Gérard Blain, né le 23 octobre 1930 à Paris et mort le 17 décembre 2000 dans la même ville, est un acteur, réalisateur et scénariste français, visage associé à la Nouvelle Vague puis cinéaste ascétique et confidentiel, auteur de neuf films inspirés de l'esthétique de Robert Bresson.
Après avoir quitté l'école à treize ans et fréquenté les tournages parisiens comme figurant dès 1943, Gérard Blain apparaît notamment dans Les Enfants du paradis (1945) de Marcel Carné. Sa carrière d'acteur prend un tournant décisif en 1956 avec Voici le temps des assassins de Julien Duvivier, aux côtés de Jean Gabin, où il incarne un jeune homme trouble. La presse le surnomme alors le "James Dean français". En 1957, François Truffaut le choisit pour son court-métrage Les Mistons, puis Claude Chabrol lui confie le rôle-titre de Le Beau Serge (1958), premier long-métrage de la Nouvelle Vague tourné dans le village de Sardent, dans la Creuse. Il retrouve Chabrol la même année dans Les Cousins (1959), où il incarne Charles, un étudiant provincial perdu dans Paris. Jean-Luc Godard lui offre un court rôle dans Charlotte et son Jules (1960). Malgré cette association au mouvement, Blain en prendra plus tard ses distances, le qualifiant de conformisme.
La coproduction franco-italienne de l'époque l'amène à tourner en Italie pour Mauro Bolognini dans Jeunes maris (1958) et pour Carlo Lizzani dans Le Bossu de Rome (1960) et L'Or de Rome (1961). En 1962, Howard Hawks l'intègre à la distribution de Hatari ! aux côtés de John Wayne, mais l'expérience hollywoodienne le déçoit profondément. C'est pendant ce tournage qu'il commence à filmer ses propres séquences en 16 mm. Insatisfait du métier d'acteur, qu'il finira par mépriser ouvertement, il passe à la réalisation en 1971 avec Les Amis, qui remporte le Léopard d'or au Festival de Locarno. Son esthétique, délibérément austère et influencée par les cinémas d'Ozu, de Dreyer et de Bresson, lui vaut l'admiration de la critique mais aucun succès commercial. Il reste actif comme acteur de manière ponctuelle : Wim Wenders le rappelle devant les caméras pour L'Ami américain (1977), Edouard Niermans pour Poussière d'ange (1987) et Olivier Assayas pour L'Enfant de l'hiver (1989).
En 1987, le film Pierre et Djemila, coécrit par Gérard Blain avec Mohamed Bouchibi et Michel Marmin, suscite une polémique lors de sa présentation au Festival de Cannes. La présence de Michel Marmin au générique, connu pour ses liens avec la Nouvelle Droite française (GRECE), vaut au film des accusations de racisme, malgré son propos ostensiblement antiraciste autour d'un amour interdit entre un jeune Français et une adolescente d'origine algérienne dans la banlieue de Roubaix. Le Monde couvre la polémique dès le 13 mai 1987. La controverse affecte durablement la carrière de Blain au sein de l'industrie cinématographique française. Blain, qui se définissait lui-même comme "politiquement con", avait évolué d'un anarchisme affirmé vers des fréquentations jugées proches de l'extrême droite, bien qu'il ait signé en 1999 la pétition "Les Européens veulent la paix" contre la guerre en Serbie.
1930 : naissance le 23 octobre à Paris ; père architecte qui abandonne rapidement le foyer familial
1943 : début comme figurant dans les studios parisiens
1945 : apparition non créditée dans Les Enfants du paradis de Marcel Carné
1953 : mariage avec l'actrice Estella Blain (divorce en 1956)
1956 : rôle de composition dans Voici le temps des assassins de Julien Duvivier, face à Jean Gabin
1957 : mariage avec Bernadette Lafont ; rôle dans Les Mistons de François Truffaut
1958 : rôles principaux dans Le Beau Serge et Jeunes maris de Mauro Bolognini
1959 : divorce de Bernadette Lafont ; Les Cousins de Claude Chabrol
1960 : mariage avec Monique Sobieski
1962 : tournage de Hatari ! avec Howard Hawks et John Wayne
1971 : premier film en tant que réalisateur, Les Amis ; Léopard d'or au Festival de Locarno
1974 : Le Pélican sélectionné en compétition à la Berlinale
1976 : Un enfant dans la foule, film autobiographique, sélectionné au Festival de Cannes
1977 : rôle de Raoul Minot dans L'Ami américain de Wim Wenders
1987 : polémique autour de Pierre et Djemila au Festival de Cannes
1999 : Léopard d'or pour l'ensemble de sa carrière au Festival de Locarno
2000 : film testamentaire Ainsi soit-il avec son fils Paul Blain ; décès le 17 décembre à Paris
Gérard Blain est issu d'une famille parisienne depuis plusieurs générations. Son père, architecte en chef de la Ville de Paris, abandonne très tôt le foyer familial, laissant l'enfant dans un environnement conflictuel avec sa mère et sa soeur. Il quitte l'école sans diplôme à treize ans. Il se marie trois fois : d'abord avec l'actrice Estella Blain (1953-1956), puis avec Bernadette Lafont (1957-1959), rencontrée en 1955 lors d'une représentation aux arènes de Nîmes, enfin avec Monique Sobieski (1960-2000, jusqu'à son décès). Selon IMDb, il épouse également Marie-Hélène Bauret à partir du 4 janvier 1985. Il est le père de cinq enfants, dont Paul Blain, qui poursuit une carrière d'acteur et interprète le rôle principal du dernier film de son père, Ainsi soit-il.
Robert Bresson, qu'il admire depuis ses débuts, devient un ami personnel ; Paul Blain évoque des visites régulières dans la maison de campagne du maître. Maurice Pialat, avec lequel Blain partage un rapport conflictuel au milieu du cinéma, lui signe un chèque personnel quand il traverse des difficultés financières. Définissant lui-même ses positions politiques comme celles d'un "anarchiste de droite" selon les mots d'Olivier Assayas, Blain est décrit comme un individualiste en guerre contre le conformisme social et libéral. En 1999, il signe la pétition pacifiste "Les Européens veulent la paix" contre la guerre en Serbie. Il passe la dernière décennie de sa vie à lutter contre des dettes tout en refusant tout compromis artistique.
Gérard Blain décède le dimanche 17 décembre 2000 à Paris, à l'âge de 70 ans. Selon l'Encyclopaedia Universalis, il se savait malade et condamné lors de la réalisation d'Ainsi soit-il (2000), oeuvre qualifiée de testamentaire. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille. Le Guardian publie son nécrologie dès le 19 décembre 2000 sous la plume de Ronald Bergan, qui le désigne comme "le premier visage de la Nouvelle Vague". Le journal Le Monde lui consacre un article nécrologique signé Jean-François Rauger le 18 décembre 2000, titré "Gérard Blain, rebelle intransigeant du cinéma français". Le Festival de Locarno, qui lui avait décerné un Léopard d'or pour l'ensemble de sa carrière l'année précédente, est l'institution la plus directement liée à sa reconnaissance tardive.
Le lieu de sépulture de Gérard Blain n'a pas été rendu public par sa famille. En 2019, un documentaire intitulé Gérard Blain : adultes, je vous hais lui est consacré. En 2026, la Cinémathèque française propose une réédition en salle de Pierre et Djemila.
1 - C'est lors du tournage de Hatari ! (1962) avec Howard Hawks que Blain commence à filmer ses propres séquences en 16 mm, posant les bases de sa reconversion tardive en cinéaste, neuf ans avant son premier long-métrage.
2 - Son film Les Amis (1971) risquait l'interdiction de la censure : il mettait en scène une relation entre un homme d'âge mûr et un adolescent de seize ans, à une époque où la majorité sexuelle était fixée à vingt et un ans en France. François Truffaut en salue publiquement le courage.
3 - Paul Blain se souvient que Maurice Pialat, lors d'un dîner, apprend les difficultés financières de son père et lui signe immédiatement un chèque, sans condition, témoignant d'une solidarité discrète entre cinéastes à la marge.
4 - Bien qu'associé à la Nouvelle Vague dès ses débuts, Gérard Blain ne cessera d'en récuser l'étiquette, la qualifiant de conformisme, et se réclame exclusivement des cinémas d'Ozu, Dreyer et Bresson.
5 - Son film le plus autobiographique, Un enfant dans la foule (1976), retrace sa propre enfance sous l'Occupation : un adolescent livré à lui-même cherche dans des relations avec des adultes un père de substitution, après l'abandon du sien.
6 - Taille : 1,70 m selon IMDb.
- Métier(s) : acteur, réalisateur, scénariste
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : Estella Blain (1953-1956, divorce) ; Bernadette Lafont (1957-1959, divorce) ; Monique Sobieski (1960-2000, décès) ; Marie-Hélène Bauret (à partir de 1985 selon IMDb)
- Enfants : cinq enfants dont Paul Blain (acteur)
- Distinctions : Léopard d'or au Festival de Locarno pour Les Amis (1971) ; Léopard d'or pour l'ensemble de la carrière au Festival de Locarno (1999)
« Auteur de films. »
— Formule utilisée par Gérard Blain pour se définir, citée dans Le Temps, nécrologie du 18 décembre 2000
« Depuis mon enfance, je me considère avec la société en état de légitime défense. »
— Propos attribués à Gérard Blain, cités dans la biographie Wikipédia FR et relayés par tv-programme.com