Cette année marque le 110ᵉ anniversaire de sa naissance.
Olivia de Havilland, actrice britannico-américaine naturalisée française, a remporté deux Oscars de la meilleure actrice et conduit en 1944 un procès historique contre la Warner Bros. qui a redéfini les droits contractuels de tous les artistes de Hollywood.
Née le 1er juillet 1916 à Tokyo de Walter de Havilland, avocat spécialisé en brevets, et de Lilian Augusta Ruse, actrice connue sous le nom de scène Lillian Fontaine, Olivia grandit en Californie après le divorce de ses parents en 1918. Sa mère s'installe à Saratoga avec ses deux filles, dont la cadette deviendra l'actrice Joan Fontaine. Olivia étudie au lycée de Los Gatos puis au couvent Notre-Dame de Belmont. En 1933, elle fait ses débuts au théâtre amateur à la Saratoga Community Players. Deux ans plus tard, le réalisateur Max Reinhardt la remarque lors d'une production du Songe d'une nuit d'été à l'Hollywood Bowl et lui confie le rôle d'Hermia, qu'elle reprend dans l'adaptation cinématographique de la Warner Bros. en 1935. Michael Curtiz la dirige aux côtés d'Errol Flynn dans Capitaine Blood la même année, scellant un duo populaire qu'ils prolongeront dans La Charge de la brigade légère en 1936 et Les Aventures de Robin des Bois en 1938.
David O. Selznick obtient de la Warner Bros. de lui prêter l'actrice contre les services de James Stewart : Olivia de Havilland incarne Melanie Hamilton dans Autant en emporte le vent en 1939 aux côtés de Vivien Leigh et Clark Gable, obtenant une première nomination aux Oscars. Frustrée par les rôles stéréotypés que le studio lui impose, elle refuse plusieurs scénarios, déclenchant des suspensions sans salaire prolongeant son contrat au-delà de sept ans. En 1944, elle attaque la Warner Bros. devant les tribunaux californiens ; la Cour d'appel lui donne raison en invoquant le Code du travail de Californie : la décision, dite De Havilland Law, interdit aux studios d'additionner les suspensions à la durée du contrat. Forte de cette victoire, elle enchaîne des rôles plus exigeants : Oscar de la meilleure actrice pour À chacun son destin en 1946, La Fosse aux serpents en 1948 -- l'un des premiers films à dresser un portrait clinique de la maladie mentale -- et un second Oscar pour L'Héritière en 1949.
1916 : naissance le 1er juillet à Tokyo (Japon).
1918 : départ au Japon ; installation à Saratoga, Californie, avec sa mère et sa soeur Joan.
1933 : débuts au théâtre amateur dans la pièce Alice in Wonderland à la Saratoga Community Players.
1935 : premiers rôles à l'écran dans Alibi Ike et Le Songe d'une nuit d'été ; signature d'un contrat avec la Warner Bros. ; tournage de Capitaine Blood avec Errol Flynn.
1939 : rôle de Melanie Hamilton dans Autant en emporte le vent ; première nomination aux Oscars.
1941 : naturalisation américaine.
1944 : victoire judiciaire contre la Warner Bros. ; la Cour d'appel de Californie rend la décision connue sous le nom de De Havilland Law.
1946 : Oscar de la meilleure actrice pour À chacun son destin.
1949 : second Oscar de la meilleure actrice pour L'Héritière.
1953 : installation définitive à Paris.
1955 : mariage avec le journaliste Pierre Galante à Yvoy-le-Marron (Sologne) ; prix Coupe Volpi à la Mostra de Venise.
1962 : publication de Every Frenchman Has One chez Random House.
1965 : première femme présidente du jury du Festival de Cannes.
2010 : décoration de la Légion d'honneur par le président Nicolas Sarkozy.
2020 : décès le 26 juillet à Paris, à l'âge de 104 ans.
Olivia de Havilland meurt le 26 juillet 2020 à son domicile parisien, à 104 ans. Son agente Lisa Goldberg annonce que la cause du décès est naturelle, sans précision supplémentaire rendue publique. Les obsèques ont lieu le 1er août 2020 à la cathédrale américaine de Paris, dans la stricte intimité en raison du contexte sanitaire. La dépouille est incinérée au crématorium du cimetière du Père-Lachaise. L'Académie des Oscars salue sur les réseaux sociaux une actrice doublement récompensée. Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, rappelle à l'AFP son rôle de pionnière en tant que première femme présidente du jury du festival et souligne sa force dans le combat contre le système des studios.
Incinérée au crématorium du cimetière du Père-Lachaise à Paris, l'urne d'Olivia de Havilland est ultérieurement transférée dans la sépulture familiale sur l'île de Guernesey, territoire britannique dont est originaire la branche paternelle des de Havilland. La cathédrale américaine de Paris, où elle lisait régulièrement les Écritures, a accueilli sa cérémonie funèbre.
Ses parents, Walter de Havilland et Lillian Fontaine, divorcent lorsqu'elle a deux ans ; sa mère se remarie avec le commerçant George Fontaine à Saratoga. Olivia de Havilland épouse en 1946 le romancier américain Marcus Goodrich, dont elle a un fils, Benjamin, né en 1949, devenu mathématicien avant de décéder en 1991. Elle divorce en 1954, puis se marie en 1955 à Yvoy-le-Marron avec le journaliste de Paris Match Pierre Galante ; leur fille Gisèle naît en 1956. Ce second mariage se termine en 1979. À partir de 1953, elle réside à Paris, d'abord rue Bénouville dans le 16e arrondissement, puis dans ses dernières années à l'hôtel Saint-James.
Amie de Bette Davis depuis leurs années communes à la Warner Bros., Olivia de Havilland entretient des liens étroits avec le cinéma français. En 1965, elle devient la première femme à présider le jury du Festival de Cannes, fait rappelé par Thierry Frémaux à l'AFP lors de son décès. En 2010, le président Nicolas Sarkozy la décore de la Légion d'honneur. Sa relation avec sa soeur Joan Fontaine, brouillée depuis les Oscars de 1942, reste rompue jusqu'à la mort de cette dernière en 2013. Elle lit régulièrement les Écritures à la cathédrale américaine de Paris lors des offices de Noël et de Pâques.
1 - Lors des Oscars de 1942, Joan Fontaine remporte la statuette de la meilleure actrice face à sa soeur et refuse ses félicitations au moment de monter sur scène, épisode que le biographe Charles Higham désigne comme le déclencheur d'une brouille qui ne prendra jamais fin.
2 - La De Havilland Law, issue de son procès de 1944, reste en vigueur en 2020 : le chanteur Jared Leto l'invoque pour rompre le contrat de neuf ans de son groupe avec son label de musique, et la remercie personnellement lors d'une rencontre à Paris.
3 - Elle a refusé le rôle de Blanche DuBois dans Un tramway nommé Désir non pour raisons morales, mais parce qu'elle venait d'accoucher ; le rôle échoit alors à Vivien Leigh, sa partenaire d'Autant en emporte le vent.
4 - En 1962, elle publie Every Frenchman Has One, récit humoristique de son adaptation à la vie parisienne, best-seller lors de sa sortie chez Random House ; réédité en 2016 pour ses cent ans, l'ouvrage entre à nouveau dans les listes de ventes.
5 - Son cousin paternel Sir Geoffrey de Havilland est le concepteur du bombardier Mosquito de la Royal Air Force ; la famille tire son nom d'un ancêtre normand, compagnon de Guillaume le Conquérant lors de la conquête de l'Angleterre en 1066.
- Métier(s) : actrice de cinéma, de théâtre et de télévision
- Résidence principale : Paris (16e arrondissement)
- Relations de couple : Marcus Goodrich (1946-1954), Pierre Galante (1955-1979)
- Enfants : Benjamin Goodrich (1949-1991), Gisèle Galante (1956)
- Distinctions : deux Oscars de la meilleure actrice (1946, 1949), Coupe Volpi de la Mostra de Venise (1955), Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rôle pour une mini-série (1987), Légion d'honneur (2010), dame-commandeur de l'ordre de l'Empire britannique (2017), étoile sur le Hollywood Walk of Fame
« La France est le seul pays où je me sente vraiment chez moi. »
— Déclaration lors de son installation à Paris, 1953, citée dans Télé 7 Jours, semaine du 28 juin au 4 juillet 1969 (entretien de Christine Descateaux)
« Je voulais être ce que mon professeur d'histoire et d'instruction civique au lycée considérait comme une bonne Américaine. Cela impliquait automatiquement de s'intéresser au gouvernement. »
— Every Frenchman Has One, Crown Archetype, 2016 (traduit de l'anglais)
« Jouer les gentilles filles dans les années 30 était difficile, quand la mode était de jouer les mauvaises filles. Je pense que jouer les mauvaises filles est ennuyeux ; j'ai toujours eu plus de chance avec les bons rôles de filles parce qu'ils exigent plus d'une actrice. »
— Citation reprise dans plusieurs sources biographiques documentées (traduit de l'anglais)