Patrick Le Lay, né le 7 juin 1942 à Saint-Brieuc et mort le 18 mars 2020 à Neuilly-sur-Seine, était un ingénieur et dirigeant d'entreprise français, président-directeur général du groupe TF1 de 1988 à 2008, commandeur de la Légion d'honneur et lauréat d'un Emmy Award international en 2007.
Ingénieur de formation, Patrick Le Lay est diplômé de l'École spéciale des travaux publics (promotion 1964) et du Centre de perfectionnement aux affaires d'HEC (1972). Il entame sa carrière dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, occupant successivement les fonctions de secrétaire général d'Oger SA de 1966 à 1975, puis de directeur administratif et financier et directeur général adjoint de l'entreprise Dodin de 1975 à 1981. Il intègre ensuite le groupe Bouygues, où il est chargé de la diversification à partir de 1984. C'est à ce titre qu'il pilote, sur instruction de Francis Bouygues, le dossier de candidature à la privatisation de TF1 en 1987. Nommé vice-président de la chaîne lors de la privatisation en avril 1987, il succède à Francis Bouygues à la présidence-direction générale le 11 octobre 1988, inaugurant vingt années à la tête de la première chaîne privée française.
Aux côtés d'Étienne Mougeotte, directeur d'antenne, Patrick Le Lay met en place un modèle de télévision commerciale fondé sur de larges audiences et des animateurs vedettes. Sous sa direction, TF1 devient la chaîne privée la plus regardée en Europe dans les années 1990, avec des parts de marché atteignant 40 %. En 2001, il signe un contrat d'exclusivité avec le groupe néerlandais Endemol portant sur l'ensemble des futures émissions de téléréalité. En 2000, il est à l'origine de la création de TV Breizh, chaîne régionale bretonne filiale du groupe TF1. Il préside également Eurosport de 1991 à 2002. En mai 2007, il cède la direction générale opérationnelle à Nonce Paolini tout en conservant la présidence du conseil d'administration, avant de démissionner définitivement le 31 juillet 2008. En novembre 2007, il reçoit à New York l'Emmy Award du meilleur directeur de télévision, remis lors de la 35e cérémonie des International Emmy Awards. Après son départ de TF1, il préside le fonds d'investissement Serendipity, dont les actionnaires principaux sont la holding Artémis de François Pinault et le groupe Bouygues, puis est écarté de ce poste par Martin Bouygues en janvier 2010. En mai 2010, François Pinault le nomme président du Stade rennais FC, fonction qu'il exerce jusqu'en juin 2012.
Patrick Le Lay a fait l'objet de plusieurs condamnations judiciaires au cours de sa carrière. En décembre 2008, le tribunal correctionnel de Paris le condamne à 500 euros d'amende pour diffamation envers le mouvement Tradition Famille Propriété (TFP), à la suite d'un reportage du journal de 13 heures de TF1, présenté par Jean-Pierre Pernaut, dans lequel l'association était qualifiée de structure se livrant à des pratiques d'escroquerie. Le tribunal retient que l'enquête journalistique n'était ni complète ni objective. En novembre 2012, le tribunal correctionnel de Nanterre le condamne à une amende de 7 500 euros pour recours abusif à des contrats à durée déterminée durant sa direction de TF1, correspondant à cinq salariés permanents (monteurs, cadreurs, maquilleurs) employés sous statut d'intermittents du spectacle entre 1999 et mars 2003. En 2016, il est condamné à verser 3 000 euros pour atteinte à la vie privée à la suite de la diffusion d'un témoignage en caméra cachée dans l'émission Sans aucun doute.
1942 : naissance le 7 juin à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord).
1964 : obtention du diplôme de l'École spéciale des travaux publics.
1966 : mariage avec Claudine Sénécal le 12 novembre ; début de fonctions comme secrétaire général d'Oger SA.
1972 : obtention du diplôme du Centre de perfectionnement aux affaires d'HEC.
1975 : entrée à l'entreprise Dodin comme directeur administratif et financier.
1981 : intégration du groupe Bouygues.
1987 : nommé vice-président de TF1 lors de la privatisation de la chaîne en avril.
1988 : nommé président-directeur général de TF1 le 11 octobre, en succession de Francis Bouygues.
1991 : prend la présidence d'Eurosport ; fonde l'association Érispoë à l'Institut de Locarn.
1993 : fait chevalier de la Légion d'honneur (décret du 31 décembre).
2000 : création de TV Breizh, chaîne régionale bretonne filiale du groupe TF1.
2001 : signature d'un contrat d'exclusivité avec Endemol pour les droits de téléréalité.
2002 : nommé officier de la Légion d'honneur (décret du 31 décembre) ; quitte la présidence d'Eurosport.
2004 : polémique nationale après la publication de sa déclaration sur le "temps de cerveau humain disponible" dans l'ouvrage collectif Les Dirigeants français et le changement.
2007 : cède la direction générale de TF1 à Nonce Paolini en mai ; reçoit en novembre l'Emmy Award du meilleur directeur de télévision à New York.
2008 : démissionne de TF1 le 31 juillet ; élevé au grade de commandeur de la Légion d'honneur en mars.
2010 : nommé président du Stade rennais FC en mai par François Pinault.
2012 : quitte la présidence du Stade rennais en juin ; condamné à 7 500 euros d'amende pour abus de CDD en novembre.
2020 : décès le 18 mars à Neuilly-sur-Seine.
Patrick Le Lay est le fils de Jean Le Lay, ingénieur, et de Gabrielle Colin. Il effectue une partie de sa scolarité au lycée Saint-Vincent de Rennes, établissement privé catholique. Il se marie le 12 novembre 1966 avec Claudine Sénécal, avec laquelle il a deux enfants : Laurent-Éric (né en 1967) et Anne-Vefa (née en 1969). Il se remarie en secondes noces avec Dominique Polette. L'attachement de sa famille au destin de la famille Drucker remonte à la Seconde Guerre mondiale : son père, Jean Le Lay, intervint à la gare de Rennes pour sauver Lola Drucker et ses enfants, dont le futur animateur Michel Drucker, alors que cette dernière était arrêtée par un officier de la Gestapo faute de papiers en règle.
Profondément attaché à la Bretagne, Patrick Le Lay milite publiquement pour la culture bretonne et s'implique dans des réseaux patronaux régionalistes, notamment au sein de l'Institut de Locarn. Il préside l'association Érispoë, lobby patronal breton. En août 2005, dans la revue Bretons, il accuse la France d'avoir conduit un ethnocide culturel en Bretagne. En décembre 2012, il se déclare ouvertement favorable à l'indépendance de la Bretagne dans une interview sur France Bleu Breizh Izel. La solidarité entre les familles Le Lay et Drucker, née pendant l'Occupation, est souvent évoquée par Michel Drucker comme lien fondateur entre les deux familles.
Patrick Le Lay décède le 18 mars 2020 à Neuilly-sur-Seine. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille, qui mentionne uniquement "une longue maladie". Le décès survient dans le contexte du confinement sanitaire lié à la pandémie de Covid-19 : les funérailles se déroulent dans la stricte intimité familiale, une messe de requiem étant annoncée pour une date ultérieure à Paris. Parmi les personnalités ayant rendu hommage publiquement figurent Nicolas de Tavernost, président de M6, Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, Jean-Pierre Foucault et Michel Drucker, ce dernier rappelant que la famille Le Lay avait sauvé sa mère Lola Drucker pendant l'Occupation. Le groupe TF1, représenté par son PDG Gilles Pélisson, publie un communiqué officiel de condoléances.
Patrick Le Lay est inhumé au cimetière communal de Saint-Briac-sur-Mer (Ille-et-Vilaine), commune littorale d'Ille-et-Vilaine à laquelle il était attaché. Ce lieu de sépulture, attesté par les archives de cimetières de France, témoigne de son ancrage breton revendiqué tout au long de sa carrière publique.
1 - Son père, Jean Le Lay, sauva en 1942 à la gare de Rennes Lola Drucker, enceinte de Michel Drucker, en se faisant passer pour son mari face à un officier de la Gestapo qui contrôlait ses papiers. Cet acte spontané unit durablement les deux familles.
2 - C'est en tant que responsable de la diversification du groupe Bouygues, et non comme homme de télévision, que Patrick Le Lay pilote en 1987 le dossier de candidature à la privatisation de TF1 : il n'avait aucun passé dans l'audiovisuel avant de prendre les commandes de la chaîne.
3 - La formule "Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible", publiée en juillet 2004 dans l'ouvrage collectif Les Dirigeants français et le changement, est extraite d'un entretien informel. Patrick Le Lay précise par la suite, dans une interview à Télérama, ne pas se souvenir précisément de cet échange et avoir "forcé le trait pour faire comprendre les concepts".
4 - En 2001, Patrick Le Lay négocie avec Endemol un contrat d'exclusivité portant sur l'ensemble des futures émissions de téléréalité du groupe hollandais, avant même que la téléréalité ne devienne un phénomène dominant en France, anticipant ainsi les grandes audiences de Loft Story dès 2001.
5 - Son Emmy Award international du meilleur directeur de télévision, reçu en novembre 2007 au New York Hilton, lui est remis par l'actrice française Carole Bouquet, selon les photographes présents à la 35e cérémonie des International Emmy Awards.
- Métier(s) : ingénieur des travaux publics, dirigeant de médias, président de club sportif
- Résidence principale : Paris (Neuilly-sur-Seine en fin de vie)
- Relations de couple : Claudine Sénécal (1966, divorces), Dominique Polette (secondes noces)
- Enfants : Laurent-Éric Le Lay (1967), Anne-Vefa Le Lay (1969)
- Distinctions : Emmy Award du meilleur directeur de télévision (2007) ; commandeur de la Légion d'honneur (2008) ; officier de l'ordre national du Mérite
« Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. »
— Les Dirigeants français et le changement, Editions du Huitième Jour, juillet 2004
« Je ne suis pas français, je suis breton. Je suis un étranger quand je suis en France. »
— Revue Bretons, août 2005
« Je suis profondément indépendantiste. Je pense que la France est un pays qui ne fonctionne pas. Dans le cadre européen, je pense que nous devons aller vers des régions et pas des nations. »
— Interview France Bleu Breizh Izel, décembre 2012 (repris dans la revue Bretons, janvier 2013)
« Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. »
— Les Dirigeants français et le changement, Editions du Huitième Jour, juillet 2004
« Je ne suis pas français, je suis breton. Je suis un étranger quand je suis en France. »
— Revue Bretons, août 2005
« Je suis profondément indépendantiste. Je pense que la France est un pays qui ne fonctionne pas. Dans le cadre européen, je pense que nous devons aller vers des régions et pas des nations. »
— Interview France Bleu Breizh Izel, décembre 2012 (repris dans la revue Bretons, janvier 2013)