Monique Chaumette, née le 4 avril 1927 dans le 14e arrondissement de Paris, est une actrice française de théâtre, de cinéma et de télévision. Epouse de Philippe Noiret pendant plus de quarante ans, elle mène une carrière discrète mais reconnue, couronnée en 2009 par un Molière. Biographie d'une comédienne formée à l'école du Théâtre national populaire de Jean Vilar, qui traverse sept décennies de scène sans jamais cesser de douter.
Fille d'un commerçant et d'une secrétaire, Monique Chaumette grandit dans le 14e arrondissement de Paris, dans une famille où le théâtre s'impose par l'exemple de son frère aîné, François Chaumette, qui devient acteur dans les années 1940. Elle emboîte le pas et débute en 1947 au Théâtre national populaire (TNP) dirigé par Jean Vilar. Pendant douze ans, elle vit la vie de troupe au Palais de Chaillot et au Festival d'Avignon, aux côtés de Gérard Philipe et Maria Casarès. Elle joue un répertoire exigeant : Mère Courage de Brecht, La Tragédie du roi Richard II de Shakespeare, Dom Juan et Les Femmes savantes de Molière, Macbeth. Elle appartient à une génération qui ne connaît pas les récompenses : "On faisait du mieux qu'on pouvait, on travaillait, on avançait au fur et à mesure de la réflexion" (blog Les Molières, 2009). C'est au TNP qu'elle rencontre Philippe Noiret, qu'elle épouse en 1962. Avant cela, elle a été brièvement mariée à l'écrivain franco-égyptien Albert Cossery.
Après son départ du TNP en 1960, Monique Chaumette poursuit une carrière partagée entre les planches, le cinéma et la télévision. Au cinéma, elle tourne avec Costa-Gavras (Compartiment tueurs, 1965 ; Un homme de trop, 1967), Marco Ferreri (La Grande Bouffe, 1973), Claude Chabrol (Les Fantômes du chapelier, 1982 ; Masques, 1986), et participe à cinq films de Bertrand Tavernier, dont Un dimanche à la campagne (1983) et La Passion Béatrice (1987). Elle donne la réplique à Simone Signoret dans La Veuve Couderc (1971) et apparaît dans une dizaine de films aux côtés de Philippe Noiret. Au théâtre, elle joue sous la direction de Patrice Chéreau dans Le Retour au désert de Koltès (1988), aux côtés de Michel Piccoli et Jacqueline Maillan, puis sous celle de Jorge Lavelli dans Heldenplatz de Thomas Bernhard (1991).
En 2009, elle remporte le Molière de la comédienne dans un second rôle pour son interprétation de Tante Rose dans Baby Doll de Tennessee Williams, mise en scène par Benoît Lavigne au Théâtre de l'Atelier. Elle est alors nominée pour la deuxième fois, après une sélection en 2005 pour Tantine et moi. En 2012, elle retrouve Benoît Lavigne et Tennessee Williams pour La Rose tatouée. En 2014, elle tourne le court métrage J'ai mal occupé ma jeunesse à Reims, sous la direction de la jeune réalisatrice Anne Agüero. Elle a alors 87 ans et déclare avoir "toujours autant envie de s'amuser" devant une caméra (L'Union, septembre 2014). Elle confie aussi un regret ancien : ne pas avoir joué Bérénice quand elle en avait l'âge, un aveu formulé "sans aucune rancune" (L'Union, septembre 2014). Son dernier rôle au cinéma est Des gens bien de Bruno Lopez et Emmanuel Vielly, en 2017. Malgré ces décennies de métier, le doute ne l'a jamais quittée : "Avant un tournage ou une première au théâtre, je me pose beaucoup de questions, je ne suis pas sûre de moi. J'essaie alors d'être..." (L'Union, septembre 2014).
1927 : naissance le 4 avril dans le 14e arrondissement de Paris
1947 : débuts au Théâtre national populaire sous la direction de Jean Vilar
1949 : interprète La Tragédie du roi Richard II de Shakespeare au Festival d'Avignon
1960 : départ du TNP après treize saisons
1962 : mariage avec Philippe Noiret
1965 : premier film avec Costa-Gavras, Compartiment tueurs
1983 : tourne dans Un dimanche à la campagne de Bertrand Tavernier
1988 : joue dans Le Retour au désert de Koltès, mis en scène par Patrice Chéreau
2005 : nomination au Molière de la comédienne dans un second rôle pour Tantine et moi
2009 : Molière de la comédienne dans un second rôle pour Baby Doll
2016 : tourne dans Seul dans Berlin de Vincent Perez, aux côtés de Brendan Gleeson et Emma Thompson
2017 : dernier rôle au cinéma dans Des gens bien
Monique Chaumette est issue d'un milieu modeste parisien. Son frère aîné, François Chaumette (1923-1996), sociétaire de la Comédie-Française, est la première voix française de Dark Vador et celle de HAL 9000 dans 2001, l'Odyssée de l'espace. Il décède en 1996 des suites d'un cancer. Sa nièce, Sarah Chaumette, fille de François, est également comédienne. Monique Chaumette est d'abord brièvement mariée à l'écrivain Albert Cossery, figure de Saint-Germain-des-Prés. Cossery, qui vit à l'hôtel La Louisiane et ne déroge jamais à son rythme, voit Monique le quitter, "bientôt lasse" (Frédéric Andrau, Monsieur Albert. Cossery, une vie, 2013). En 1962, elle épouse Philippe Noiret, rencontré au TNP. Leur fille, Frédérique Noiret, naît le 25 mai 1960 et devient assistante de direction de tournage et scénariste. Frédérique a une fille, Deborah Grall, également comédienne, née de son union avec le réalisateur Sébastien Grall (1954-2013). Noiret déclarera : "J'ai commencé à vivre lorsque j'ai rencontré Monique" (documentaire La pudeur des sentiments, France 2, 2014). Jean Rochefort, ami intime du couple qui accompagne Philippe jusqu'à la fin, résume : "Qu'aurait-il été sans elle ?" (Le Monde, janvier 2015). Philippe Noiret décède le 23 novembre 2006 à son domicile parisien, des suites d'un cancer généralisé. A la cérémonie des Molières, Monique Chaumette évoque le souvenir de son mari avec tendresse : "Je me souviens de celles où Philippe est intervenu. Il s'exprimait avec beaucoup d'aisance, d'humour. Il me faisait beaucoup rire" (blog Les Molières, 2009).
En 2014, elle confie sa vision de la transmission : "Aujourd'hui, j'ai envie de donner du plaisir, de l'amour, de l'émotion aux autres. Tout ce que j'ai vécu - j'ai été une éponge ! - m'a enrichie. Comme j'ai beaucoup reçu dans ma vie, j'essaie aujourd'hui de transmettre ce que j'ai acquis" (L'Union, septembre 2014). Elle dit apprécier particulièrement le travail avec les jeunes créateurs : "J'aime les gens qui débutent, qui ont de l'audace. A leurs côtés, je retrouve ma jeunesse car ils m'apportent du dynamisme !" (L'Union, septembre 2014). En 2013, elle participe à une soirée hommage à Albert Cossery, aux côtés de Macha Méril, témoignant de la persistance de ses liens avec le monde littéraire. Aucun engagement associatif ou politique public n'est documenté.
Monique Chaumette réside à Paris, dans le 7e arrondissement, dans l'appartement qu'elle a longtemps partagé avec Philippe Noiret. L'appartement, où les oeuvres d'art s'accumulaient "à touche-touche" sur les murs, fait l'objet en mars 2025 d'une vente aux enchères de 313 lots à l'Hôtel Drouot, intitulée "La collection d'un Bienheureux" (Gazette Drouot, mars 2025). Le couple a possédé une propriété à Turcy, près de Montréal, dans le département de l'Aude. Philippe Noiret racontait en avoir eu "le coup de foudre" et décrivait le paysage : "les Pyrénées, les contreforts, tous ces petits mamelons de la Malepère, moitié bois, moitié champs. C'était le paysage dont je rêvais" (Pays Cathare Magazine, 1999). La propriété est synonyme de promenades à cheval, de lectures, de famille : "On y a amené la famille, les chevaux et même les chevaux des amis" (Pays Cathare Magazine, 1999). Après le décès de Philippe Noiret, Monique Chaumette ne peut se résoudre à y retourner seule et vend la propriété (Marie France, janvier 2025). Née dans le 14e arrondissement de Paris, elle conserve un ancrage parisien. Le Théâtre de l'Atelier, le TNP du Palais de Chaillot et le Festival d'Avignon restent les lieux emblématiques de sa carrière.
Lors de la remise de son Molière en 2009, Monique Chaumette place le trophée parmi ceux de Philippe Noiret et se dit : "Profites-en, il n'y en aura pas deux comme ça !" Puis elle annonce à sa famille : "Eh bien voilà, moi aussi !" (blog Les Molières, 2009).
Elle partage un point commun avec Tante Rose, son personnage dans Baby Doll : "On aime beaucoup le chocolat." Elle décrit ce rôle comme "un personnage très poétique, plein de solitude" qui "refuse le monde qui arrive, plein de violence" (blog Les Molières, 2009).
Avant de jouer Elvire dans Dom Juan à Varsovie avec la troupe du TNP, l'équipe du théâtre sert de la vodka aux comédiens. Elle racontera plus tard dans un éclat de rire : "Ce soir-là, j'ai été magnifique !" (L'Union, septembre 2014).
Philippe Noiret, peintre amateur, avait accroché des tableaux de nus féminins devant le lit conjugal. Monique Chaumette finit par s'en lasser. Sa fille Frédérique raconte : "Ma mère en a eu marre et il a enlevé tous ceux de son côté pour mettre des fleurs à la place. C'est à ce moment que mon père a décidé de lui peindre des bouquets" (Closer, mars 2025).
En 2014, à 87 ans, elle accepte de tourner une scène dénudée sous la douche pour le court métrage J'ai mal occupé ma jeunesse. Elle explique avoir compris l'intention de la réalisatrice : "Il y a quelque chose de très émouvant, comme quand on prend un bébé nu tout contre soi" (L'Union, septembre 2014).
Avant un tournage ou une première au théâtre, je me pose beaucoup de questions, je ne suis pas sûre de moi. J'essaie alors d'« être »...
— L'Union, septembre 2014
Je ne m'y attendais pas. Je suis d'une génération où il n'y avait pas de récompense, on faisait du mieux qu'on pouvait, on travaillait, on avançait au fur et à mesure de la réflexion.
— blog Les Molières, 2009
Avant un tournage ou une première au théâtre, je me pose beaucoup de questions, je ne suis pas sûre de moi. J'essaie alors d'« être »...
— L'Union, septembre 2014
Je ne m'y attendais pas. Je suis d'une génération où il n'y avait pas de récompense, on faisait du mieux qu'on pouvait, on travaillait, on avançait au fur et à mesure de la réflexion.
— blog Les Molières, 2009