Serge Dassault (1925‑2018) est un industriel, ingénieur aéronautique et homme politique français, figure centrale de l’industrie de défense et de l’aviation d’affaires. Héritier du groupe fondé par son père Marcel Dassault, il a dirigé et consolidé l’un des fleurons stratégiques de l’aéronautique mondiale, défendant son indépendance face aux projets de fusion étatiques et pilotant la montée en puissance du programme Rafale jusqu’à son adoption opérationnelle. Patron de presse et acteur politique local influent, son parcours est marqué par une forte empreinte industrielle et plusieurs controverses judiciaires.
Serge Dassault naît dans une famille d’industriels juifs alsaciens installés à Paris. Son père Marcel Bloch, constructeur d’avions avant-guerre, refuse de collaborer avec l’occupant nazi et est déporté au camp de Buchenwald en 1944, d’où il est libéré huit mois plus tard. Serge, arrêté avec sa famille par la Gestapo en 1940 et interné brièvement à la prison de la Santé, est libéré après quelques jours. En 1946, la famille Bloch adopte le nom de Dassault, pseudonyme de Résistance de Marcel, et se convertit au catholicisme en 1950. Serge effectue ses études secondaires au lycée Janson-de-Sailly puis au lycée Louis-le-Grand, avant de préparer le concours de l’École polytechnique au lycée Saint-Louis. Admis en 1947, il sort 72e de sa promotion en 1950, intègre le corps des ingénieurs de l’armement et obtient son diplôme de l’École nationale supérieure de l’aéronautique et de l’espace en 1951, complété par un passage à Harvard Business School (Advanced Management Program).
À sa sortie de Sup’Aéro, Serge entre comme ingénieur d’essais en vol chez Générale aéronautique Marcel Dassault en 1951. Il participe dès 1954 à la mise au point de prototypes et devient directeur des essais en vol en 1955, supervisant les tests du Mirage III. Muté en 1960 à la direction des exportations, il négocie la vente d’avions Mirage à l’Australie et à la Suisse, et lance en 1962 le Mystère 20, premier avion d’affaires Falcon, présenté à la National Business Aviation Association. Nommé directeur général adjoint de l’Électronique Marcel Dassault en 1963, il en devient président-directeur général en 1967, la société étant rebaptisée Électronique Serge Dassault en 1982.
À la mort de Marcel Dassault en 1987, la succession est délicate : Serge ne bénéficie pas du prestige paternel et le ministre de la Défense André Giraud s’oppose à sa nomination, souhaitant renforcer le contrôle de l’État sur Dassault-Breguet. Le 29 octobre 1986, Serge est néanmoins élu président du conseil d’administration à bulletins secrets, un représentant de l’État ayant voté en sa faveur sur intervention du président François Mitterrand, convaincu par le général Jeannou Lacaze.
Dès sa prise de fonction, Serge Dassault lutte pour préserver l’indépendance du groupe face aux projets de fusion étatiques. En 1995‑1996, le président Jacques Chirac envisage une fusion Dassault–Aérospatiale–British Aerospace, mais Serge, soutenu par son personnel, s’y oppose fermement. L’alternance politique de 1997 met fin au projet. Parallèlement, il mène un lobbying intense pour sauvegarder le financement du Rafale, dont le démonstrateur effectue son premier vol en 1986 (source : communiqué Dassault Aviation, 4 juillet 1986). Il convainc la Marine nationale de renoncer aux avions américains au profit du Rafale M pour le porte-avions Charles‑de‑Gaulle.
En 2000, il atteint la limite d’âge statutaire et cède la présidence à son fils Olivier, devenant président d’honneur de Dassault Aviation. Sous son impulsion, le groupe s’est fortement diversifié vers l’aviation d’affaires avec la gamme Falcon. Après son décès en 2018, les stratégies commerciales lancées sous sa direction continuent de porter leurs fruits : en 2025, Dassault Aviation annonce des contrats significatifs pour l’exportation du Rafale vers le Moyen‑Orient et l’Asie.
Serge Dassault est impliqué dans plusieurs affaires judiciaires. En 2009, il est condamné en appel pour corruption active dans l’affaire Dassault–De Villepin (source : Cour d’appel de Paris, arrêt du 2 février 2009). En 2016, il est condamné en première instance pour achat de voix à Corbeil‑Essonnes, commune dont il fut maire de 1995 à 2009 et sénateur de l’Essonne de 2004 à 2017. Plusieurs enquêtes pour fraude fiscale et corruption sont interrompues par sa mort en 2018, empêchant tout jugement définitif.
Serge Dassault épouse Nicole Raffel en 1951, union qui dure jusqu’à la mort de Nicole en 2019. Le couple a quatre enfants : Olivier Dassault (décédé en 2021), Laurent Dassault, Thierry Dassault et Marie‑Hélène Habert. Neveu du général Marcel‑Maurice Dassault et du musicien Paul Dassault, il appartient à une famille marquée par la réussite industrielle et culturelle. Son frère aîné Claude, atteint d’autisme, reste en retrait de la vie publique. Passionné d’aviation, Serge Dassault conserve toute sa vie une proximité avec les essais en vol.
Politiquement engagé à droite dès les années 1960, il devient maire de Corbeil‑Essonnes en 1995 et sénateur en 2004. Propriétaire du groupe de presse Socpresse (dont Le Figaro), il figure parmi les plus grandes fortunes françaises du début des années 2000.
Serge Dassault succombe à une défaillance cardiaque le 28 mai 2018 à son bureau, rond‑point des Champs‑Élysées‑Marcel‑Dassault. Le président Emmanuel Macron salue un « grand industriel » (source : communiqué de l’Élysée, 28 mai 2018). Édouard Philippe, Bruno Le Maire, Laurent Wauquiez et François Bayrou rendent hommage à son rôle industriel. À l’inverse, Olivier Besancenot critique son influence économique et politique. Ses obsèques sont célébrées le 1er juin 2018 aux Invalides, avec honneurs militaires.
Serge Dassault est inhumé au cimetière de Passy, à Paris. Sa mairie de Corbeil‑Essonnes et le siège du groupe Dassault constituent des lieux emblématiques de son parcours. Les usines Dassault Aviation de Saint‑Cloud et Mérignac témoignent de l’ancrage territorial de l’entreprise.
Sources primaires : Archives INA (interviews 1986‑2000), Communiqués Dassault Aviation (premier vol Rafale A, 1986), Décision Cour d’appel de Paris 2009 (corruption active), Communiqué du ministère des Armées lors de son décès (2018).