Juan Antonio Samaranch Torelló, homme politique et dirigeant sportif espagnol né le 17 juillet 1920 à Barcelone, a présidé le Comité international olympique de 1980 à 2001, transformant les Jeux en événement commercial mondial et obtenant le titre de marquis de Samaranch en 1992.
Issu d'une famille bourgeoise barcelonaise dont le père, Francisco Samaranch Castro, avait bâti sa fortune dans l'industrie textile, Juan Antonio Samaranch Torelló se forme à l'école de commerce IESE de l'université de Navarre, tout en pratiquant le football, la boxe et le rink hockey à haut niveau. Entraîneur et sélectionneur national, il mène l'équipe d'Espagne au titre de champion du monde de rink hockey en 1951 puis en 1954. Ces succès lui ouvrent les portes de l'administration franquiste : conseiller aux Sports de la municipalité de Barcelone de 1955 à 1962, président de la Fédération espagnole de patinage, chef de mission aux Jeux de Rome en 1960 et de Tokyo en 1964, il gravit méthodiquement les échelons. Francisco Franco le nomme secrétaire national aux Sports en 1967. En 1973, Samaranch accède à la présidence de la Diputació de Barcelone. Parallèlement, il siège aux Cortes du régime durant trois législatures de 1964 à 1977 et bâtit un réseau d'affaires dans le textile, la banque et l'immobilier.
Élu membre du Comité international olympique en 1966 grâce à l'appui d'Avery Brundage, président du CIO de l'époque, Samaranch se voit confier le protocole des cérémonies olympiques dès 1968. Vice-président du CIO de 1974 à 1978, il obtient en 1977 le poste d'ambassadeur d'Espagne en Union soviétique, négocié auprès du premier ministre Adolfo Suarez pour tisser les réseaux nécessaires à sa candidature à la présidence du CIO. Le 16 juillet 1980, il est élu septième président de l'institution, en devançant notamment l'Allemand Willi Daume. Son mandat de vingt et un ans est marqué par ce que certains nomment la révolution Samaranch : abandon définitif de l'amateurisme, développement massif du sponsoring et des droits télévisuels. Il fait entrer les deux premières femmes au CIO en 1981, crée le Musée olympique à Lausanne, établit le Tribunal arbitral du sport et, en 1999, l'Agence mondiale antidopage. En 2001, il cède la présidence à Jacques Rogge, successeur qu'il a lui-même désigné, et conserve le titre de président d'honneur à vie.
En décembre 1998, le membre suisse du CIO Marc Hodler révèle publiquement que plusieurs délégués ont accepté des avantages de la part du comité de candidature de Salt Lake City pour l'attribution des Jeux d'hiver de 2002. Quatre enquêtes indépendantes sont lancées simultanément par le CIO, le Comité olympique américain, le comité organisateur de Salt Lake City et le département américain de la Justice. Au terme des investigations, dix membres du CIO sont exclus et dix autres sanctionnés : il s'agit des premières mesures disciplinaires pour corruption dans l'histoire centenaire de l'institution. Samaranch, bénéficiant du statut juridique du CIO en tant qu'organisation internationale de droit privé suisse, n'est pas poursuivi et reste en poste. Le 17 mars 1999, une session extraordinaire lui accorde 86 voix de confiance sur 89. Il pilote ensuite un train de cinquante réformes institutionnelles destinées à encadrer les procédures d'attribution des Jeux et à limiter les cadeaux aux membres du comité. Son passé franquiste suscite par ailleurs des critiques récurrentes : ses déclarations de 1967, affirmant être franquiste à cent pour cent, et son éloge du régime au lendemain de la mort de Francisco Franco en 1975, sont documentés par plusieurs titres de presse nationale et internationale, dont Libération et Le Monde.
1920 : naissance le 17 juillet à Barcelone
1938 : s'affilie à la Phalange espagnole traditionaliste
1951 : champion du monde de rink hockey avec l'équipe d'Espagne
1954 : second titre mondial de rink hockey
1955 : mariage avec Maria Teresa Salisachs-Rowe le 1er décembre
1964 : début de sa carrière de procureur aux Cortes du régime franquiste
1966 : cooptation au Comité international olympique
1973 : président de la Diputació de Barcelone (gouvernement régional de la province)
1977 : nommé ambassadeur d'Espagne en Union soviétique et en Mongolie
1980 : élu septième président du CIO le 16 juillet lors de la session de Moscou
1985 : révocation de la directrice générale du CIO Monique Berlioux
1986 : attribution des Jeux olympiques de 1992 à Barcelone lors de la session de Lausanne
1992 : titre de marquis de Samaranch attribué par le roi Juan Carlos Ier ; Jeux de Barcelone
1998 : éclatement du scandale de corruption de Salt Lake City en décembre
1999 : création de l'Agence mondiale antidopage ; adoption d'un paquet de cinquante réformes au CIO
2001 : fin de la présidence du CIO ; transmission à Jacques Rogge ; titre de président d'honneur à vie
2010 : décès le 21 avril à Barcelone d'un arrêt cardio-respiratoire
Né troisième de six enfants dans une famille de la haute bourgeoisie barcelonaise, Juan Antonio Samaranch Torelló est le fils de Francisco Samaranch Castro, fabricant textile, et de Juana Torelló Malhevy. Le 1er décembre 1955, il épouse Maria Teresa Salisachs-Rowe, héritière d'une grande dynastie industrielle du textile catalan, connue sous le surnom de Bibi. Le couple a deux enfants : Maria Teresa Samaranch Salisachs, née en 1956, présidente de la fédération espagnole de hockey sur glace, et Juan Antonio Samaranch i Salisachs, né le 1er novembre 1959, entré au CIO en 2001. Maria Teresa Salisachs-Rowe décède le 16 septembre 2000 pendant les Jeux de Sydney.
Homme de réseaux, Samaranch entretient des liens étroits avec les milieux sportif international et diplomatique. Son amitié avec Horst Dassler, patron d'Adidas, et avec André Guelfi, dirigeant du Coq sportif, contribue à son élection à la présidence du CIO en 1980. Le roi Juan Carlos Ier lui confère en 1992 le titre de marquis de Samaranch pour son rôle dans l'attribution des Jeux de Barcelone en 1986. Samaranch préside aussi la Caixa, première caisse d'épargne espagnole, jusqu'à sa démission forcée en 1998 lors du scandale de corruption de Salt Lake City.
Le 13 octobre 2009, Juan Antonio Samaranch est victime d'un malaise cardiaque lors du Sportel à Monaco ; une insuffisance coronarienne aiguë est diagnostiquée à l'hôpital Princesse-Grace. Le 18 avril 2010, il est hospitalisé à l'hôpital Quirón de Barcelone pour un nouvel incident cardiaque. Le 20 avril, ses médecins déclarent son état grave et irréversible. Il décède le 21 avril 2010 d'un arrêt cardio-respiratoire à l'âge de 89 ans. Ses funérailles sont célébrées à la cathédrale de Barcelone en présence du roi Juan Carlos Ier, du prince Albert II de Monaco et de Rafael Nadal, qui porte le cercueil avec d'autres athlètes espagnols. Jacques Rogge lui rend hommage dans El País. Samaranch est ensuite incinéré dans l'intimité.
Les cendres de Juan Antonio Samaranch reposent au cimetière de Montjuïc à Barcelone. En juin 2010, le Museu Olímpic i de l'Esport de Barcelone est rebaptisé en son honneur Musée de l'Olympisme et du Sport Joan Antonio Samaranch. En 2001, le stade rénové de Vidy à Lausanne avait déjà été nommé en son honneur par la municipalité de Lausanne.
1 - Son élection à la présidence du CIO, le 16 juillet 1980, eut lieu précisément le jour de son soixantième anniversaire. La session de Moscou se tint ce jour-là, coïncidence qu'il consigna dans ses mémoires.
2 - Avant sa carrière olympique, Samaranch entraîna la sélection nationale de rink hockey, sport pratiqué sur patins à roulettes, et lui fit décrocher deux titres de champion du monde consécutifs, en 1951 et en 1954.
3 - Nommé ambassadeur d'Espagne en URSS en 1977, Samaranch avait lui-même négocié ce poste auprès du premier ministre Adolfo Suarez afin de tisser à Moscou les réseaux nécessaires à son élection à la tête du CIO.
4 - En 1985, il révoqua la directrice générale du CIO, Monique Berlioux, en poste depuis 1969, pour concentrer tous les pouvoirs au siège de Lausanne, ce qui lui valut le surnom de saigneur des anneaux dans certains milieux sportifs français.
5 - En 1992, l'académicien Maurice Druon lui écrivit : le coeur de Pierre de Coubertin se trouve à Olympie, est-ce à Wall Street qu'il conviendra de déposer l'urne contenant le vôtre, résumant les critiques adressées à la commercialisation des Jeux sous sa présidence.
- Métier(s) : dirigeant sportif, homme politique, diplomate, entrepreneur
- Résidence principale : Barcelone (Espagne)
- Relations de couple : Maria Teresa Salisachs-Rowe (épouse, 1955-2000, décédée)
- Enfants : Maria Teresa Samaranch Salisachs (née en 1956) ; Juan Antonio Samaranch i Salisachs (né en 1959)
- Distinctions : médaille d'or de la Generalitat de Catalogne (1985) ; Prix Princesse des Asturies du Sport (1988) ; Prix pour la paix de Séoul (1990) ; titre de marquis de Samaranch (1992) ; collier de l'ordre d'Isabelle la Catholique ; grand-croix de l'ordre de Charles III d'Espagne ; multiples décorations étrangères et doctorats honoris causa
sauf pour le CIO.
— Ajout de Samaranch à la Charte olympique (article sur les droits commerciaux), cité dans Patrick Pesnot, Rendez-vous avec X, France Inter, 7 mai 2011
Je suis franquiste à cent pour cent.
— Déclaration publique, 1967 (citée dans Libération, 22 avril 2010, et Le Monde, 23 avril 2010)
Je considère que la figure et l'oeuvre réalisée par le Caudillo s'inscrira dans l'histoire comme l'un des plus grands Chefs d'Etat du XXe siècle.
— Déclaration au lendemain de la mort de Francisco Franco, 1975 (citée dans Libération, 22 avril 2010)