John le Carré, pseudonyme de David John Moore Cornwell (1931-2020), est un romancier britannique ancien espion du MI5 et du MI6, auteur de vingt-six romans d'espionnage vendus à plus de 60 millions d'exemplaires dans le monde, dont L'Espion qui venait du froid.
David John Moore Cornwell naît le 19 octobre 1931 à Poole, dans le Dorset. Élevé par un père, Ronald Thomas Archibald Cornwell dit Ronnie, condamné à plusieurs reprises pour escroquerie, il voit sa mère Olive Moore Cornwell quitter la famille lorsqu'il a cinq ans et ne la retrouve qu'à 21 ans. Après le Sherborne School, établissement privé du Dorset, il étudie les langues à l'université de Berne puis obtient en 1956 une licence de Langues modernes avec mention à Lincoln College, Oxford. Encouragé par l'écrivain John Bingham, dit Lord Clanmorris, officier du MI5, Cornwell enseigne au collège d'Eton de 1956 à 1958. En 1958, il intègre le MI5, puis le Foreign Office en 1959, servant comme second secrétaire à l'ambassade britannique de Bonn avant d'être nommé consul politique à Hambourg. Il publie son premier roman, Appel du mort, en 1961 sous le pseudonyme John le Carré, le Foreign Office interdisant à ses agents de signer de leur vrai nom.
Son troisième roman, L'Espion qui venait du froid (1963), reste plusieurs mois en tête des listes de best-sellers du New York Times et fonde sa réputation mondiale. Adapté au cinéma en 1965 avec Richard Burton dans le rôle-titre, il consacre la rupture avec l'esthétique de l'espion héroïque. La couverture de Cornwell au MI6 est compromise par la trahison du double agent Kim Philby, ce qui précipite sa démission en 1964. L'oeuvre ultérieure construit le personnage du maître espion George Smiley, incarné par Alec Guinness dans la célèbre série de la BBC (1979). La Taupe (1974), L'Espion honorable (1977) et Les Gens de Smiley (1979) forment une trilogie de la Guerre froide. Le Carré élargit ensuite son regard aux trafics d'armes dans Le Directeur de nuit (1993), adapté en série par la BBC avec Tom Hiddleston, et au lobbying pharmaceutique dans La Constance du jardinier (2001). Il publie au total vingt-six romans et un volume de mémoires, Le Tunnel aux pigeons (2016), son roman posthume L'Espion qui aimait les livres paraissant en 2021.
À partir de 1989, John le Carré refuse publiquement de soutenir Salman Rushdie après l'émission d'une fatwa par l'ayatollah Khomeini contre l'auteur des Versets sataniques. Le Carré défend la position selon laquelle les grandes religions ne sauraient être insultées impunément. En novembre 1997, la polémique prend une dimension publique élargie dans les colonnes du Guardian : Rushdie répond de façon cinglante à une lettre de le Carré portant sur un sujet distinct ; Christopher Hitchens prend le parti de Rushdie dans ce même journal. La querelle, nourrie pendant quinze ans, se conclut tacitement en 2012, lorsque Rushdie, lors du festival littéraire de Cheltenham, déclare admirer sincèrement le romancier, et que le Carré indique au Times de Londres regretter la dispute.
1931 : Naissance le 19 octobre à Poole, Dorset
1956 : Obtention d'une première en Langues modernes à Lincoln College, Oxford
1956-1958 : Enseignement au collège d'Eton
1958 : Intégration au MI5 britannique
1961 : Publication d'Appel du mort, premier roman sous le pseudonyme John le Carré
1963 : Parution de L'Espion qui venait du froid, best-seller international
1964 : Démission du Foreign Office pour se consacrer exclusivement à la littérature
1972 : Mariage avec Valérie Jane Eustace, après divorce en 1971
1974 : Publication de La Taupe (Tinker Tailor Soldier Spy), premier volet de la trilogie George Smiley
1986 : Publication d'Un espion parfait, roman autobiographique s'inspirant de la figure de Ronnie Cornwell
2001 : Publication de La Constance du jardinier, adapté au cinéma en 2005
2005 : Nomination Commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres (France)
2019 : Prix Olof-Palme, dont l'intégralité est reversée à Médecins Sans Frontières
2020 : Décès le 12 décembre au Royal Cornwall Hospital, Truro, d'une pneumonie
2021 : Parution à titre posthume du roman L'Espion qui aimait les livres
David John Moore Cornwell est le fils de Ronald Thomas Archibald Cornwell dit Ronnie, escroc condamné à plusieurs reprises, et d'Olive Moore Cornwell, qui quitte la famille lorsque David a cinq ans. Il grandit avec son frère aîné Tony Cornwell. En 1954, il épouse Alison Ann Veronica Sharp, avec qui il a trois fils : Simon, Stephen et Timothy. Après leur divorce en 1971, il se remarie en 1972 avec Valérie Jane Eustace, éditrice chez Hodder & Stoughton. De cette seconde union naît Nicholas Cornwell, qui publie ses romans sous le nom de plume Nick Harkaway. Le Carré réside dans les Cornouailles, à proximité de Land's End, depuis les années 1960.
Correspondant régulier de nombreuses personnalités du monde littéraire, il entretient un échange épistolaire nourri avec Graham Greene, Philip Roth, Ian McEwan et Tom Stoppard, révélé par le recueil posthume Dans l'intimité d'un espion (Seuil, 2022). Critique de la politique étrangère américaine, il publie en 2003 dans The Times un essai intitulé "Les États-Unis sont devenus fous", contre la guerre en Irak. Peu avant sa mort, il obtient la nationalité irlandaise, présentant ce choix comme une réponse au Brexit. Il refuse tout au long de sa vie toute distinction officielle britannique, tout en acceptant le prix Olof-Palme suédois en 2019, dont il reverse l'intégralité à Médecins Sans Frontières.
John le Carré décède le 12 décembre 2020 d'une pneumonie au Royal Cornwall Hospital de Truro, dans les Cornouailles, à 89 ans. Sa famille précise que la maladie n'est pas liée au Covid-19 et que les obsèques se déroulent dans un cadre strictement privé. Jonny Geller, directeur général de l'agence Curtis Brown, annonce le décès dans un communiqué rendu public le 13 décembre. L'historien Simon Sebag Montefiore se déclare dévasté et classe le Carré parmi les plus grands auteurs de la littérature anglaise. La romancière Margaret Atwood souligne la portée historique de ses romans. L'acteur Gary Oldman, interprète de George Smiley dans le film La Taupe (2011), salue en lui le véritable auteur du roman d'espionnage adulte et complexe.
John le Carré résidait depuis les années 1960 dans les Cornouailles, à proximité de Land's End, région à laquelle il était profondément attaché. Il y est décédé en décembre 2020. Aucune information publique n'a été communiquée par la famille concernant le lieu précis d'inhumation ou la création d'un mémorial officiel.
1 - L'origine exacte du pseudonyme John le Carré n'a jamais été définitivement établie. Cornwell déclara tantôt l'avoir repéré sur une devanture de boutique, tantôt ne plus se souvenir de sa provenance. En français, "le carré" désigne une forme géométrique.
2 - Lorsqu'on lui proposa en 1987 de rencontrer Kim Philby à Moscou, John le Carré refusa. L'agent double avait compromis sa couverture au MI6 ; le Carré ne voulait pas rencontrer celui qu'il tenait pour responsable de la mort d'agents britanniques envoyés en Albanie.
3 - Lauréat du prix Olof-Palme en 2019, John le Carré reversa l'intégralité des 940 000 couronnes suédoises reçues à Médecins Sans Frontières, jugeant que cette somme ne pouvait trouver de meilleur destinataire.
4 - En 2008, The Times de Londres le plaça au 22e rang de son classement des "50 plus grands écrivains britanniques depuis 1945", distinction d'autant plus notable qu'il avait toujours décliné les honneurs officiels du gouvernement britannique.
5 - Son ultime entretien filmé, enregistré en 2019 avec Errol Morris, est sorti sur Apple TV+ en octobre 2023 sous le titre Le Tunnel aux pigeons. Son fils Simon Cornwell a déclaré que la mort de son père avait changé la dynamique du film.
- Métier(s) : Romancier, ancien agent de renseignement (MI5 et MI6)
- Résidence principale : Cornouailles (Angleterre)
- Relations de couple : Alison Ann Veronica Sharp (1954-1971) ; Valérie Jane Eustace (1972-2020)
- Enfants : Simon Cornwell, Stephen Cornwell, Timothy Cornwell (journaliste, décédé en 2022), Nicholas Cornwell dit Nick Harkaway (romancier)
- Distinctions : Diamond Dagger de la Crime Writers' Association (1988), Premio Malaparte (1988), Commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres (France, 2005), Médaille Goethe (Allemagne, 2011), Prix Olof-Palme (Suède, 2019)
« Je me sens davantage un écrivain à qui il est arrivé d'être un espion, plutôt qu'un espion devenu écrivain par la suite. »
— Le Tunnel aux pigeons (mémoires, Seuil, 2016)
« Ma position était qu'il n'existe dans la vie ou dans la nature aucune loi stipulant que les grandes religions puissent être insultées impunément. »
— The Guardian, novembre 1997 (traduit de l'anglais)
« Je ne garde aucun souvenir de tendresse durant mon enfance, hormis celle que j'éprouvais pour mon frère aîné, qui fut pendant un certain temps mon seul parent. »
— Le Tunnel aux pigeons (mémoires, Seuil, 2016)
« J'avais l'impression de devoir réprimer mon humanité. Les mensonges dits en face, les fausses amitiés... Je suppose que j'ai été bien des gens au cours de mes 85 ans, et tous n'étaient pas très recommandables. »
— Interview NPR Fresh Air, 2017 (traduit de l'anglais)