Tinto Brass, né Giovanni Brass, était un réalisateur, scénariste et monteur italien, né à Milan en 1933 et mort à Rome en 2026. Formé comme archiviste à la Cinémathèque française, il est passé du cinéma expérimental au cinéma érotique avec La Clé en 1983.
Diplômé en droit en 1957, Tinto Brass part pour Paris, où il travaille comme archiviste à la Cinémathèque française d'Henri Langlois, à l'heure de la Nouvelle Vague. Il y apprend le montage auprès du documentariste néerlandais Joris Ivens, puis devient en Italie assistant réalisateur d'Alberto Cavalcanti et de Roberto Rossellini. Son premier long métrage, Chi lavora è perduto (1963), errance d'un jeune dessinateur au chômage dans Venise, est présenté à la Mostra de Venise. Contraint par la censure, il en modifie le titre. Il enchaîne ensuite les genres avec un montage expérimental : le western Yankee (1966) avec Philippe Leroy, le thriller pop Col cuore in gola (1967) avec Jean-Louis Trintignant, L'urlo, en compétition à Berlin en 1970, puis Dropout (1970) et La vacanza (1971), qu'il coproduit, tous deux avec Vanessa Redgrave et Franco Nero. La vacanza reçoit le prix du meilleur film italien à Venise en 1971.
Membre du jury de la Berlinale en 1972, il amorce avec Salon Kitty (1976), porté par Helmut Berger et Ingrid Thulin, un virage vers l'érotisme. Le producteur Bob Guccione, fondateur de Penthouse, l'engage pour réaliser Caligula (1979), d'après un scénario de Gore Vidal, avec Malcolm McDowell, Helen Mirren et Peter O'Toole. Écarté avant le montage, il renie le film. À partir de La Clé (1983), adaptée de Jun'ichirō Tanizaki avec Stefania Sandrelli, il se consacre au cinéma érotique : Miranda (1985) avec Serena Grandi, Paprika (1991), Così fan tutte (1992), L'uomo che guarda (1994) d'après Alberto Moravia, Monella (1998) avec Anna Ammirati et Senso '45 (2002) avec Anna Galiena. Il y dirige aussi Claudia Koll et Debora Caprioglio, et monte lui-même ses films. En 2008, il préside le jury du Lion queer à Venise, avant un dernier court métrage, Hotel Courbet (2009).
Le tournage de Caligula oppose Tinto Brass au producteur Bob Guccione, qui fait tourner sans lui des scènes sexuelles non simulées et remonte le film. Plusieurs procès entre le réalisateur, Gore Vidal et le producteur retardent la sortie. Brass demande le retrait de son nom et n'est crédité que pour la prise de vues principale. En Italie, le film fait l'objet d'une saisie pour obscénité. En 2023, il se désolidarise publiquement de la version présentée au Festival de Cannes.
1933 : naissance à Milan le 26 mars, enfance à Venise
1957 : diplôme de droit, mariage avec Carla Cipriani et départ pour la Cinémathèque française
1963 : premier long métrage, Chi lavora è perduto, présenté à la Mostra de Venise
1964 : deux courts métrages expérimentaux pour la Triennale de Milan, commandés par Umberto Eco
1967 : Col cuore in gola, thriller pop avec Jean-Louis Trintignant
1971 : La vacanza, prix du meilleur film italien à la Mostra de Venise
1972 : membre du jury de la Berlinale
1976 : sortie de Salon Kitty
1979 : Caligula, qu'il renie après le remontage du producteur
1983 : La Clé, avec Stefania Sandrelli
2002 : rétrospective Éloge de la chair à la Cinémathèque française et sortie de Senso '45
2006 : mort de son épouse Carla Cipriani
2010 : candidat aux régionales de Vénétie pour les Radicaux, puis hémorragie cérébrale le 18 avril
2017 : mariage avec Caterina Varzi le 3 août
2026 : prix Pietro Bianchi à la Mostra de Venise, puis mort à Rome le 4 novembre
Né à Milan, Tinto Brass grandit à Venise dans une famille de juristes et d'artistes. Son père, Alessandro Brass, est avocat pénaliste à Venise. Son grand-père, le peintre Italico Brass, installé à Venise depuis Gorizia avec une épouse russe, le surnomme Tintoretto, en référence au Tintoret. Il étudie le droit à Padoue et à Ferrare. En 1957, il épouse à Venise Carla Cipriani, surnommée Tinta, fille de Giuseppe Cipriani, fondateur du Harry's Bar. Elle collabore à plusieurs de ses scénarios jusqu'à sa mort en 2006. Le couple a deux enfants, Beatrice Brass et Bonifacio Brass. En 2017, il épouse l'avocate et psychanalyste Caterina Varzi à Rome.
Proche des Radicaux italiens, il se présente en 2010 aux élections régionales de Vénétie sur la liste d'Emma Bonino et de Marco Pannella. Une hémorragie cérébrale, survenue en avril 2010 dans la province de Vicenza, le contraint ensuite à se déplacer en fauteuil roulant. Il fait paraître Elogio del culo (2006), puis, avec Caterina Varzi, Madame Pipì (2014) et Una passione libera (2021). Installé depuis les années 1970 dans un ancien corps de ferme aux portes de Rome, il adresse en juin 2026 une lettre ouverte au président Sergio Mattarella pour dénoncer l'isolement de son village, coupé de sa route d'accès par des glissements de terrain.
Tinto Brass est mort le 4 novembre 2026, vers 10 h 30, à Rome, à l'âge de 93 ans. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille. Son épouse Caterina Varzi et ses enfants Bonifacio Brass et Beatrice Brass ont annoncé la nouvelle à l'agence ANSA et prévu des obsèques strictement privées. Le président de la Vénétie, Alberto Stefani, a salué un auteur attaché à Venise. L'actrice Serena Grandi a déclaré lui devoir toute sa carrière, et Anna Ammirati lui a également rendu hommage. Deux mois plus tôt, retenu par une fièvre soudaine, il n'avait pu se rendre à la Mostra de Venise qui l'honorait.
La famille n'a communiqué aucun lieu de sépulture. Lors de son quatre-vingt-dixième anniversaire, en 2023, Tinto Brass avait demandé que ses cendres soient dispersées dans la lagune de Venise, ville de son enfance. La Mostra de Venise lui a consacré sa soirée de préouverture le 1er septembre 2026, en Sala Darsena, au Lido. La Cinémathèque française lui avait dédié une rétrospective en 2002.
1 - En 1958, à la Cinémathèque française, il assiste Joris Ivens au montage d'un documentaire d'Henri Langlois consacré au peintre Marc Chagall. Presque achevé, le film disparaît ensuite des archives et n'a jamais été retrouvé.
2 - En 1964, l'écrivain Umberto Eco lui commande deux courts métrages expérimentaux pour la 13e Triennale de Milan. La commande lui parvient alors qu'il n'a signé qu'un seul long métrage de fiction, Chi lavora è perduto.
3 - Selon son propre récit, Warner Bros. lui propose en 1968 d'adapter L'Orange mécanique. Il choisit d'achever d'abord L'urlo, et le projet revient à Stanley Kubrick, qui tourne le film en 1971.
4 - Serena Grandi raconte qu'il l'a choisie pour Miranda (1985) après avoir découvert sous une pierre, au bord d'une rivière, une coupure de journal portant sa photographie. Il lui demande ensuite de prendre quelques kilos.
5 - Fermo posta Tinto Brass (1995), où il joue son propre rôle de cinéaste recevant le courrier de ses spectateurs, est construit à partir de lettres réellement adressées au réalisateur par son public.
6 - Interrogé sur ses années parisiennes, il désigne Jean Renoir comme le cinéaste qui l'a le plus marqué parmi tous ceux croisés à la Cinémathèque française, où il travaille environ cinq ans.
- Métier(s) : réalisateur, scénariste, monteur, producteur, écrivain
- Résidence principale : Rome
- Relations de couple : Carla Cipriani (1957-2006), Caterina Varzi (2017-2026)
- Enfants : Beatrice Brass, Bonifacio Brass
- Distinctions : prix du meilleur film italien à la Mostra de Venise (1971), Award of Excellence du Hollywood Reel Independent Film Festival (2012), prix Pietro Bianchi du Syndicat national des journalistes de cinéma italiens (2026)
Mon rêve, maintenant, est d'épouser Caterina Varzi.
— Panorama, 28 août 2013 (traduit de l'italien)
Dès le début, ce furent des films qui chantaient la liberté.
— Corriere del Veneto, 23 mars 2023 (traduit de l'italien), à propos de sa propre filmographie
J'ai toujours accordé peu d'importance aux prix, mais cette fois c'est différent.
— il Nord Est, 1er septembre 2026 (traduit de l'italien), à propos du prix Pietro Bianchi