Cette année marque le 10ᵉ anniversaire de sa disparition.
Jean-Pierre Coffe est un animateur de radio et de télévision, critique gastronomique, comédien et écrivain français, né le 24 mars 1938 à Lunéville (Meurthe-et-Moselle) et mort le 29 mars 2016 à Lanneray (Eure-et-Loir), à l'âge de 78 ans. Figure inclassable du paysage médiatique français, il s'est imposé comme le pourfendeur le plus virulent de la malbouffe et de l'alimentation industrielle, avec une verve et un franc-parler devenus légendaires.
Jean-Pierre Coffe naît dans une famille modeste de Lunéville. Son père, coiffeur, est mobilisé dès 1937 et meurt au combat le 5 juin 1940 à Pont-Remy dans la Somme. Jean-Pierre a deux ans : il devient pupille de la Nation et ne connaîtra jamais son père, sinon par cette phrase déchirante consignée dans son autobiographie : "Il ne m'a pris dans ses bras qu'une fois, à l'occasion d'une permission. Nous ne nous sommes pas connus et donc pas aimés." (Une vie de Coffe, Stock, 2015). C'est sa mère qui reprend le salon de coiffure familial. Elle sera tondue à la Libération pour avoir coiffé et rasé des soldats allemands, et quittera la Lorraine. Ce sont ses grands-parents qui façonnent sans le savoir le palais du futur gastronome : sa grand-mère est cuisinière dans une maison bourgeoise, son grand-père jardinier et maraîcher.
Monté à Paris, Jean-Pierre Coffe se passionne pour le théâtre dès l'âge de treize ans et s'inscrit au Cours Simon. Pendant son service militaire en Algérie, au fort de Saint-Cyr, il crée avec Max Gallo un journal antimilitariste, Le Temps, interdit à sa troisième parution. Revenu à la vie civile, il enchaîne les vies : directeur de publicité aux Éditions Robert Laffont, fondateur d'une agence plaçant des grands-mères en famille pour les vacances (qui fait faillite), puis restaurateur. Dans les années 1970, il ouvre La Ciboulette rue Saint-Honoré, puis Le Modeste, qui devient un haut lieu de la nuit parisienne, fréquenté par Jean Carmet, Jean Poiret, Joseph Losey, Luis Buñuel et Graham Greene. Une escroquerie le conduit à une deuxième faillite en 1985, avec 7,5 millions de francs de dettes.
C'est Michel Denisot et Pierre Lescure, clients réguliers du Modeste, qui lui ouvrent les portes de la télévision. En 1984, à l'ouverture de Canal+, il devient chroniqueur dans les émissions de Denisot. Il rejoint ensuite France 2 en 1993 avec C'est tout Coffe, passe à TF1 en 1999 pour Bien jardiner, et devient de 2003 à 2012 chroniqueur culinaire dans Vivement Dimanche de Michel Drucker sur France 2. C'est sur TF1 qu'il crée l'une des images les plus mémorables du petit écran, jetant des morceaux de charcuterie industrielle et criant "C'est honteux, c'est de la merde !" Sa marionnette aux Guignols de l'info consacre sa popularité.
À la radio, il est sociétaire des Grosses Têtes de Philippe Bouvard sur RTL de 1990 à 2010, anime Ça se bouffe pas, ça se mange sur France Inter de 1998 à 2008, et revient aux Grosses Têtes en 2014 dans la nouvelle formule de Laurent Ruquier. Comédien à ses heures, il apparaît notamment dans Violette Nozière de Claude Chabrol (1978), Un amour de Swann de Volker Schlöndorff (1984) et Sac de noeuds de Josiane Balasko (1985). Il prête aussi sa voix au personnage de Nenesse dans le film d'animation Mia et le Migou (2008). En 1997, il signe une pièce de théâtre, Descente aux plaisirs, mise en scène par Pierre Mondy avec Annie Girardot. Il est l'auteur d'une soixantaine d'ouvrages sur la cuisine et le jardinage. En 2015, il publie son autobiographie, Une vie de Coffe, aux éditions Stock.
Jean-Pierre Coffe a été marié trois fois, sans que ces unions durent. La blessure la plus profonde de sa vie reste la perte d'un fils en 1967 : sa femme, enceinte de sept mois, y a mis fin seule et délibérément, sans le prévenir. Il racontera cet épisode en 2015 sur France 2 dans Toute une Histoire, face à Sophie Davant, avec une émotion intacte malgré les décennies : "Quand on fait de la télévision, le public imagine qu'on a une vie de rêve et qu'on ne peut pas avoir d'emmerdes. Mais on est comme les autres, quand les lumières s'éteignent, on est confronté aux mêmes problèmes de merde que tout le monde !" (Toute une Histoire, France 2, juin 2015). Il confiera que cette perte ne l'a jamais vraiment quitté : "Les circonstances ont fait que je n'ai pas pu, ou eu envie de refaire des enfants. Et finalement ça m'a manqué toute ma vie. Quand je vois des jeunes enfants, même si ce ne sont pas les miens, je suis malgré tout très bouleversé." (Toute une Histoire, France 2, juin 2015). Il a également perdu sa belle-fille Dominique, morte d'un cancer à 35 ans. Seule paternité accomplie : il a adopté Serge Coffe, fils naturel d'une cousine, qui a longtemps travaillé à ses côtés avant de devenir réalisateur.
Dans son autobiographie, il évoque avec franchise sa bisexualité et sa relation avec Christophe Dolbeau, son dernier compagnon, rencontré lors d'une séance de dédicaces au Mans. Christophe travaillait alors dans une maison d'hôtes : "Un jour, Jean-Pierre est venu faire des signatures avec Alain Baraton. Ils cherchaient un endroit sympa pour finir la soirée, nous sommes allés boire un verre tous ensemble. J'avoue que je ne savais pas qui il était." (Gala, 2017). C'est dans leur maison de Lanneray, en Eure-et-Loir, que Jean-Pierre Coffe passera ses dernières années, atteint de la maladie de Parkinson.
Ses convictions alimentaires ont structuré toute sa vie publique : défenseur acharné des produits de terroir, de la cuisine des grand-mères et de la souveraineté alimentaire, il n'a jamais hésité à s'en prendre aux industriels de l'agroalimentaire avec une verve parfois assassine. Sur les émissions de cuisine envahissant la télévision, il gardait une position tranchée : "Je trouve que tout cela manque de culture générale, de connaissance du produit et de pédagogie. Tous ces jeunes ne font que reproduire ce qu'ils ont appris. Un grand cuisinier se doit de connaître énormément de choses. Voyez Bocuse, à qui on peut parler de tous les sujets de la Terre !" (La Dépêche, février 2015). Ce qu'il aurait voulu faire, au fond : "Si je devais faire une émission, ce serait pour les enfants et je travaillerais d'abord sur les produits." (La Dépêche, février 2015). En 2009, une campagne d'affichage pour Leader Price lui vaut de vives critiques. Il répondra en affirmant avoir voulu "améliorer la qualité" de l'enseigne.
Jean-Pierre Coffe a grandi à Lunéville, en Lorraine, où son enfance a été marquée par l'absence du père et la cuisine de sa grand-mère. Paris a été le théâtre de ses aventures professionnelles, de ses faillites et de sa célébrité. Il est mort à Lanneray, en Eure-et-Loir, dans la propriété à la campagne où il s'était retiré pour ses dernières années. Ce domaine, la Duchaylatière à Saint-Denis-Lanneray, abrite un parc paysagé et arboré de deux hectares qu'il avait imaginé, accompagné d'un gîte et d'un magasin d'antiquités. Christophe Dolbeau en est devenu le propriétaire et l'entretient en hommage à son compagnon, conservant tous ses livres sur le jardinage. La bibliothèque culinaire, elle, a fait l'objet d'une vente aux enchères en 2020.