Thomas Sankara, capitaine de l'armée et chef d'État burkinabè, dirige la Haute-Volta, qu'il rebaptise Burkina Faso en 1984, de 1983 jusqu'à son assassinat le 15 octobre 1987 lors d'un coup d'État mené par Blaise Compaoré.
Troisième d'une fratrie de dix enfants, Thomas Isidore Noël Sankara naît le 21 décembre 1949 à Yako, en Haute-Volta française. Son père, Joseph Sankara, gendarme, et sa mère, Marguerite Kinda, catholiques, espèrent le voir devenir prêtre ; il choisit la voie militaire. Après l'école primaire à Bobo-Dioulasso, il poursuit ses études au lycée Ouezzin-Coulibaly avant d'intégrer, entre 1970 et 1973, l'académie militaire d'Antsirabe, à Madagascar, où il découvre les théories révolutionnaires marxistes. Il complète sa formation en France, où il suit un stage de parachutiste, puis au Maroc, où il rencontre le capitaine Blaise Compaoré, avec qui il noue une amitié durable. De retour en Haute-Volta, il prend en 1976 le commandement du Centre national d'entraînement commando de Pô ; passionné de guitare, il y fonde avec ses hommes le groupe Pô Missiles. Sa proximité avec les soldats et son engagement de terrain nourrissent sa popularité croissante au sein de l'armée.
En 1981, Thomas Sankara devient secrétaire d'État à l'Information sous le colonel Saye Zerbo, poste qu'il quitte par conviction quelques mois plus tard. Nommé Premier ministre en janvier 1983 par le président Jean-Baptiste Ouédraogo, il est démis puis arrêté en mai de la même année, suscitant des manifestations populaires. Le 4 août 1983, Blaise Compaoré le libère à la tête d'un commando et renverse le régime, formant le Conseil national de la révolution dont Sankara prend la présidence à 33 ans. Il engage une politique de rupture : réforme agraire, suspension de l'impôt de capitation en zone rurale, campagnes de vaccination contre la méningite, la fièvre jaune et la rougeole, et vaste campagne d'alphabétisation. Le pays est rebaptisé Burkina Faso le 4 août 1984. Le 4 octobre de la même année, il porte la parole du Conseil national de la révolution devant l'Assemblée générale des Nations unies, à New York.
En juin 1984, sept militaires jugés coupables d'avoir fomenté une tentative de coup d'État le 28 mai sont condamnés à mort par un tribunal militaire et exécutés, tandis que quatre autres accusés sont condamnés à vingt ans de prison. Le régime du Conseil national de la révolution exerce également une répression contre les syndicats, notamment l'Organisation nationale des syndicats libres et la Confédération syndicale voltaïque, dont plusieurs militants sont arrêtés pour avoir refusé de se rallier aux Comités de défense de la révolution. Cette ligne dure, documentée par la presse internationale de l'époque, contraste avec l'image réformatrice généralement associée au régime.
1949 : Naissance à Yako, en Haute-Volta française, le 21 décembre.
1970 : Entrée à l'académie militaire d'Antsirabe, à Madagascar.
1976 : Prise de commandement du Centre national d'entraînement commando de Pô.
1981 : Nomination comme secrétaire d'État à l'Information, puis démission.
1983 : Premier ministre en janvier, arrêté en mai, puis porté à la présidence le 4 août à la faveur d'un coup d'État mené avec Blaise Compaoré.
1984 : Renommage du pays en Burkina Faso le 4 août ; discours devant l'Assemblée générale des Nations unies le 4 octobre.
1985 : Conflit frontalier avec le Mali, dit « guerre de Noël ».
1987 : Discours sur la dette africaine au sommet de l'Organisation de l'unité africaine à Addis-Abeba, le 29 juillet.
1987 : Assassinat à Ouagadougou le 15 octobre lors d'un coup d'État mené par Blaise Compaoré.
1997 : Dépôt de plainte de Mariam Sankara pour l'assassinat de son mari.
2015 : Exhumation des restes de Thomas Sankara et de ses douze compagnons.
2021 : Ouverture du procès militaire à Ouagadougou le 11 octobre.
2022 : Condamnation à la prison à vie de Blaise Compaoré, Hyacinthe Kafando et Gilbert Diendéré, le 6 avril.
2025 : Inauguration du Mausolée Thomas-Sankara à Ouagadougou le 17 mai.
Fils du gendarme Joseph Sankara et de Marguerite Kinda, Thomas Sankara grandit dans une famille catholique de dix enfants et fréquente le lycée Ouezzin-Coulibaly avant de rejoindre l'armée plutôt que le séminaire auquel ses parents le destinaient. Il épouse Mariam Sankara, née Sereme en 1954, avec qui il a deux fils : Philippe, né le 10 août 1980, et Auguste, né le 21 septembre 1982. Après l'assassinat de son mari, Mariam Sankara part en exil en France avec leurs enfants et dépose en 1997 une plainte contre X pour faire reconnaître la responsabilité de Blaise Compaoré dans sa mort.
Thomas Sankara entretient des liens étroits avec plusieurs dirigeants africains, notamment le Ghanéen Jerry Rawlings, qu'il considère comme un frère d'armes, ainsi qu'avec Fidel Castro et Mouammar Kadhafi, dont les régimes soutiennent sa révolution. Guitariste amateur, il a fondé dans sa jeunesse le groupe Pô Missiles et continue de jouer en privé durant sa présidence. Il impose à son gouvernement une sobriété affichée : il troque les berlines officielles pour une Renault 5 et plafonne son propre salaire. Il milite pour l'émancipation des femmes, qu'il fait entrer en nombre dans son gouvernement, et lance de vastes campagnes de reboisement contre la désertification.
Thomas Sankara est tué par balles le 15 octobre 1987 au Conseil de l'Entente, à Ouagadougou, où un commando mené par Hyacinthe Kafando fait irruption lors d'une réunion gouvernementale ; sa mort est alors officiellement présentée comme naturelle. Il est inhumé à la hâte au cimetière de Dagnoën. En 2022, un tribunal militaire reconnaît Blaise Compaoré, Hyacinthe Kafando et Gilbert Diendéré coupables de complicité ou d'assassinat et les condamne à la prison à vie. Sa veuve, Mariam Sankara, et son avocat Me Prospère Farama saluent ce verdict comme un jour de justice après trente-cinq ans de procédure. En 2025, ses restes sont transférés dans un mausolée érigé sur le lieu même de son assassinat.
Depuis le 17 mai 2025, Thomas Sankara repose au Mausolée Thomas-Sankara, construit au Conseil de l'Entente de Ouagadougou, aux côtés de ses douze compagnons assassinés avec lui. Un cérémonial d'hommage militaire s'y tient chaque premier jeudi du mois à 15h15, heure symbolique de son assassinat. Un vaste mémorial, comprenant une tour de 87 mètres, doit encore y être édifié, avec un début des travaux annoncé pour janvier 2027.
1 - Capitaine-président, Thomas Sankara plafonne son propre salaire mensuel à 450 dollars et limite ses biens personnels à une voiture, quatre bicyclettes, trois guitares et un réfrigérateur, inventaire qu'il rend public pour donner l'exemple à son gouvernement.
2 - Pour ses déplacements officiels à travers le pays, il remplace le parc automobile de luxe hérité de ses prédécesseurs par des Renault 5, alors la voiture la moins chère vendue dans le pays à l'époque.
3 - Avant de devenir chef de l'État, il fonde à Pô un groupe de rock nommé Pô Missiles avec des soldats sous son commandement, et continue à jouer de la guitare en privé une fois à la présidence.
4 - En mai 2015, les restes de Thomas Sankara sont exhumés dans le cadre de l'enquête judiciaire rouverte après la chute de Blaise Compaoré, les autorités ayant jusque-là délivré de faux certificats évoquant une mort naturelle.
- Métier(s) : Officier de l'armée, homme d'État, chef du Conseil national de la révolution
- Résidence principale : Ouagadougou (Burkina Faso), durant sa présidence
- Relations de couple : Marié à Mariam Sankara (née Sereme)
- Enfants : Philippe (né en 1980) et Auguste (né en 1982)
- Distinctions : Aucune distinction officielle répertoriée dans les sources consultées
On peut tuer des hommes, on ne tue pas des idées.
— Déclaration publique, octobre 1987 (traduit de l'anglais, citée par Reuters, 17 octobre 2007)
La dette ne peut pas être remboursée parce que, d'abord, si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas.
— Discours sur la dette africaine, sommet de l'Organisation de l'unité africaine, Addis-Abeba, 29 juillet 1987
Je viens vous apporter le salut fraternel d'un pays de 274 000 kilomètres carrés, où sept millions d'enfants, de femmes et d'hommes refusent désormais de mourir d'ignorance, de faim et de soif.
— Discours devant l'Assemblée générale des Nations unies, New York, 4 octobre 1984