Yvon Gattaz, né le 17 juin 1925 à Bourgoin-Jallieu (Isère) et décédé le 12 décembre 2024 à Neuilly-sur-Seine, est un chef d'entreprise français, cofondateur du groupe Radiall et ancien président du Conseil national du patronat français (CNPF), reconnu pour avoir fait des petites et moyennes entreprises le coeur de son combat public pendant plus de cinquante ans.
Fils d'instituteurs de l'Isère, Yvon Gattaz se distingue très tôt par ses aptitudes en mathématiques. Reçu meilleur bachelier de son département, il condense ses classes préparatoires en une seule année au lycée du Parc à Lyon avant d'intégrer l'École centrale de Paris, promotion 1948. Il débute sa carrière comme ingénieur aux Aciéries du Nord de 1948 à 1950, puis comme chef de division aux Automobiles Citroën jusqu'en 1954. Parallèlement à ce parcours salarié, il cofonde en 1952 avec son frère aîné Lucien Gattaz la société Radiall, implantée à ses débuts dans un garage de la rue Oberkampf à Paris, spécialisée dans la fabrication de connecteurs pour téléviseurs fonctionnant en système SECAM. La société se développe rapidement : dès 1954, elle produit plus de 100 000 connecteurs par mois, avant de s'installer à Rosny-sous-Bois en 1968. Yvon Gattaz en demeure PDG jusqu'en 1993, date à laquelle il prend la présidence du conseil de surveillance, poste qu'il occupe jusqu'à sa mort.
Membre du comité exécutif du CNPF à partir de 1975 et du Conseil économique et social de 1979 à 1989, Yvon Gattaz est sollicité en 1981 par Paul Huvelin, ancien président de l'organisation, pour se porter candidat à la présidence du CNPF au lendemain de la victoire de François Mitterrand. Élu en décembre 1981 pour cinq ans, il mène une "guerre des tranchées" avec le gouvernement socialiste sur les 39 heures, les nationalisations et la montée des cotisations sociales. Le 14 décembre 1982, il rassemble 28 000 chefs d'entreprise au parc des expositions de Villepinte, rassemblement qui modifie durablement les rapports entre le CNPF et le pouvoir exécutif. Il prône les ENCA ("emplois nouveaux à contraintes allégées"), revendication aboutissant en 1986 à la suppression de l'autorisation administrative de licenciement. Il devient président d'honneur du CNPF, rebaptisé par la suite MEDEF, en 1986. En 1973, il cofonde avec Michel Drancourt et Octave Gélinier la lettre socio-économique Les Quatre Vérités, publiée jusqu'en 1993. Élu à l'Académie des sciences morales et politiques en 1989 au premier tour et au premier essai, il reçoit l'épée d'académicien des mains d'Alain Peyrefitte, qui souligne qu'il est le premier créateur d'entreprise industrielle à entrer sous la Coupole depuis 1635. Il préside l'Académie en 1999 et en devient le doyen d'ancienneté en 2013. Auteur de treize essais publiés entre 1970 et 2018, il crée plusieurs associations patronales : ETHIC (1976), l'Association Jeunesse et Entreprises (1986) et l'ASMEP (1995), devenue METI en 2015.
1925 : naissance le 17 juin à Bourgoin-Jallieu (Isère)
1948 : diplôme de l'École centrale de Paris (promotion 1948) ; ingénieur aux Aciéries du Nord
1950 : chef de division aux Automobiles Citroën
1952 : cofondation de Radiall avec son frère Lucien Gattaz
1968 : Radiall s'installe à Rosny-sous-Bois
1970 : publication de Les Hommes en gris (Robert Laffont), premier essai sur la création d'entreprises nouvelles
1973 : cofondation de la lettre socio-économique Les Quatre Vérités avec Michel Drancourt et Octave Gélinier
1975 : membre du comité exécutif du CNPF ; fondation du mouvement ETHIC
1979 : membre du Conseil économique et social
1981 : élu président du CNPF en décembre
1982 : rassemblement de 28 000 chefs d'entreprise au parc des expositions de Villepinte (14 décembre)
1986 : fin de mandat au CNPF ; fondation de l'Association Jeunesse et Entreprises ; obtention de la suppression de l'autorisation administrative de licenciement
1989 : élection à l'Académie des sciences morales et politiques (Institut de France)
1993 : cesse d'être PDG de Radiall ; prend la présidence du conseil de surveillance
1995 : fondation de l'ASMEP (Association des moyennes entreprises patrimoniales)
1999 : présidence de l'Académie des sciences morales et politiques ; publication de Mitterrand et les patrons (Fayard, avec Philippe Simonnot)
2013 : doyen d'ancienneté de l'Académie des sciences morales et politiques
2024 : décès le 12 décembre à Neuilly-sur-Seine, à 99 ans
Yvon Gattaz est né dans une famille d'enseignants : son père Marceau Gattaz et sa mère Gabrielle Brotel-Sitras étaient tous deux instituteurs et s'étaient rencontrés à l'école de La Batie-Montgascon (Isère). Marceau Gattaz pratiquait la peinture en dehors de ses activités professionnelles. Yvon Gattaz a un frère aîné, Lucien Gattaz (1924-2003), avec lequel il fonde Radiall. Il épouse Geneviève Beurley (1924-2020) et a trois enfants : Roselyne, Pierre Gattaz et Vincent Gattaz. Pierre Gattaz reprend la présidence du MEDEF de 2013 à 2018 et préside le groupe Radiall. Yvon Gattaz réside à Toulon, d'après l'avis de décès publié par sa famille.
Engagé depuis les années 1970 dans la promotion de l'entrepreneuriat, Yvon Gattaz s'intéresse particulièrement à la relation entre les jeunes et le monde de l'entreprise. Il fonde en 1986 l'Association Jeunesse et Entreprises (AJE) pour faire découvrir l'univers entrepreneurial aux collégiens et lycéens, association dont il reste président jusqu'à sa mort. Il crée également le COMEX 93, Comité d'expansion économique de Seine-Saint-Denis, qu'il préside pendant dix ans à partir de 1987. Passionné de formules synthétiques, il désigne lui-même ses aphorismes sous le nom de "gattazismes". Ses treize ouvrages, dont le dernier, Économiquement Vôtre, paraît en 2018 aux éditions du Cherche Midi, traitent de l'entreprise, de la jeunesse et de l'emploi. Il est Grand-Croix de la Légion d'honneur et Grand-Croix de l'Ordre national du mérite.
Yvon Gattaz décède dans la nuit du 11 au 12 décembre 2024 à Neuilly-sur-Seine, entouré de sa famille, à l'âge de 99 ans. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille ; les sources indiquent qu'il s'est éteint dans son sommeil. L'Académie des sciences morales et politiques lui rend hommage dès le 16 décembre 2024, lors d'un discours de son président Bruno Cotte, soulignant que Gattaz participait encore aux séances trois semaines avant sa mort. Le président de la République Emmanuel Macron publie un communiqué le 13 décembre 2024 via l'Élysée. La cérémonie religieuse a lieu le 17 décembre 2024, à 10 h 30, en la cathédrale Saint-Louis-des-Invalides à Paris, suivie des honneurs militaires dans la cour d'honneur. Son fils Pierre Gattaz souligne dans ses déclarations l'importance de l'héritage paternel pour les entrepreneurs français.
Une bénédiction est donnée le 18 décembre 2024 en l'église Notre-Dame-du-Sacré-Coeur à Boulouris (Var), suivie de l'inhumation dans l'intimité familiale. Le lieu exact de sépulture n'a pas été rendu public par la famille.
1 - Meilleur bachelier de l'Isère, Yvon Gattaz achève ses classes préparatoires de mathématiques supérieures et de mathématiques spéciales en une seule année au lycée du Parc à Lyon, au lieu des deux habituelles.
2 - Radiall est fondée en 1952 dans un garage de la rue Oberkampf à Paris : dès 1954, l'entreprise produit plus de 100 000 connecteurs par mois, soit deux ans seulement après sa création.
3 - Lors de son élection à l'Académie des sciences morales et politiques en 1989, Alain Peyrefitte lui remet l'épée d'académicien et déclare qu'il est le premier créateur d'entreprise industrielle à entrer sous la Coupole depuis la fondation des Académies en 1635.
4 - Ses aphorismes, qu'il baptise lui-même "gattazismes", circulent dans les cercles patronaux et politiques depuis les années 1970. Jean-Pierre Raffarin les qualifiera de "gattazinades" en 2003, terme que Gattaz juge trop proche de la dérision des mazarinades.
5 - En 1982, en plein bras de fer avec le gouvernement socialiste, Yvon Gattaz rencontre le président François Mitterrand en tête-à-tête à sept reprises au cours de la même année pour défendre la position du patronat.
6 - Encore présent aux séances de l'Académie des sciences morales et politiques trois semaines avant sa mort, à 99 ans, il y était tonique et joyeux selon le témoignage de son président Bruno Cotte, malgré des difficultés croissantes à se déplacer.
- Métier(s) : chef d'entreprise, dirigeant patronal, essayiste, académicien
- Résidence principale : Toulon (Var)
- Relations de couple : marié à Geneviève Beurley (1924-2020)
- Enfants : trois enfants (Roselyne, Pierre, Vincent)
- Distinctions : Grand-Croix de la Légion d'honneur, Grand-Croix de l'Ordre national du mérite, Prix mondial Cino-Del-Duca (2001), Grande médaille d'or de la Société d'encouragement au progrès (2004), docteur honoris causa de la Paris School of Business (2017), médaille d'or de la Renaissance française (2019)
Il est indispensable d'espérer pour entreprendre.
— Mes vies d'entrepreneur, Yvon Gattaz, éd. Fayard, 2006, p. 36
Nous n'avons qu'un parti, le parti de l'entreprise.
— Déclaration lors de son élection à la présidence du CNPF, décembre 1981, rapportée dans Les Échos, 16 septembre 1996
Plus il y aura de flexibilité, plus il y aura d'emplois.
— Débat publié dans Les Échos, 16 septembre 1996 (interview de Jean Gandois et anciens présidents du CNPF)
L'entreprise n'a pas besoin d'aides, elle a besoin d'air.
— Mes vies d'entrepreneur, Yvon Gattaz, éd. Fayard, 2006, p. 167
L'entreprise est une bicyclette qui doit son équilibre au mouvement et sa solidité au(x) cadre(s).
— La Fin des patrons, Yvon Gattaz, éd. Robert Laffont, 1981, p. 40
Pour créer une entreprise, il suffit d'avoir 10 % de finances, 10 % de compétences, 40 % de vaillance, 40 % d'inconscience.
— Création d'entreprise, la double révolution, Yvon Gattaz, éd. Eyrolles, 2014, p. 137
Tout salaire mérite travail.
Il est indispensable d'espérer pour entreprendre.
Pour la succession des entreprises familiales, les patrons se partagent en deux catégories : ceux qui croient que le génie est héréditaire et ceux qui n'ont pas d'enfants.