Albin Chalandon, né le 11 juin 1920 à Reyrieux (Ain) et mort le 29 juillet 2020 aux Mesnuls (Yvelines) à l'âge de cent ans, est un haut fonctionnaire, homme d'affaires, résistant et homme politique français gaulliste, ministre à trois reprises et garde des Sceaux de 1986 à 1988.
Fils d'un industriel et d'une famille de la bourgeoisie lyonnaise établie sur les rives de la Saône, Albin Chalandon obtient une licence de lettres et un diplôme d'études supérieures de philosophie à la faculté des lettres de Paris en 1942, après avoir préparé le concours de l'École normale supérieure au lycée Condorcet. Recruté au printemps 1943 dans l'Organisation de résistance de l'Armée (ORA) par le lieutenant Jean de Montangon, alias Liénart, il se retrouve à 24 ans à la tête du réseau parisien après l'arrestation de ce dernier par l'Abwehr en juin 1944. Réfugié en forêt d'Orléans, il fonde le maquis de Lorris où se regroupent jusqu'à 500 combattants. Le 23 août 1944, il rejoint la 2e division blindée du général Philippe Leclerc de Hauteclocque et participe à la libération de Paris, notamment à la prise du palais Bourbon et des bâtiments du quai d'Orsay tenus par les SS. Il obtient personnellement la reddition de près de 400 soldats allemands, fait d'armes qui lui vaut la Légion d'honneur à titre militaire. Reçu en 1945 au concours de l'Inspection générale des finances, il intègre dès janvier 1947 le cabinet de Léon Blum, puis celui de Paul Ramadier et de René Mayer, avant de quitter les cabinets ministériels en 1950.
Entré à la Banque nationale pour le commerce et l'industrie en 1950, Albin Chalandon est débauché en 1952 par Marcel Dassault et Henri Potez pour créer la Banque commerciale de Paris, qu'il développe en seize ans jusqu'à en faire la sixième banque française. Il y vend ses parts en 1968 pour entrer en politique sous l'étiquette gaulliste, après avoir été secrétaire général de l'Union pour la nouvelle République (UNR) en 1958-1959 avant de quitter cette fonction à la suite d'une campagne menée par Jacques Soustelle. Élu député des Hauts-de-Seine en 1967, réélu en 1968 et 1973, il est nommé ministre de l'Industrie dans le gouvernement de Georges Pompidou en mai 1968, puis ministre de l'Équipement et du Logement sous Maurice Couve de Murville et Jacques Chaban-Delmas jusqu'en juillet 1972. Son passage au ministère est marqué par l'accélération de la construction autoroutière, le pays passant de 50 à 500 km de nouvelles routes par an, et par le lancement du Concours international de la maison individuelle de 1969, qui donne naissance à environ 70 000 pavillons surnommés péjorativement "chalandonnettes" en raison de leur qualité de construction critiquée. De 1977 à 1983, il préside l'Entreprise de recherches et d'activités pétrolières (ERAP) et sa filiale Elf Aquitaine, où il doit gérer les suites de l'affaire des avions renifleurs. Revenu en politique en 1986 dans les rangs du Rassemblement pour la République (RPR) de Jacques Chirac, il est élu député du Nord et nommé garde des Sceaux du gouvernement Chirac, poste qu'il occupe pendant toute la première cohabitation, jusqu'en mai 1988.
Lors de son passage au ministère de la Justice, Albin Chalandon est à l'origine de plusieurs polémiques. Le 23 septembre 1986, une conférence de presse consacrée à la toxicomanie déclenche des protestations : il déclare que "l'usager est d'abord un délinquant" et annonce son intention de créer 1 600 places de prison adaptées aux toxicomanes récalcitrants. Ces déclarations suscitent l'opposition de l'ancienne ministre de la Santé Simone Veil et, un mois plus tard, de la ministre en exercice Michèle Barzach, qui obtient l'arbitrage du Premier ministre en sa faveur. Le 12 novembre 1986, Chalandon présente en Conseil des ministres un projet de réforme du code de la nationalité remettant en cause le droit du sol pour les enfants d'étrangers nés en France. François Mitterrand rend public son désaccord, et le projet est abandonné. Par ailleurs, son départ du ministère de l'Équipement en 1972 avait été marqué par l'affaire Aranda, du nom d'un collaborateur ayant transmis à la presse des documents compromettants pour plusieurs personnalités du pouvoir. En décembre 2010, Albin Chalandon est placé en garde à vue pendant deux jours dans le cadre d'une enquête distincte, mais il n'a jamais été mis en examen ni inquiété par la justice.
1920 : naissance le 11 juin à Reyrieux (Ain)
1942 : diplôme d'études supérieures de philosophie à la faculté des lettres de Paris
1943 : recrutement dans l'Organisation de résistance de l'Armée (ORA)
1944 : commandement du maquis de Lorris ; participation à la libération de Paris avec la 2e DB du général Leclerc ; Légion d'honneur à titre militaire
1945 : admission à l'Inspection générale des finances
1947 : chargé de mission économique et financière dans le cabinet de Léon Blum
1952 : cofondation, avec Marcel Dassault et Henri Potez, de la Banque commerciale de Paris
1958 : nommé trésorier puis secrétaire général de l'Union pour la nouvelle République (UNR)
1967 : premier élection comme député des Hauts-de-Seine
1968 : ministre de l'Industrie (mai-juillet) puis ministre de l'Équipement et du Logement (juillet)
1969 : lancement du Concours international de la maison individuelle (les "chalandonnettes")
1977 : nommé PDG de l'ERAP et d'Elf Aquitaine
1986 : élu député du Nord ; nommé garde des Sceaux du gouvernement Jacques Chirac
1988 : fin du mandat de garde des Sceaux ; retrait de la vie politique active
2009 : élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur le 14 juillet
2020 : décès le 29 juillet aux Mesnuls (Yvelines) à l'âge de cent ans
Albin Chalandon est le quatrième et dernier fils de Pierre Chalandon (1879-1964), industriel et maire de Reyrieux (Ain), et de Claire Cambon (1885-1965). Par son père, il est le petit-fils d'Emmanuel Chalandon, maire de Parcieux et conseiller départemental de l'Ain ; par sa mère, il est le petit-fils de Victor Cambon, ingénieur et journaliste, professeur à l'École des arts et manufactures de Lyon. Scolarisé au lycée Ampère à Lyon puis au lycée Michelet à Vanves et au lycée Condorcet à Paris, il épouse le 10 juillet 1951 la princesse Salomé Murat (1926-2016), descendante du maréchal Joachim Murat, roi de Naples, et de Caroline Bonaparte. De cette union naissent trois fils : Fabien (1953), Aurèle (1955) et Emmanuel (1959). Le couple se sépare en 1970 sans divorcer. À partir de 1968, Albin Chalandon entretient une relation avec la journaliste Catherine Nay (née en 1943) ; il l'épouse en 2016, peu après le décès de Salomé Murat.
Gaulliste de la première heure, Albin Chalandon noue de nombreux liens durables dans les milieux politiques et économiques. Il soutient Valéry Giscard d'Estaing lors de la succession à Georges Pompidou en 1974, puis accompagne Jacques Chirac dans la création du RPR en 1976. Il prend sous son aile Rachida Dati dans les années 1980, l'aidant à obtenir un poste chez Elf Aquitaine en 1988 et suivant son ascension jusqu'à sa prise de fonctions au ministère de la Justice en 2007. Sa biographie est publiée en 2023 par Pierre Manenti aux éditions Perrin, avec une préface de Catherine Nay, qui a donné accès aux archives familiales pour cet ouvrage.
Albin Chalandon meurt le 29 juillet 2020 dans sa maison de campagne des Mesnuls (Yvelines), à l'âge de cent ans. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille. Les obsèques sont célébrées le 5 août 2020 en l'église des Mesnuls, dans l'intimité familiale, suivies de l'inhumation au cimetière du village. Le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti, lointain successeur de Chalandon au ministère de la Justice, assiste aux obsèques et déclare que la France perd "un de ses combattants de la Libération" et "la République un de ses grands serviteurs". Le président Emmanuel Macron rend hommage à "une haute figure qui incarnait un siècle d'histoire française, depuis la geste glorieuse des maquis jusqu'aux heures de maturité de la Ve République". L'ancienne garde des Sceaux Rachida Dati exprime publiquement sa peine, rappelant le rôle décisif que Chalandon a joué dans sa carrière.
Albin Chalandon est inhumé dans le cimetière des Mesnuls (Yvelines), commune où il résidait et où se sont tenues ses obsèques le 5 août 2020. Le musée de la Résistance de Lorris (Loiret) conserve une notice biographique détaillée qui lui est consacrée, en tant que commandant du maquis de Lorris en 1944.
1 - En 1938, avant d'entrer en faculté de lettres, Albin Chalandon obtient le prix de philosophie Léonard-Constant, décerné par la Fédération des anciens combattants de la Rhénanie et de la Ruhr, distinction rarement signalée dans les biographies standard.
2 - Lors des combats d'août 1944 en Sologne, il est blessé sérieusement à la tête dans un accident au volant d'une traction avant réquisitionnée, peu après l'embuscade de Chicamour où mourut dans ses bras le cyrard Pierre Puget, qu'il avait fait venir de Paris.
3 - La Banque commerciale de Paris, cofondée avec Marcel Dassault et Henri Potez en 1952 sur la recommandation d'Abel-François Chirac, père de Jacques Chirac, est devenue en seize ans la sixième banque française avant d'être absorbée en 1972 par la Banque Vernes.
4 - En 1986, Jacques Chirac lui propose d'abord le ministère des Affaires étrangères ; Chalandon le décline, estimant que ce poste "oblige à passer son temps en avion" et qu'il risquerait de "devenir le télégraphiste pris dans une bagarre Mitterrand-Chirac".
5 - Le 14 juillet 2009, à l'âge de 88 ans, Albin Chalandon est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur, la plus haute distinction de l'ordre qu'il avait obtenu soixante-cinq ans plus tôt à titre militaire pour faits de guerre.
- Métier(s) : haut fonctionnaire, banquier, homme politique, résistant
- Résidence principale : les Mesnuls (Yvelines)
- Relations de couple : Salomé Murat (mariés de 1951 à son décès en 2016, séparés de fait à partir de 1970) ; Catherine Nay (compagne à partir de 1970, épousée en 2016)
- Enfants : Fabien (1953), Aurèle (1955), Emmanuel (1959)
- Distinctions : Légion d'honneur (titre militaire, 1944), grand-croix de la Légion d'honneur (14 juillet 2009), Croix de guerre 1939-1945
« Une misérable querelle. »
— Lettre ouverte publiée dans Le Monde, 28 décembre 1983, sur l'affaire des avions renifleurs
« L'usager est d'abord un délinquant. »
— Conférence de presse sur la toxicomanie, 23 septembre 1986 (citée par Wikipedia FR et vie-publique.fr)
« Il faut savoir réprimer et pas seulement prévenir. »
— Déclaration aux procureurs généraux, septembre 1986 (citée par Favier et Martin-Rolland, et Wikipedia FR)
« Une misérable querelle. »
— Lettre ouverte publiée dans Le Monde, 28 décembre 1983, sur l'affaire des avions renifleurs
« L'usager est d'abord un délinquant. »
— Conférence de presse sur la toxicomanie, 23 septembre 1986 (citée par Wikipedia FR et vie-publique.fr)
« Il faut savoir réprimer et pas seulement prévenir. »
— Déclaration aux procureurs généraux, septembre 1986 (citée par Favier et Martin-Rolland, et Wikipedia FR)