de santé. L'Après-midi d'un faune paraît en 1876 illustré par Manet après plusieurs refus d'éditeurs et de théâtres. À partir de 1877, il institue les Mardis de la rue de Rome, réunions hebdomadaires qui deviennent le rendez-vous de l'avant-garde littéraire et artistique. La mort brutale d'Anatole le 8 octobre 1879, à huit ans, le plonge dans un deuil dont il ne se remettra jamais totalement.


Repères chronologiques

  • 1842 : Naissance à Paris dans le 3ᵉ arrondissement
  • 1847 : Mort de sa mère Élisabeth Desmolins
  • 1857 : Décès de sa sœur Maria à treize ans
  • 1863 : Mariage avec Maria Gerhard à Londres ; nomination comme professeur d'anglais à Tournon
  • 1864 : Naissance de sa fille Geneviève à Sens
  • 1866 : Début de sa crise existentielle à Cannes
  • 1871 : Naissance de son fils Anatole ; installation à Paris rue de Moscou
  • 1873 : Rencontre avec Édouard Manet
  • 1874 : Publication de traduction du Corbeau d'Edgar Allan Poe avec illustrations de Manet
  • 1876 : Parution de L'Après-midi d'un faune avec illustrations de Manet ; hommage poétique à Edgar Allan Poe
  • 1877 : Début des Mardis de la rue de Rome
  • 1879 : Mort de son fils Anatole le 8 octobre
  • 1884 : Paul Verlaine l'inscrit dans sa série des Poètes maudits
  • 1887 : Parution d'une édition de ses Poésies
  • 1892-1894 : Claude Debussy compose le Prélude à l'après-midi d'un faune d'après son poème
  • 1897 : Publication de Un coup de dés jamais n'abolira le hasard dans Cosmopolis
  • 1898 : Décès à Valvins le 9 septembre

Vie personnelle et engagements

La vie familiale de Stéphane Mallarmé fut ponctuée de joies fragiles et de deuils répétés. Orphelin de mère à cinq ans, il perdit sa sœur Maria à quinze ans, drame qui nourrit durablement sa poésie obsédée par l'absence. Son mariage avec Maria Gerhard en 1863 lui apporta une stabilité domestique malgré des difficultés financières chroniques. Le couple eut deux enfants : Geneviève, née en 1864, et Anatole, né en 1871. La mort brutale d'Anatole à huit ans en 1879 constitua la blessure la plus profonde de son existence, le plongeant dans un deuil déchirant dont témoignent les notes fragmentaires retrouvées après sa mort. De santé fragile, il effectuait de fréquents séjours à Valvins dès 1874, où il louait une maison de campagne qui devint son refuge et son lieu d'écriture privilégié. Malgré les chahuts de ses élèves et son sentiment d'exil provincial, il menait une vie familiale paisible, cultivant une élégance discrète et une courtoisie qui impressionnaient ses visiteurs.

Les Mardis de la rue de Rome, institués dès 1877, transformèrent son appartement parisien en laboratoire de la modernité poétique. Il y recevait Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Paul Valéry, André Gide, Oscar Wilde ou Stefan George dans une atmosphère de fraternité intellectuelle. Son amitié avec Édouard Manet fut déterminante : le peintre illustra L'Après-midi d'un faune et son Corbeau, et Mallarmé défendit publiquement ses toiles refusées au Salon de 1874. Fasciné par Richard Wagner dont il admirait l'ambition d'œuvre d'art total, il entretenait une passion pour la musique qui se reflète dans ses recherches sur l'harmonie verbale. Grand admirateur d'Edgar Allan Poe, il traduisit Le Corbeau en 1875 et plusieurs autres poèmes en 1888, contribuant à diffuser l'œuvre du poète américain en France. Bien qu'éloigné des engagements politiques directs, il se réjouit de l'instauration de la République en 1870 et défendit une conception exigeante de l'art comme seul capable de transfigurer le réel.


Contexte du décès

Stéphane Mallarmé meurt le 9 septembre 1898 à Valvins, dans sa maison de campagne, à l'âge de cinquante-six ans. Il succombe à un spasme laryngé, crise d'asphyxie brutale qui l'emporte en quelques heures alors qu'il était en train de ranger ses papiers. La veille encore, il se promenait en compagnie de sa fille Geneviève et de son gendre, le médecin Edmond Bonniot. Ses obsèques se déroulent à Samoreau, commune voisine de Valvins, en présence de nombreux écrivains et artistes venus rendre hommage à celui qu'ils considéraient comme le maître de la poésie moderne. Paul Valéry, profondément marqué, prononce un discours à sa mémoire. Le corps est inhumé au cimetière de Samoreau, où sa tombe devient rapidement un lieu de pèlerinage littéraire. Après sa mort, sa famille découvre les fragments déchirants de notes sur la mort de son fils Anatole, textes qui ne seront publiés qu'au vingtième siècle.


Lieux de référence

Stéphane Mallarmé repose au cimetière de Samoreau, commune de Seine-et-Marne proche de Valvins, où il avait élu résidence secondaire dès 1874. Cette maison de campagne au bord de la Seine devint son refuge créatif, lieu où il écrivait et recevait ses amis artistes loin de l'agitation parisienne. Sa tombe, simple dalle inscrite de son nom, attire les pèlerins littéraires depuis plus d'un siècle. À Paris, il vécut au 29 rue de Moscou dans le 8ᵉ arrondissement à partir de 1871, appartement où se tinrent les célèbres Mardis qui réunirent l'élite intellectuelle et artistique de la fin du siècle. Une plaque commémorative rappelle qu'il séjourna également à Londres en 1863 pour apprendre l'anglais. La propriété des Boulainvilliers à Passy, aujourd'hui dans le 16ᵉ arrondissement, abrita son enfance entre 1844 et la mort de sa mère. Tournon, Besançon et Avignon conservent le souvenir de ses années d'enseignement provincial, période d'exil fécond où il composa ses premiers chefs-d'œuvre.


Anecdotes

  • Enfant, Mallarmé s'inventa le titre de comte de Boulainvilliers pour se défendre des moqueries de ses camarades d'une pension aristocratique d'Auteuil qui le raillaient sur ses origines roturières.
  • Il fut le professeur d'anglais de Paul Claudel au lycée Condorcet, mais l'adolescent se plaignit de son enseignement confus et de son accent déplorable.
  • Ses élèves le chahutaient régulièrement, certains rapportant qu'il semblait ailleurs pendant ses cours, perdu dans ses réflexions poétiques au point d'en oublier la leçon.
  • Il publia La Dernière Mode, revue de mode dont il fut l'unique rédacteur sous divers pseudonymes, la plupart féminins, rédigeant aussi bien les chroniques de chapeaux que les conseils de décoration.
  • Claude Debussy composa entre 1892 et 1894 son célèbre Prélude à l'après-midi d'un faune d'après le poème de Mallarmé, faisant de ce texte hermétique l'une des inspirations majeures de l'impressionnisme musical.
  • Il écrivait debout à un secrétaire, fumant des cigarettes en permanence, cherchant le mot juste pendant des heures avant de tracer une ligne définitive sur le papier.

Points clés

  • Métier : Professeur d'anglais, poète, traducteur
  • Résidence principale : Paris, rue de Moscou (1871-1898) ; Valvins (Seine-et-Marne) dès 1874
  • Relations de couple : Marié à Maria Gerhard en 1863
  • Enfants : Geneviève (née en 1864), Anatole (1871-1879)
  • Distinctions : Reconnu comme maître par les symbolistes ; inscrit dans Les Poètes maudits de Paul Verlaine (1884)
```

Postérité

80 voies portent son nom en France.

Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.

Voir le top des écrivains avec le plus de voies à leur nom

Publicité
Explorer

Autres écrivains nés dans les années 1840

Citations

Vaincre le hasard mot pour mot.
Peindre non la chose mais son effet.
Un coup de dés jamais n'abolira le hasard.
Tout écrivain complet aboutit à un humoriste !
Ecrire, c'est déjà mettre du noir sur du blanc.
Le monde est fait pour aboutir à un beau livre.
Toute âme est une mélodie qu'il s'agit de renouer.
La chair est triste hélas, et j'ai lu tous les livres.
Mal inspiré celui qui se crierait son propre contemporain.
Les chats sont des êtres faits pour emmagasiner la caresse.
Un poème est un mystère dont le lecteur doit chercher la clef.
Un grand écrivain se remarque au nombre de pages qu'il ne publie pas.
Ce n'est pas avec des idées qu'on fait des vers, c'est avec des mots.
Poésie : un aboli bibelot d'inanité sonoreHésitation prolongée entre le son et le sens.
Oh ! Pour faire, Seigneur, un seul de tes sourires, Combien faut-il donc de nos pleurs ?
Poésie : un aboli bibelot d'inanité sonore
Hésitation prolongée entre le son et le sens.
Cette foule hagarde ! Elle annonce : Nous sommes la triste opacité de nos spectres futurs.
Triste fleur qui croît seule et n'a pas d'autre émoi
Que son ombre dans l'eau vue avec atonie.
Sait-on ce que c'est qu'écrire ? Une ancienne et très vague mais jalouse pratique dont gît le sens au mystère du coeur.
Dire au peintre qu'il faut prendre la nature comme elle est, vaut de dire au virtuose qu'il peut s'asseoir sur le piano.
Oui, je le sais, nous ne sommes que de vaines formes de la matière, mais bien sublimes pour avoir inventé Dieu et notre âme.
Nommer un objet, c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème qui est faite du bonheur de deviner peu à peu ; le suggérer, voilà le rêve.
Un livre, dans notre main, s'il énonce quelque idée auguste, supplée à tous les théâtres, non par l'oubli qu'il en cause mais les rappelant impérieusement au contraire.
Vaincre le hasard mot pour mot.
Peindre non la chose mais son effet.
Un coup de dés jamais n'abolira le hasard.
Tout écrivain complet aboutit à un humoriste !
Ecrire, c'est déjà mettre du noir sur du blanc.
Le monde est fait pour aboutir à un beau livre.
Toute âme est une mélodie qu'il s'agit de renouer.
La chair est triste hélas, et j'ai lu tous les livres.
Mal inspiré celui qui se crierait son propre contemporain.
Les chats sont des êtres faits pour emmagasiner la caresse.
Un poème est un mystère dont le lecteur doit chercher la clef.
Un grand écrivain se remarque au nombre de pages qu'il ne publie pas.
Ce n'est pas avec des idées qu'on fait des vers, c'est avec des mots.
Poésie : un aboli bibelot d'inanité sonoreHésitation prolongée entre le son et le sens.
Oh ! Pour faire, Seigneur, un seul de tes sourires, Combien faut-il donc de nos pleurs ?
Poésie : un aboli bibelot d'inanité sonore
Hésitation prolongée entre le son et le sens.
Cette foule hagarde ! Elle annonce : Nous sommes la triste opacité de nos spectres futurs.
Triste fleur qui croît seule et n'a pas d'autre émoi
Que son ombre dans l'eau vue avec atonie.
Sait-on ce que c'est qu'écrire ? Une ancienne et très vague mais jalouse pratique dont gît le sens au mystère du coeur.
Dire au peintre qu'il faut prendre la nature comme elle est, vaut de dire au virtuose qu'il peut s'asseoir sur le piano.
Oui, je le sais, nous ne sommes que de vaines formes de la matière, mais bien sublimes pour avoir inventé Dieu et notre âme.
Nommer un objet, c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème qui est faite du bonheur de deviner peu à peu ; le suggérer, voilà le rêve.
Un livre, dans notre main, s'il énonce quelque idée auguste, supplée à tous les théâtres, non par l'oubli qu'il en cause mais les rappelant impérieusement au contraire.

Questions autour de Stéphane Mallarmé

Qui est né le même jour que Stéphane Mallarmé ?
Lily Collins, Arnaud Lagardère, Nikolaï Rimski-Korsakov, Alice Belaïdi et Susie Morgenstern sont nés le 18 mars comme Stéphane Mallarmé.
À quel âge est mort Stéphane Mallarmé ?
Stéphane Mallarmé est mort à 56 ans, le 9 septembre 1898.
Qui est mort le même jour que Stéphane Mallarmé ?
Mao Zedong, Jack Warner, Ronald Bell, Jules Grévy et Burgess Meredith sont morts le 9 septembre comme Stéphane Mallarmé.
Quels écrivains sont nés à Paris comme Stéphane Mallarmé ?
Quels écrivains français sont du signe Poissons comme Stéphane Mallarmé ?
Lien copié dans le presse-papier !