Suzanne Flon, actrice française née le 28 janvier 1918 au Kremlin-Bicêtre et morte le 15 juin 2005 à Paris, a construit en plus de soixante ans une carrière de théâtre et de cinéma marquée par la Coupe Volpi à Venise en 1961, deux César et deux Molières, après avoir été secrétaire d'Édith Piaf.
Fille d'Henry Flon, conducteur de tramway sur la ligne de la Bastille, et d'Augustine Mathieu, ménagère, Suzanne Flon grandit à Fontenay-sous-Bois dans un milieu modeste. Polyglotte autodidacte maîtrisant l'anglais et l'italien, elle commence sa vie professionnelle comme interprète aux grands magasins Au Printemps à Paris, où elle croise Édith Piaf. La chanteuse l'engage comme secrétaire pendant quelques mois, avant que l'imprésario Daniel Marouani, ami de Piaf, ne la propulse sur les scènes de music-hall de L'ABC et de Bobino. Remarquée par le metteur en scène Raymond Rouleau, elle monte sur les planches en 1943 dans Le Survivant, sous le pseudonyme d'Anne Lancel, puis l'année suivante dans Antigone de Jean Anouilh au Théâtre de l'Atelier. Elle fait ses débuts au cinéma en 1947 dans Capitaine Blomet d'Andrée Feix. Sa notoriété théâtrale s'affirme avec L'Alouette d'Anouilh, où elle incarne Jeanne d'Arc en 1953, et La Petite Hutte d'André Roussin. Elle travaille avec les metteurs en scène André Barsacq et Jean Vilar, et s'impose au fil des années dans des répertoires allant de Shakespeare à Tchekhov en passant par Pirandello et Marguerite Duras.
À partir des années 1950, Suzanne Flon développe une carrière internationale au cinéma tout en restant attachée aux planches. Elle tourne sous la direction de John Huston dans Moulin Rouge (1952), puis pour Orson Welles dans Dossier secret (1955) et Le Procès (1962). Claude Autant-Lara lui offre en 1961 le rôle de Mme Cordier dans Tu ne tueras point, performance pour laquelle elle reçoit la Coupe Volpi de la meilleure actrice à la Mostra de Venise. Elle partage l'affiche avec Jean Gabin dans Un singe en hiver d'Henri Verneuil (1962), puis tourne pour Joseph Losey dans Monsieur Klein (1976) et pour James Ivory dans Quartet (1981). Jean Becker devient l'un de ses collaborateurs les plus réguliers à partir des années 1980 : elle obtient le César du meilleur second rôle féminin pour L'Été meurtrier (1984), puis de nouveau pour La Vouivre de Georges Wilson (1990). À 81 ans, elle joue encore dans L'Amante anglaise de Marguerite Duras au Théâtre de l'Oeuvre, et tourne son dernier film, Fauteuils d'orchestre de Danièle Thompson, quelques semaines avant sa mort.
1918 : naissance le 28 janvier au Kremlin-Bicêtre (Seine).
1943 : débuts sur les planches dans Le Survivant de Raymond Rouleau, sous le nom d'Anne Lancel.
1944 : joue Ismène dans Antigone de Jean Anouilh au Théâtre de l'Atelier.
1947 : débuts au cinéma dans Capitaine Blomet d'Andrée Feix.
1952 : rôle dans Moulin Rouge de John Huston.
1953 : triomphe dans L'Alouette de Jean Anouilh, dans le rôle de Jeanne d'Arc.
1955 : tourne pour Orson Welles dans Dossier secret (Mr. Arkadin).
1961 : Coupe Volpi de la meilleure actrice à la Mostra de Venise pour Tu ne tueras point de Claude Autant-Lara.
1962 : joue dans Un singe en hiver d'Henri Verneuil et Le Procès d'Orson Welles.
1976 : tourne Monsieur Klein de Joseph Losey.
1984 : César du meilleur second rôle féminin pour L'Été meurtrier de Jean Becker.
1987 : Molière de la meilleure comédienne pour Léopold le bien-aimé de Jean Sarment.
1990 : César du meilleur second rôle féminin pour La Vouivre de Georges Wilson.
1995 : Molière de la meilleure comédienne pour La Chambre d'amis de Loleh Bellon.
1999 : joue dans L'Amante anglaise de Marguerite Duras, à 81 ans, au Théâtre de l'Oeuvre.
2002 : reçoit le Brigadier d'honneur pour l'ensemble de sa carrière.
2005 : décès le 15 juin à Paris, à l'âge de 87 ans, des suites d'une gastro-entérite.
Née de Henry Flon et d'Augustine Mathieu, Suzanne Flon a grandi dans une famille ouvrière à Fontenay-sous-Bois, avant de s'installer à Paris pour y débuter sa carrière. Issue d'un milieu modeste, elle avait d'abord envisagé de devenir institutrice, vocation que lui avait inspirée une professeure qui lui avait enseigné la déclamation des vers. Sa pratique de l'anglais et de l'italien lui ouvre les portes des grands magasins du Printemps, puis de l'entourage d'Édith Piaf. Suzanne Flon n'a jamais contracté de mariage. La liaison la plus documentée de sa vie privée est celle qu'elle entretint avec le cinéaste américain John Huston, avec qui elle travailla sur Moulin Rouge (1952) et dont la Wikipedia anglophone qualifie la relation de grande histoire sentimentale de sa vie.
Suzanne Flon est restée toute sa carrière attachée à un répertoire littéraire exigeant, portant des textes de Marguerite Duras, Loleh Bellon ou Jean-Claude Brisville autant que des classiques. Connue pour sa discrétion et son refus des mondanités, elle n'a jamais quitté sa passion du théâtre, y retournant jusqu'à ses derniers mois : à 87 ans, elle devait interpréter Savannah Bay de Duras avec Isabelle Carré au Théâtre de l'Atelier à l'automne 2005, projet interrompu par sa mort. Elle avait exprimé un regret de ne jamais avoir joué Racine, dont une représentation d'Andromaque à la Comédie-Française, vue à l'âge de 14 ans, avait déclenché sa vocation.
Suzanne Flon décède le 15 juin 2005 à Paris, à l'âge de 87 ans, des suites d'une gastro-entérite. Elle venait d'achever le tournage de Fauteuils d'orchestre de Danièle Thompson, dans lequel elle incarne la grand-mère du personnage joué par Cécile de France. Le film lui est dédié, avec une mention portée avant le générique de fin. Elle est incinérée au crématorium-columbarium du cimetière du Père-Lachaise à Paris. La presse française souligne au moment de son décès l'exceptionnelle longévité d'une carrière ininterrompue de plus de soixante ans, depuis les scènes de music-hall de l'Occupation jusqu'aux dernières représentations de Marguerite Duras.
Les cendres de Suzanne Flon reposent au crématorium-columbarium du cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Aucun mémorial public spécifique ne lui a été dédié à ce jour, mais le film Fauteuils d'orchestre (sorti en 2006 sous le titre Avenue Montaigne à l'international) porte en tête de générique un hommage officiel à sa mémoire.
1 - Bilingue anglais-italien avant même d'avoir envisagé une carrière artistique, Suzanne Flon a commencé sa vie professionnelle comme interprète pour les clients étrangers des grands magasins Au Printemps, à Paris, dans les années 1930.
2 - C'est un concours de theatre suivi de cours que lui permit d'intégrer l'entourage de l'imprésario Daniel Marouani, ami d'Édith Piaf, qui la fit débuter comme présentatrice de revues à l'ABC et à Bobino avant qu'elle n'obtienne son premier vrai rôle dramatique.
3 - Patrick Leigh Fermor, l'écrivain britannique qui rencontra Suzanne Flon pendant le tournage de Les Racines du ciel de John Huston, la décrivit dans ses écrits comme "charmante, sans ostentation, drôle et discrète" (traduit de l'anglais).
4 - Dans L'Été meurtrier (1983), Isabelle Adjani avait surnommé le personnage incarné par Suzanne Flon "la sono cassée", expression qui circula dans les coulisses du tournage et fut rapportée dans la presse spécialisée de l'époque.
5 - À 81 ans, elle assurait encore des représentations de L'Amante anglaise de Marguerite Duras au Théâtre de l'Oeuvre, à partir du 31 août 1999, et avait accepté le rôle de Savannah Bay pour l'automne 2005, neuf semaines avant son décès.
6 - Suzanne Flon avait confié regretter de ne jamais avoir joué Racine : c'est précisément une représentation d'Andromaque à la Comédie-Française, vue à l'âge de 14 ans, qui avait décidé de sa vocation d'actrice.
- Métier(s) : actrice de théâtre, de cinéma et de télévision
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : liaison avec John Huston (cinéaste américain) ; jamais mariée
- Enfants : aucun documenté
- Distinctions : Coupe Volpi de la meilleure actrice (Venise, 1961) ; César du meilleur second rôle féminin (1984, 1990) ; Molière de la meilleure comédienne (1987, 1995) ; Brigadier d'honneur (2002)
Il faut demander à quelqu'un d'autre. Il faut demander mes qualités et mes défauts à mon entourage. Il n'y a pas de comédienne modeste. Quand on monte sur scène, c'est qu'on pense qu'on mérite d'être regardée.
— Interview France 2, 25 août 1999 (propos recueillis par Claude Sérillon)