Jacques Sereys, acteur et metteur en scène français né le 2 juin 1928 à Saint-Maurice (Val-de-Marne), est l'un des sociétaires honoraires de la Comédie-Française, institution à laquelle il consacra l'essentiel de ses soixante années de carrière, de la scène classique au seul-en-scène proustien couronné par le Molière du comédien en 2006.
Jacques Noël Sereys entre à la Comédie-Française en novembre 1954, après avoir obtenu deux premiers prix de comédie classique et moderne au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, dans la classe d'Henri Rollan. D'abord pensionnaire, il accède au sociétariat en 1959 et interprète en quelques années un large répertoire : les Molière (Géronte des Fourberies de Scapin, les maîtres à danser et de philosophie du Bourgeois gentilhomme), Marivaux (La Méprise, Le Legs, dont il assure aussi la mise en scène), Feydeau (Le Dindon, Feu la mère de Madame), Corneille (Le Menteur, avec Jacques Charon à la mise en scène) et Giraudoux (Électre). En 1964, il démissionne pour se consacrer au théâtre de boulevard et à la comédie musicale, côtoyant Robert Hirsch et continuant à travailler avec Jacques Charon. Il met en scène Rostand (L'Aiglon au Châtelet en 1969) et, au Portugal, Caligula de Camus. Il revient à la Comédie-Française comme pensionnaire en 1977, et retrouve, fait exceptionnel dans l'histoire de l'institution, son statut de sociétaire en 1979, après des compositions remarquées notamment dans la Trilogie de la villégiature de Carlo Goldoni, sous la direction de Giorgio Strehler.
De retour au Français jusqu'en 1997, Jacques Sereys incarne une galerie de rôles classiques sous la direction de metteurs en scène variés : Chrysalde dans L'École des femmes (mise en scène de Jacques Rosner), Monsieur de Pourceaugnac (Pierre Mondy), Félix dans Polyeucte (Jorge Lavelli), Polonius dans Hamlet de William Shakespeare (Georges Lavaudant, 1994), Dom Louis dans Dom Juan de Molière (Jacques Lassalle, au Festival d'Avignon 1993). Il chante le rôle de Ménélas dans La Belle Hélène d'Offenbach à l'Opéra-Comique en 1983, sous la direction de Jérôme Savary. Nommé sociétaire honoraire à sa retraite en 1997, il continue de se produire au Français jusqu'en 2014. Au cinéma, il tourne avec Louis Malle (Le Feu follet, 1963, et Le Souffle au coeur, 1971), Claude Sautet (Une histoire simple, 1978), Henri Verneuil (I... comme Icare, 1979, face à Yves Montand), Jean-Paul Rappeneau (Le Hussard sur le toit, 1995) et Philippe de Broca (Le Bossu, 1997). À partir de 2003, une collaboration étroite s'engage avec le metteur en scène Jean-Luc Tardieu, d'abord sur Le Vent des peupliers de Gérald Sibleyras au théâtre Montparnasse, puis sur une série de seuls-en-scène : Du côté de chez Proust (2005, Molière du comédien 2006), Au soleil de Daudet (2007), Cocteau-Marais (2009), À la recherche du temps Charlus (2011) et Si Guitry m'était conté (2015-2016). Collectionneur, il fait don d'une partie de ses collections à la bibliothèque-musée de la Comédie-Française.
1928 : naissance le 2 juin à Saint-Maurice (Val-de-Marne, alors Seine). Enfance à Marseille, élevé par sa mère brodeuse.
1942 : à 14 ans, employé comme groom au Crédit Lyonnais, rue Saint-Ferréol à Marseille, pour aider sa mère.
1947 : installation à Paris, préparation au métier d'acteur.
1951 : admission au Conservatoire national supérieur d'art dramatique dans la classe d'Henri Rollan.
1954 : entrée à la Comédie-Française en novembre, avec deux premiers prix de comédie classique et moderne.
1959 : accession au sociétariat de la Comédie-Française.
1961 : mariage avec Philippine de Rothschild (Philippine Pascal), rencontrée à la Comédie-Française, à Pauillac le 4 mars.
1964 : démission de la Comédie-Française pour se consacrer au théâtre de boulevard et à la comédie musicale.
1977 : retour à la Comédie-Française comme pensionnaire.
1979 : réintégration au sociétariat, cas rare dans l'histoire de l'institution.
1983 : interprétation de Ménélas dans La Belle Hélène d'Offenbach à l'Opéra-Comique, mise en scène de Jérôme Savary.
1997 : départ à la retraite, nomination comme sociétaire honoraire. Enseignement au Conservatoire national supérieur d'art dramatique de 1979 à 1988.
2005 : création de Du côté de chez Proust, seul-en-scène d'après Marcel Proust, mise en scène de Jean-Luc Tardieu.
2006 : Molière du meilleur comédien pour Du côté de chez Proust.
2015 : prix du Brigadier d'honneur pour l'ensemble de sa carrière.
2022 : décès le 31 décembre dans le 7e arrondissement de Paris, à l'âge de 94 ans.
Jacques Noël Sereys naît de mère célibataire, employée brodeuse à Marseille, et n'a jamais connu son père. Sa grand-mère exerçait comme cuisinière dans des maisons bourgeoises. Élevé sans figure paternelle, il grandit dans un environnement modeste au-dessus d'un entrepôt de parfumerie à Marseille. Il épouse le 4 mars 1961, à Pauillac (Gironde), Philippine de Rothschild, actrice à la Comédie-Française sous le nom de scène de Philippine Pascal et fille du baron Philippe de Rothschild. Le couple a deux enfants : Camille, née en 1961, et Philippe, né en 1963. Ils se séparent au début des années 1970 et divorcent officiellement le 25 octobre 1999. Leurs enfants, autorisés par décrets de 1971 et 1972 à s'appeler Sereys de Rothschild, dirigent aujourd'hui les domaines viticoles Château Mouton Rothschild, Château d'Armailhac et Château Clerc Milon.
Au sein de la Comédie-Française, Jacques Sereys partage sa loge avec Alain Feydeau, qui le surnomme "ma petite mouche bleue", surnom bientôt abrégé en "Mouchy". Il fréquente une génération de sociétaires dont Jacques Charon, Robert Hirsch, Jean Piat et Françoise Seigner. Passionné de littérature depuis l'adolescence, notamment de Marcel Proust et d'Alphonse Daudet, il exerce aussi les activités de bricoleur, menuisier amateur, peintre et imitateur. Il enseigne au Conservatoire national supérieur d'art dramatique de 1979 à 1988 et lègue une partie de ses collections personnelles à la bibliothèque-musée de la Comédie-Française.
Jacques Sereys décède le 31 décembre 2022 dans le 7e arrondissement de Paris, à l'âge de 94 ans. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille. Le communiqué annonçant sa mort est diffusé par la présidence de la République dans la soirée du 31 décembre, et repris le 1er janvier 2023. Emmanuel Macron et Brigitte Macron saluent alors "un homme qui avait voué sa vie au théâtre", notant qu'il "servait des textes qui, par leur mélancolie ou leur panache, leur verve ou leur subtilité, disaient tout d'un certain esprit français." Éric Ruf, administrateur général de la Comédie-Française, exprime l'"immense tristesse" de la maison et évoque la perte d'une génération exceptionnelle. La ministre de la Culture Rima Abdul Malak rend également hommage à l'acteur. Aucune cérémonie publique n'a été annoncée par les sources institutionnelles consultées.
La sépulture de Jacques Sereys n'a pas été rendue publique par sa famille. Ses collections personnelles sont conservées à la bibliothèque-musée de la Comédie-Française, dont il était sociétaire honoraire, et constituent un témoignage tangible de sa longue présence au sein de l'institution.
1 - À 14 ans, chargé de l'accueil des clients au Crédit Lyonnais de Marseille, Jacques Sereys déclamait des tirades en parcourant les services de la banque, attirant la sympathie de tout l'établissement, dont le directeur Louis-Bernard Dancausse, qui présidait alors l'Olympique de Marseille.
2 - Son surnom au sein de la Comédie-Française, "Mouchy", lui est attribué par Alain Feydeau, avec lequel il partage une loge : ce dernier l'appelle d'abord "ma petite mouche bleue", surnom aussitôt raccourci par leurs camarades.
3 - Lors de son retour à la Comédie-Française en 1979, il regagne son statut de sociétaire après en être parti quinze ans plus tôt, fait rarissime dans l'histoire de l'institution fondée en 1680.
4 - Dans sa note d'intention pour Du côté de chez Proust, il confie avoir découvert la "qualité musicale" de la prose de Proust en élevant la voix en cours de lecture, et précise que l'idée du seul-en-scène a mûri en lui pendant plus de treize ans avant d'aboutir au spectacle créé en 2005.
5 - Collectionneur, il lègue une partie de ses collections à la bibliothèque-musée de la Comédie-Française, assurant ainsi leur conservation institutionnelle au sein de la maison à laquelle il aura appartenu pendant plus de quatre décennies.
- Métier(s) : acteur, metteur en scène, professeur d'art dramatique
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : Philippine de Rothschild (mariés le 4 mars 1961, divorcés le 25 octobre 1999)
- Enfants : Camille Sereys de Rothschild (née en 1961), Philippe Sereys de Rothschild (né en 1963)
- Distinctions : Molière du meilleur comédien 2006 (pour Du côté de chez Proust), Brigadier d'honneur 2015, commandeur dans l'Ordre des Arts et des Lettres et dans l'Ordre national du Mérite
« C'est une proposition que je fais et je suis ouvert à d'autres auteurs. »
— Interview sur Du côté de chez Proust, reproduite dans ex-libris.over-blog.com, mai 2021 (entretien antérieur non daté avec précision)
« Lorsque j'ai commencé à lire La Recherche, il y a plus de cinquante ans, j'avais tout de suite été séduit par la richesse, la surprenante et torturante générosité de ce texte aux prolongements infinis. »
— Note d'intention pour Du côté de chez Proust, programme du spectacle, Comédie-Française / Théâtre du Vieux-Colombier, 2005 (reproduite dans Sceneweb et ex-libris.over-blog.com)
« À l'époque, j'avais déjà senti la qualité musicale de ce texte. Il m'était arrivé, au cours d'une lecture commencée dans le silence, d'élever peu à peu la voix et de découvrir combien les vibrations sonores profitaient aux sinueux méandres de cette fluviale pensée. »
— Note d'intention pour Du côté de chez Proust, programme du spectacle, Comédie-Française / Théâtre du Vieux-Colombier, 2005 (reproduite dans Sceneweb et ex-libris.over-blog.com)
« C'est une proposition que je fais et je suis ouvert à d'autres auteurs. »
— Interview sur Du côté de chez Proust, reproduite dans ex-libris.over-blog.com, mai 2021 (entretien antérieur non daté avec précision)
« Lorsque j'ai commencé à lire La Recherche, il y a plus de cinquante ans, j'avais tout de suite été séduit par la richesse, la surprenante et torturante générosité de ce texte aux prolongements infinis. »
— Note d'intention pour Du côté de chez Proust, programme du spectacle, Comédie-Française / Théâtre du Vieux-Colombier, 2005 (reproduite dans Sceneweb et ex-libris.over-blog.com)
« À l'époque, j'avais déjà senti la qualité musicale de ce texte. Il m'était arrivé, au cours d'une lecture commencée dans le silence, d'élever peu à peu la voix et de découvrir combien les vibrations sonores profitaient aux sinueux méandres de cette fluviale pensée. »
— Note d'intention pour Du côté de chez Proust, programme du spectacle, Comédie-Française / Théâtre du Vieux-Colombier, 2005 (reproduite dans Sceneweb et ex-libris.over-blog.com)